Ce dimanche à l’occasion de Paris-Roubaix, les téléspectateurs de France 3 et France Ô vont pouvoir se familiariser avec une nouvelle voix qui leur contera désormais l’évolution des cyclistes lors des retransmissions sur France Télévisions, celle d’Alexandre Pasteur. Son arrivée au sein du service public fut le feuilleton médiatico-cycliste de l’hiver. Connu des téléspectateurs d’Eurosport pour avoir commenté plus de 20 ans le ski, l’athlétisme et le Tour de France depuis 2011, Alexandre nous a accordé à deux jours de la reine des classiques, un entretien dans lequel il nous livre sa véritable passion pour le cyclisme.

Alexandre, pour beaucoup tu es identifié comme la voix du ski et de l’athlétisme sur Eurosport car tu as commenté ces disciplines depuis tes débuts sur la chaîne. Mais toi qui commente le Tour depuis 2011, tu es avant tout un vrai mordu de vélo, c’est bien ça ?

Oui ! J’ai toujours adoré le vélo ! À la différence du ski par exemple, j’ai pratiqué ce sport en cadet 1 et 2 dans un petit club à Pontarlier, j’ai même mis un dossard. Je le pratiquais un peu en solitaire, je n’aimais pas rouler en groupe ou en peloton. L’entraînement m’ennuyait un peu et puis chez moi dans le Jura s’entraîner dès le mois de mars, ça voulait dire rouler sous la neige ou la pluie et parfois sous des températures assez délicates, mais je roulais quand même toute l’année. En fait, j’ai énormément roulé de l’âge de 14 ans à 30 ans, c’était une façon de m’évader, j’adorais ça. En tant que pratiquant, le vélo c’est vraiment mon sport numéro un.

Pratiquant donc, mais aussi vrai passionné ?

En tant que téléspectateur, c’est aussi le premier sport que j’ai suivi. Mon premier souvenir c’est le Tour de France 1977, gagné par Bernard Thévenet. J’ai gravé en mémoire son maillot à damier de chez Peugeot et j’ai des souvenirs très précis du Tour cette année-là. Depuis, je n’ai pas manqué une seule Grande Boucle. Tous les étés c’était une vraie religion. J’ai également un souvenir très fort du championnat du monde gagné par Bernard Hinault à Sallanches en 1980. J’étais scotché devant la télé toute la journée, car à l’époque, TF1 avait proposé les trois dernières heures de course direct. Il n’y à pas si longtemps d’ailleurs, j’ai revu sur YouTube ces images avec les commentaires de l’époque de Jean-Michel Leulliot et je me suis éclaté ! J’ai regardé ça comme si c’était un événement en direct. J’étais fasciné de revoir ces images, j’avais des souvenirs hyper précis de l’époque. Tout ça pour te dire que j’étais capable de sacrifier tout un mois de juillet pour rester collé devant le Tour quoi. C’était un truc qui ne me posait aucun problème.

Mon premier souvenir c’est le Tour de France 1977, gagné par Bernard Thévenet. J’ai gravé en mémoire son maillot à damier de chez Peugeot et j’ai des souvenirs très précis du Tour cette année-là.

Sallanches en 1980, c’est ton plus grand souvenir de cyclisme ?

Oui, mais j’en ai un autre aussi, le Paris-Roubaix 1984. Avec l’échappée d’Alain Bondue et de Gregor Braun, les deux coureurs de la Redoute qui partent à 80 kilomètres de l’arrivée, avant que Sean Kelly et Rudy Rogiers ne reviennent sur eux. Je me souviens de la chute d’Alain Bondue dans le Carrefour de l’Arbre alors qu’il est dans la roue de Kelly et malgré tout, il fait troisième sur le vélodrome, lui le mec du nord sous son maillot la Redoute. C’est une course qui m’a profondément marqué.

Puisque nous sommes au rayon souvenirs, quel est celui qui t’a le plus marqué en tant que commentateur ?

(Il marque un tant de réflexion…) Oh tu sais j’en ai commenté tellement, que c’est difficile de sortir un.

Il n’y à pas une course qui se démarque ?

(Il réfléchit à nouveau) Allez Paris-Roubaix 2016 était sympa ! C’était la première fois que nous le commentions en intégralité, les deux premières heures avaient été très animées, le temps que l’échappée se dessine. Et dès que les mecs ont posés leurs roues sur les pavés, ça été le tourbillon. Ensuite voir un type, pas vraiment anonyme certes sauf pour le grand public, comme Matthew Hayman s’imposer, alors qu’il était dans l’échappée matinale et qui résiste aux gros dans le final… C’était du grand spectacle et ce que j’attends du cyclisme. Et puis c’était la der de Cancellara, sa chute sur le pavé de Mons-en-Pévèle, Sagan qui l’évite de justesse…

Boonen qui passe à côté du 5e succès…

(Sa voix s’anime) Ouais ! Aussi ! Et qui d’ailleurs, je pense, laisse probablement passer la chance de sa vie ce jour-là de le gagner à nouveau. Ouais, Paris-Roubaix 2016 à commenter c’était vraiment sympa. Un scénario qui n’est pas écrit à l’avance, des rebondissements en permanence, du cyclisme spectaculaire, c’est vraiment ce qu’on attend du vélo. Les classiques pavés, ce sont les plus belles, on l’a encore vu dimanche dernier sur les Flandres. A la différence d’un Liège-Bastogne-Liège comme celui de 2014 où Gerrans gagne devant 60 coureurs et devant lequel on s’ennuie un peu. Alors que c’est Liège quoi…

Te voilà désormais sur une chaîne en clair, touchant ce que l’on appelle le grand public. Jusqu’à présent tu t’adressais à un public de spécialistes sur Eurosport, as-tu une appréhension particulière à ce sujet ? Et comptes-tu adapter ton commentaire en conséquence ?

Non, pas d’appréhension. En tout cas sur les classiques je ne vais pas adapter grand-chose, parce que voilà, ce ne sont pas les audiences du Tour de France, même si je n’ai pas d’idée exacte sur les parts de marché que peut faire un Paris-Roubaix. Si on m’a fait venir c’est pour appliquer ce que je faisais sur Eurosport, c’est pour faire parler ma passion. Ce sera peut-être différent sur le Tour parce qu’il y a toute la partie patrimoniale qui va être confiée à l’historien Franck Ferrand. Donc là l’idée c’est d’avoir une approche différente avec lui pour aborder toute cette partie-là, ce que nous faisions très peu, voire pas du tout sur Eurosport car nous ne prenions pas le temps de préparer cet aspect-là. Donc nous ferons des réunions de préparations avec Franck Ferrand pour aborder ce chapitre-là et là j’adapterai mon commentaire en conséquence. Mais pour les classiques, le but c’est de faire vivre la course. La seule différence pour moi, c’est que je vais avoir deux motos sons à gérer avec Cédric Vasseur et Nicolas Geay, ce qui n’était pas le cas sur Eurosport. Donc il ne faudra pas que j’oublie que j’ai ces deux motos sons pour commenter l’épreuve, mais je pense que ce sera pour moi un vrai plus et pour les téléspectateurs aussi j’imagine, d’avoir un œil comme ça au sein de la course, de voir ce que la télé ne montre pas. Ce sera à moi de trouver mon rythme, mais à part ça donc je ne vais rien changer. Tu sais, je suis un passionné, j’aime mettre en avant les athlètes, parce que j’ai beaucoup d’admiration pour eux que ce soit en ski, en athlé ou en cyclisme et ce sera mon but, continuer de les mettre en avant ainsi que la course.

Si on m’a fait venir, c’est pour appliquer ce que je faisais sur Eurosport, c’est pour faire parler ma passion.

On l’a vu, Marion Rousse qui comme toi débarque d’Eurosport, va t’accompagner dimanche et tu vas donc collaborer avec le consultant habituel de France Télévisions, Laurent Jalabert. Si avec Marion vous avez déjà travaillé ensemble, ce n’est pas encore le cas avec Jalabert. Est-ce qu’avec lui vous vous êtes préparés, fait des commentaires sur des images à blanc en guise d’entraînement ? Ou avez-vous simplement discuté ensemble ?

Écoute avec Laurent, nous n’avons pas eu l’occasion de nous entraîner. Alors le paradoxe c’est qu’on se connaît, on se croise depuis six ans sur les courses et on se côtoyait un peu. Mais nous n’avons jamais pris le temps d’avoir des discussions approfondies sur les courses, faute de temps. Et l’autre paradoxe du coup, c’est que je n’ai jamais pris le temps de l’écouter, parce que bien sûr nous commentions les mêmes courses pour nos antennes respectives bien sûr. Mais je suis sûr que cela va bien se passer et même Jacky Durand, lors de notre dernier commentaire ensemble sur la dernière étape Paris-Nice pour Eurosport, m’a dit « je suis sûr que tu vas faire un super duo avec lui, tu va voir c’est un super mec. » J’ai rencontré Laurent lundi dernier à France Télévisions, on a déjeuné ensemble et on a pu échanger. Je pense que les choses vont se faire naturellement, je n’ai que des bons retours sur lui, tout le monde me dit que c’est un bon consultant qui est carré et qui sent bien la course, qui est dans son rôle, vraiment là pour analyser la course, anticiper les faits. Non, je ne me fais aucun soucis là-dessus et puis il y a une qualité que l’on me reconnaît depuis toutes ces années, c’est que j’ai toujours su mettre en valeur mes consultants et il n’y a aucune raison que ça ne puisse pas se passer ainsi avec Laurent. Je vais faire comme avec mes autres consultants, je vais beaucoup m’adresser à Laurent et me tourner vers lui pendant le commentaire. C’est lui l’ancien coureur, celui qui détient la vérité et les clés de la course. Ce n’est pas moi qui ai couru Paris-Roubaix et je ne le ferai jamais (rires). L’idée c’est donc de le mettre en valeur et je le ferai avec grand plaisir car je pense qu’humainement ça se passera très bien. Quand on a la chance de commenter avec des grands champions, on ne se pose pas de questions. Je n’ai aucune appréhension avec Laurent et puis, on va passer 6 heures de course ensemble, on aura le temps de trouver nos marques (rires).

Je reviens sur le fait que tu vas toucher beaucoup le grand public désormais, est-ce que tu vas mettre l’accent sur les coureurs français ? Sur Eurosport, en matière de cyclisme, tu savais t’enthousiasmer aussi bien pour les coureurs français que pour les étranger. Sur le ski, tu avais tendance à beaucoup plus pousser les bleus. Est-ce que sur France Télévisions on te demande d’adopter un ton plus chauvin?

(Catégorique) Non ! On ne m’a rien demandé du tout ! Alors c’est vrai que dans le ski, j’avais plus de proximité avec les athlètes. C’est un petit milieu par rapport au vélo. J’ai commenté le ski pendant plus de 22 ans et cette proximité que j’avais avec les skieurs fait que j’ai peut-être été plus chauvin avec eux. Le vélo c’est différent, c’est 180 coureurs au départ, il n’y pas les mêmes attaches. Et puis j’ai tellement de respect et d’admiration pour les champions, quelque soit leur discipline et leur nationalité, que je les mets tous dans le même sac et quelque part, tous sont mes héros et ceux du public. Bon, bien sûr si un français gagne sur le vélodrome de Roubaix dimanche, ça va m’émouvoir, ça c’est clair. Et je m’efforcerais de le faire sentir à l’antenne. Mais sinon non, je ne ferai pas de distinction entre les nationalités. Donc, je n’ai pas consignes là-dessus, mais je suis français avant tout et on est d’accord que, à part Démare l’an dernier à San Remo, les coureurs français ne gagnent pas souvent dans les monuments ou encore sur les Grands Tours et on est un peu dans la frustration. Alors si un français gagne une grande course, je vais m’enflammer ça c’est clair, évidemment.

En matière de commentaires, quels sont tes références en matière de cyclisme ? Lors d’une interview au Parisien, tu citais Patrick Chène et Patrick Chassé.

Ouais carrément. Alors si on remonte un peu plus, il y à aussi Jean-Michel Leulliot. Alors bien sûr j’étais jeune quand je l’écoutais en direct, mais comme je te le disais toute à l’heure, j’ai ré-écouté récemment ses commentaires sur les championnats du monde de Sallanches de 1980 et j’ai été épaté. Alors bien sûr à l’époque je ne m’en rendais pas compte, mais j’ai trouvé qu’il avait une façon de commenter très actuelle en fait. Je trouve qu’on a pas inventé grand-chose depuis en matière de commentaire. Après oui les deux grandes voix sont Patrick Chène et Patrick Chassé. Alors le premier c’est le commentateur emblématique des années 80/90 et puis Patrick Chassé, ça a été mon modèle à Eurosport. J’ai toujours adoré sa façon de faire vivre le vélo, de le mettre en scène avec ce ton un peu léger parfois, idéal pour détendre l’atmosphère avec ses consultants, ce dont j’ai essayé de m’inspirer par la suite. Patrick Chassé c’est quelqu’un que j’estime beaucoup d’ailleurs et je suis très heureux de l’entendre de nouveau aujourd’hui, qui plus est sur une chaîne grand public, c’est un vrai plaisir. J’aime beaucoup son ton, sa bonhomie, sa bienveillance. Il est très pointu, son commentaire est élégant, racé avec un vocabulaire très varié je trouve. Il a été une grande source d’inspiration.


Le dispositif de France Télévisons pour Paris-Roubaix

Diffuseur officiel de l’épreuve, le service public proposera de vivre en direct et en intégralité, le dimanche 9 avril, la 115ème édition de « l’Enfer du Nord », épreuve mythique qui s’élancera comme chaque année de Compiègne pour rallier le Vélodrome de Roubaix après la traversée des célèbres secteurs pavés qui ont fait l’histoire de cette course. Produite et diffusée en intégralité pour la deuxième année consécutive, la course sera à vivre en direct à partir de 10h55 sur France 3, puis sur France Ô entre 11h50 et 12h55, pour revenir ensuite sur France 3 jusqu’à l’arrivée.

On l’a vu, ce Paris-Roubaix sera également marqué par l’arrivée de deux nouveaux visages à France Télévisions. Alexandre Pasteur qui intègre la rédaction des sports notamment pour commenter les courses cyclistes et Marion Rousse, championne de France 2012 de cyclisme sur route, qui rejoint Laurent Jalabert et Cédric Vasseur au sein de l’équipe de consultants cyclisme.,Alexandre Pasteur commentera ce Paris-Roubaix en compagnie de Laurent Jalabert et Marion Rousse tandis que Nicolas Geay et Cédric Vasseur seront sur les motos au cœur du peloton.

Remerciements à Alexandre Pasteur pour sa disponibilité, ainsi qu’à Victoria Dausmenil du service presse des sports de France Télévsions qui a permis l’organisation de cet entretien.