[dropcap size=big]L[/dropcap]e Tour du Qatar a donc vécu. Le 28 décembre dernier, l’UCI a en effet annoncé l’annulation des Tours du Qatar masculin et féminin. Cette décision aurait été prise « en raison des difficultés rencontrées [par les organisateurs] dans la recherche de sponsors. » Le Tour du Qatar était une épreuve qui pouvait sembler insolite – voire ridicule – pour l’observateur extérieur, tant les paysages traversés étaient monotones et minimalistes, et le public peu nombreux. Pourtant, le Tour du Qatar, créé en 2002 sur fond de mondialisation, s’était durablement installé dans le calendrier international, en tant que course de préparation pour les classiques flandriennes. Le Dérailleur vous propose une série de rétrospectives sur l’histoire de la course.
Le premier épisode vous emmène à la création de l’épreuve en 2002.

2002 – La création de l’épreuve

Pour comprendre le contexte de la création du Tour du Qatar, revenons un peu en arrière, le 12 novembre 2000 pour être précis. Ce jour-là, le Qatar est désigné pays hôte des Jeux Asiatiques 2006. C’est la première fois que le pays obtient un événement de cette envergure. Cette désignation est en fait le premier aboutissement d’une volonté farouche de l’émir du Qatar, le cheikh Hamad ben Khalifa Al-Thani, de promouvoir son petit pays (11 582 km², presque aussi grand que l’Île-de-France) aux ressources financières quasi-illimitées, par le biais du sport. Le cheikh, qui a pris le pouvoir en renversant son père en 1995 alors que ce dernier était à l’étranger, ne cache pas ses ambitions. En novembre 1996, il lançait la chaîne d’informations Al-Jazeera, en cherchant à l’imposer dans le paysage médiatique arabe international.

© Mohammed Taha (AFP)

Mais c’est dans le domaine du sport que le Qatar va le plus impressionner. Le succès du tournoi ATP de tennis de Doha, créé en 1993, convainc en effet l’émir du potentiel promotionnel du sport (Becker, Edberg et Courier furent parmi les premiers à inscrire leur nom au palmarès). Une multitude de compétitions sont lancées, comme les Qatar Masters de golf en 1998. Cependant, l’obtention des Jeux Asiatiques en 2000 est une date charnière pour le sport qatarien (NDLR : le terme « qatarien » est préféré à celui de « qatari » par le Ministère des Affaires Etrangères) car il obligea celui-ci à se structurer dans de nombreuses disciplines. C’est pourquoi la « Qatar Cycling Federation », composée d’à peine une quinzaine de membres, est créée en 2001.

La fédération commença son travail en contactant directement Eddy Merckx, en août, afin de lui demander si l’organisation d’une course sur son territoire était envisageable. Merckx reçut l’aval d’Hein Verbruggen, le président de l’UCI, et alla reconnaître les lieux. « Je suis allé au Qatar et j’ai constaté que l’organisation d’une course était possible et même carrément attractive » témoigna Merckx, qui rentra alors en contact avec les organisateurs du Tour de France. Cela tombait bien car ASO, la société organisatrice du Tour de France, était dans une optique de mondialisation de ses activités, comme le montrait son partenariat avec le Tour du Burkina Faso la même année (en 2001 donc). Jean-Marie Leblanc, le directeur du Tour de France, accepta volontiers l’entreprise et ne doutait pas que le Tour du Qatar rencontrerait « un grand succès ».

Le camélodrome attire la curiosité des coureurs. © AFP / Mohammed Taha

Le 2 janvier 2002, la course est présentée dans le cadre prestigieux de l’Hôtel Le Bristol de Paris, par le président de la fédération qatarienne de cyclisme – le cheikh Khalid -, Jean-Marie Leblanc et Eddy Merckx. Une dotation de 106 810 € permet à la course d’attirer 15 équipes professionnelles de 8 coureurs, avec comme vedettes Jan Ullrich, Johan Museeuw, Frank Vandenbroucke ou bien encore Laurent Jalabert. Un certain Bradley Wiggins y fera également ses débuts professionnels, avec la Française des Jeux. Cinq étapes toutes plates sont prévues entre le 21 et le 25 janvier. Le Qatar ne permet pas d’autre type de terrains de toute façon. Toutes les arrivées se disputeront à Doha, capitale du Qatar.

Laurent Jalabert est allé faire un essai. © AFP / Mohammed Taha

L’épreuve est finalement conforme aux attentes : cinq étapes, cinq sprints massifs… Il n’empêche qu’une lutte intéressante à coups de bonifications s’est dessinée pour le classement général. L’allemand Thorsten Wilhelms a chipé le maillot or au français Damien Nazon dans l’ultime sprint de la dernière étape. Mais ce que retiennent les suiveurs de cette première édition, c’est surtout l’exotisme et la convivialité de cette épreuve de début de saison. Les coureurs partagent le même hôtel. L’ambiance est détendue. Les conditions climatiques sont agréables. On se croirait presque en vacances au milieu du désert et des palmiers. Le départ de la 3e étape donné dans un camélodrome (un champ de courses pour chameaux), avec une trentaine de minutes de retard, a permis aux photographes de capturer quelques scènes insolites.

Résultats du Tour du Qatar 2002

Etapes remportées par: Ivan Quaranta (ITA / Alexia Alluminio), Damien Nazon (FRA / Bonjour), Thorsten Wilhelms (ALL / Team Coast), Alberto Loddo (ITA / Lampre-Daikin), T.Wilhelms.

Classement général final :

1. Thorsten Wilhelms (ALL / Team Coast) en 16h 01min 35s
2. Damien Nazon (FRA / Bonjour) à 5 s
3. Rudi Kemna (P-B / Bankgiroloterij-Batavus) à 14 s
4. Magnus Backstedt (SUE / Team Fakta) m.t.
5. Laurent Jalabert (FRA / CSC-Tiscali) à 19 s
6. Christophe Mengin (FRA / La Française Des Jeux) à 20 s
7. Christophe Capelle (FRA / Bigmat-Auber 93) à 22 s
8. Guido Trenti (USA / Acqua e Sapone-Cantina Tollo) à 23 s
9. Gianluca Bortolami (ITA / Tacconi Sport-Vini Caldirola) m.t.
10. Alexandre Chouffe (FRA / St-Quentin-Oktos) à 24 s