[dropcap size=big]S[/dropcap]uite de notre rétrospective sur le Tour du Qatar, qui vous le savez, a été annulé après quinze éditions chez les messieurs. Après avoir abordé la semaine dernière la création de l’épreuve en 2002, le Dérailleur vous propose cette semaine de revivre les grands moments de l’histoire de la course.

Une course pour les costauds

Au-delà de l’aspect « carte postale » rencontré dès la première édition, le Tour du Qatar s’est révélé comme une course sans pitié envers les coureurs mal préparés. Les longues lignes droites au milieu du désert étaient exposées aux rafales de vent. Les coups de bordure étaient réguliers. Le rythme était extrêmement soutenu. Les moyennes dépassaient parfois les 50 km/h, avec un record à 56,8 km/h pour une étape en 2014 ! Dès 2002 par exemple, la 4e étape avait vu le peloton se scinder en trois grands groupes. Le premier groupe, composé de 31 coureurs dont les stars Ullrich, Jalabert, Museeuw et Vandenbroucke, avait infligé six minutes de retard à un groupe de 24 coureurs, et six minutes supplémentaires au reste du peloton (61 coureurs). Le Tour du Qatar représentait donc un test intéressant pour les coureurs concluant leur préparation hivernale.

La CSC fait le break, en 2005,  avec Tom Boonen (dans le fond). © AFP

La technicité des coups de bordures permettait aux équipes de mettre à l’épreuve l’homogénéité et la cohésion du groupe travaillées durant les camps d’entraînements hivernaux. En 2005, l’équipe CSC avait démontré tout son potentiel, en réalisant une performance de très grande classe dans la 3e étape. Dans le désert, à 140 km de l’arrivée, 17 coureurs piégèrent le peloton en profitant du vent de côté. Parmi eux, six des huit coureurs de la CSC. Et ce n’est pas fini. A 36 km de l’arrivée, sept coureurs de l’échappée attaquèrent à nouveau, dont cinq CSC ! Tom Boonen, le porteur du maillot or, ne put suivre la cadence. A 15 km de l’arrivée, Lars Michaelsen et Matti Breschel portèrent le coup de grâce et s’en allèrent définitivement vers un doublé CSC à l’arrivée. Les premiers poursuivants étaient relégués à 1’20’’ ; Tom Boonen, 9e, finissait à 5’35’’ ; quant au peloton, il avait complètement coulé, ralliant l’arrivée avec plus d’une demi-heure de retard !

La Quick-Step de Boonen dominatrice… mais victime d’une drôle d’histoire en 2016

L’année suivante, en 2006, l’équipe Quick-Step Innergetic du champion du Monde Tom Boonen prit sa revanche. Dès la 1e étape, elle réussit à piéger, avec l’aide de l’équipe Phonak, une partie de l’équipe CSC, dont Michaelsen – le tenant du titre. Cette année-là, Boonen est quasi-intraitable : quatre victoires d’étape sur cinq, le classement général et le GP de Doha en bonus (organisé en ouverture du Tour du Qatar entre 2004 et 2006). Wilfried Peeters, le directeur sportif de la Quick-Step, pouvait être satisfait de ses hommes : « L’équipe montre jour après jour qu’elle est un groupe de gagnants, solide autour de son leader. »

Boonen gagne la 5e étape du Tour du Qatar 2006. © AFP/FRANCK FIFE

Cette victoire totale de la Quick-Step n’est en fait que le début de la suprématie de l’équipe belge sur l’épreuve qatarienne, avec Tom Boonen à sa tête. Le spécialiste des classiques mérite bien le surnom de « Roi du Désert » avec ses quatre victoires finales (2006, 2008, 2009 et 2012), ses sept classements par points et ses 22 victoires d’étape entre 2005 et 2014. Et lorsque ce n’est pas Boonen, celui-ci pouvait compter sur ses coéquipiers pour remporter le classement général : Wilfried Cretskens en 2007, qui s’était glissé dans une échappée fleuve sous la bienveillance de la Quick-Step ; Mark Cavendish en 2013, qui profita de l’absence sur blessure de Boonen ; et Niki Terpstra en 2014 et 2015, qui se montra impérial dans les bordures et le contre-la-montre (un CLM individuel de 10,9 km a en effet fait partie du programme de 2014 à 2016).

Pourtant, entre 2009 et 2012, la Quick-Step a dû batailler ferme, en particulier face à l’équipe Cervélo (qui fusionna avec Garmin en 2011 pour devenir la Garmin-Cervelo, puis Garmin-Barracuda en 2012), nous offrant ainsi des étapes très spectaculaires. L’absence de coureurs de la Cervélo au palmarès du Tour du Qatar est une anomalie. En 2009, la formation suisse avait fait main basse sur le classement général en obtenant les places de 2e à 6e, sans parvenir toutefois à déloger Boonen de sa première place. En 2010, elle avait été sévèrement pénalisée d’une minute lors du contre-la-montre par équipes inaugural (au programme de la course entre 2007 et 2013), pour une poussette d’Haussler sur Rasch, qui aidait ainsi son équipier à « accrocher le wagon » après son relais. En 2011, l’australien Marc Renshaw, qui s’était pourtant débrouillé sans son équipe dans les bordures, était parvenu à contenir Heinrich Haussler de 8 secondes au classement général, volant encore une fois la vedette à la Cervélo.

Comme toute épreuve de début de saison, le Tour du Qatar est le théâtre de nombreuses chutes. Ici, Graeme Brown fait tomber Tom Steels, lors de l’arrivée de la 1e étape en 2007. © AFP/FRANCK FIFE

Quelques autres faits d’armes ont marqué l’histoire du Tour du Qatar. Arnaud Démare a décroché sa première victoire professionnelle sur la corniche de Doha, en 2012. Il réitérera cet exploit au même endroit en 2014. Fabian Cancellara a remporté la première course en ligne significative de sa carrière lors du Tour du Qatar 2004*, à l’âge de 22 ans. Le suisse n’avait jusque-là quasiment remporté que des contre-la-montre et le classement général de courses à étapes. Cancellara était d’ailleurs l’un des hommes forts de l’une des plus belles « bastons » de ces dernières années (ces batailles d’homme à homme face un vent démesuré), lors de l’édition 2012.


Tour du Qatar 2012 Etape 4 par super_hugo

Mais revenons à la Quick-Step (qui a changé de nom plusieurs fois : Omega Pharma – Quick-Step de 2012 à 2014, puis Etixx – Quick-Step en 2015 et 2016). Début décembre 2015, les organisateurs du Tour du Qatar annoncèrent à la surprise générale leur non-invitation. On soupçonne alors un simple changement de programme de la formation belge, comme le confirme alors l’encadrement. En fait, le président de la fédération qatarienne apportera l’explication la veille du départ de la course : « Quick-Step est une équipe importante qui a beaucoup gagné sur le Tour du Qatar. Mais nous avons remarqué ces dernières années des problèmes de discipline. Nous leur avions demandé de ne pas réaliser d’interviews [juste après l’arrivée] car nous avons un temps d’antenne limité pour le podium. Mais ils prennent trop de temps pour changer leurs chaussures. […] Ils veulent prendre une chaise, changer leurs chaussures, s’allonger et après cela, faire une interview. […] Et il y a aussi eu quelques problèmes dans les hôtels. » Interrogé sur ces problèmes dans les hôtels, le cheikh Khalid resta pour le moins évasif : « Je ne peux pas [préciser], mais c’est ce que j’ai entendu. Parfois, vous n’avez pas tous les détails. Mais vous pouviez sentir que leur attitude était un peu trop « détendue ». »

Vous l’avez compris, prendre ses aises au Qatar n’est pas conseillé…

Palmarès du Tour du Qatar masculin

2016 : Mark CAVENDISH (GBR / Dimension Data)
2015 : Niki TERPSTRA (P-B / Etixx-Quick Step)
2014 : Niki TERPSTRA (P-B / Omega Pharma-Quick Step)
2013 : Mark CAVENDISH (GBR / Omega Pharma-Quick Step)
2012 : Tom BOONEN (BEL / Omega Pharma-Quick Step)
2011 : Mark RENSHAW (AUS / HTC-Highroad)
2010 : Wouter MOL (P-B / Vacansoleil)
2009 : Tom BOONEN (BEL / Quick Step)
2008 : Tom BOONEN (BEL / Quick Step-Innergetic)
2007 : Wilfried CRETSKENS (BEL / Quick Step-Innergetic)
2006 : Tom BOONEN (BEL / Quick Step-Innergetic)
2005 : Lars MICHAELSEN (DAN / Team CSC)
2004 : Robert HUNTER (AFS / Rabobank)
2003 : Alberto LODDO (ITA / Lampre-Daikin)
2002 : Thorsten WILHELMS (ALL / Team Coast)

* Cancellara remportait en fait la deuxième course en ligne de sa carrière professionnelle, après le ZLM Tour 2002. Mais celle-ci, classée en catégorie 1.5, correspondait à une course de niveau semi-pro.

Sources principales : archives de Cyclingnews.com