En marge de la Course by le Tour, nous avons eu la chance de nous entretenir avec Audrey Cordon-Ragot, triple championne de France du contre la montre.

Bonjour Audrey et merci d’avoir accepté de répondre à nos questions. Votre équipe a brillé dernièrement sur le Giro avec une victoire d’étape signée Jolien D’Hoore et à la 2ème place d’Elisa Longo Borghini au classement général. Quel bilan tirez-vous de ce Tour d’Italie à titre personnel ?

À titre personnel, j’ai eu un début de tour assez compliqué, je n’avais pas forcément de bonnes sensations. J’ai eu un pic de forme sur le Women’s Tour un mois avant le Giro et c’est difficile de retrouver les mêmes sensations qu’on a pu avoir un mois auparavant. Ça a été compliqué dans un premier temps et puis après, le fait de devoir défendre cette 2e place au général c’est motivant et c’est ce qui vous permet de tenir pendant 10 jours sur une course qui est très exigeante et donc j’en tire, personnellement, une satisfaction d’avoir pu relever le défi de défendre cette place et puis c’est un bon bloc de travail pour la suite de la saison.

La Course by le Tour va connaître une nouvelle formule avec une première étape qui empruntera l’Izoard et une seconde sous forme de poursuite à l’instar de ce qui se fait en biathlon. Que pensez-vous de ce nouveau format ?

Je suis très curieuse de savoir comment ça va se dérouler, de voir quelles vont être les réactions du public et des filles qui vont y participer. Je suis vraiment optimiste par rapport à ça. Je suis complètement fan, justement, de ces poursuites en biathlon que j’ai vraiment à cœur de regarder durant toute la saison hivernale et, je trouve que c’est une bonne idée de se l’approprier en vélo. Maintenant, certains diront qu’on est « les cobayes de la discipline », mais je pense, au contraire, que A.S.O. nous fait confiance et attend du peloton féminin un retour sur cette nouvelle discipline.

Pensez-vous que cette nouvelle forme de la Course est un précurseur pour un éventuel retour du Tour de France féminin qui n’existe plus depuis 2009 ?

C’est difficile à dire. Je pense qu’aujourd’hui, A.S.O. a été assez clair sur le sujet en disant que le Tour de France était devenu une machine de guerre médiatique. C’est vraiment difficile de pouvoir inclure une compétition féminine. Maintenant, ces 2 jours vont, peut-être, permettre de déclencher une réelle envie de la part de l’organisation, mais pour le moment, je pense qu’ils ont plus dans l’objectif d’être dans la continuité de cette Course by le Tour et, pourquoi pas, de voir pour une organisation distincte du Tour de France puisque c’est vraiment compliqué d’associer les deux.

A ce sujet vu que nous sommes en pleine période de Tour de France, que pensez-vous de l’initiative « Donnons des elles au vélo » ?

Je trouve ça très bien. L’équipe a roulé avec elles ce matin, j’étais un peu à l’initiative avec Claire, la capitaine de l’équipe, pour qu’on puisse faire un petit bout de chemin ensemble. Ça a été une superbe expérience et je pense que les filles étaient très contentes de pouvoir rouler un peu avec nous et de se rapprocher d’une équipe professionnelle. Je pense que c’est une superbe initiative et ce qu’elles font, c’est quand même assez impressionnant ! Je pense qu’il n’y a pas beaucoup de femmes qui peuvent le faire et prétendre l’avoir fait donc je suis assez admirative de ce qu’elles font. Maintenant, il y a aussi des retours négatifs et j’en parlais avec Claire ce matin, par exemple, des gens qui ne comprennent pas forcément ou qui ne font pas la distinction entre la Course by le Tour et ce qu’elles font alors que ça n’a rien à voir et je trouve dommage qu’A.S.O., la Fédération et les médias en général ne fassent pas cette distinction et ne les mettent pas plus en valeur comme nous, ils nous mettent en valeur pour la Course by le Tour.

Est-ce qu’à moyen ou long terme ce genre d’opération peut-être une opportunité de retrouver un Tour de France féminin ?

Elles font ça pour en arriver là. Maintenant, il va falloir du temps. C’est très compliqué de mettre en place ce genre d’organisation, ça a été fait par le passé, mais le Tour de France n’était pas encore cette machine médiatique et cette organisation qu’elle est aujourd’hui. Je pense que c’est très compliqué. Maintenant, c’est évident que ça met en lumière le vélo féminin, mais je dirais que ça met en lumière le vélo féminin « de passion », mais pas forcément le vélo féminin « de compétition », mais, ça n’empêche qu’on appuie sur les pédales de la même manière et que ça met plus en valeur le fait qu’une femme est aussi capable de pédaler et que c’est un sport qui peut aussi se conjuguer au féminin. Je pense que c’est dans un premier temps une valeur qu’elles défendent avant de prétendre pouvoir débloquer un éventuel Tour de France féminin.

L’année prochaine, trois nouvelles courses vont intégrer le World Tour, les 3 jours de la Panne, l’Emakumeen Bira, et le nouveau Tour du Guangxi, que pensez-vous de l’arrivée de ces épreuves au sein du calendrier ?

Il y a deux épreuves que je ne connais pas, du moins qui n’existaient pas encore. Après, la course au Pays basque existait déjà, j’y ai déjà participé. Qu’elle passe au calendrier World Tour va lui permettre d’avoir un peloton un peu plus conséquent et de perdurer dans le temps. Maintenant, les deux nouvelles organisations, c’est bien. Plus on aura de course, plus on pourra être visible dans des pays comme la Chine qui sont des pays où le vélo féminin est absent des médias, donc c’est une bonne chose. Maintenant, les 3 Jours de la Panne, (ne dureront pas trois jours ce ne sera qu’une course) vont aussi permettre de continuer à développer le cyclisme féminin dans les pays comme la Belgique ou les Pays-Bas… qui sont des pays précurseurs de toutes ses courses là et qui sont, aujourd’hui, à la pointe en termes de vélo féminin. J’espère que beaucoup de pays suivront par la suite parce que c’est vraiment eux qui, aujourd’hui, ont les plus belles organisations.

Que pensez-vous de l’évolution qu’a connu le cyclisme féminin ces dernières années ? Avec l’apparition de nouvelles épreuves ou encore la suppression de la Coupe du Monde pour un World Tour.

Ça a été assez phénoménal ! Je suis rentrée chez les professionnelles en 2008 et j’ai vu une progression phénoménale, ça n’a rien à voir ! Aujourd’hui, on est sur un peloton qui court un peu à la manière des garçons, on est sur des formats de courses qui ressemblent de plus en plus à ce qu’on retrouve chez les hommes, ce que je peux regretter de temps en temps parce qu’on perd de ce côté instinctif qu’avait le vélo féminin et que ça devient de plus en plus « formatisé ». Mais ça n’empêche que la progression a été phénoménale et on en est qu’au début. Aujourd’hui, les partenaires ne se rendent peut-être pas compte que le cyclisme féminin est bankable mais je suis persuadé que d’ici 3 à 5 ans, le cyclisme féminin sera très bankable et que beaucoup de partenaires s’orienteront vers le vélo féminin plutôt que le vélo masculin et on peut s’y attendre dans les années qui arrivent comme on a vu le football féminin prendre aujourd’hui une ampleur folle.

Quelles courses avez-vous coché pour cette fin de saison ?

Je suis vraiment partie sur le Grand Prix de Plouay qui sera en plus, un bon test avant les Championnats du monde qui seront en Norvège, un mois après. Ce sont deux circuits qui se ressemblent fortement. L’objectif c’est les Mondiaux qui ont un profil qui me convient plutôt bien, et ça passe par toutes les épreuves obligatoires en cette fin de saison avec : la course World Tour en Suède (Vargarda), le Grand Prix de Plouay et ensuite, pour préparer les Championnats du monde, le Holland Ladies Tour.

Enfin pour finir, notre question rituelle, quel est le pire moment où vous avez déraillé ?

Je pense que c’était sur les Championnats de France l’année dernière, où mentalement, j’ai déraillé complètement et j’ai perdu mes moyens en ne me concentrant plus sur ma course, mais plutôt sur la course des autres et je pense que ça m’a fait perdre le titre qui était largement à ma portée.