Chaque année le premier dimanche d’avril, le monde cycliste s’arrête et se concentre sur les Ardennes Flamandes à l’occasion du Tour des Flandres. Ce dimanche 3 avril 2016 n’a évidemment pas dérogé à la règle avec cette centième édition du Ronde et à l’unanimité des amoureux du vélo, ce fût un magnifique dimanche de cyclisme, notamment grâce à un homme, le champion du monde Peter Sagan. Retour en trois points sur la plus belle édition de ces dernières années.

Peter Sagan, véritable arc-en-ciel cycliste

Voici déjà six ans que Peter Sagan fréquente les hauts de feuilles de classement, avec une entrée dans le grand bain en force en remportant deux étapes de Paris-Nice 2010. Depuis, on s’habitue à voir le Slovaque flirter avec la gagne, tout en fustigeant son manque de réussite sur les monuments du cyclisme. Mais ça, c’était avant Richmond ! En septembre dernier, en Virginie, Peter Sagan avait enfin fait taire toutes ces mauvaises langues en s’adjugeant avec la manière le maillot arc-en-ciel, nous rappelant à l’occasion de ce titre mondial, que son âge avait seulement atteint le quart de siècle. De quoi voir avec son optimisme toujours débordant, de belles années arriver pour la garnison de son palmarès.

Et pourtant sur ce début de saison, les dents continuaient de grincer autour du nouveau champion du monde, avec cette collection de places d’honneur au Het-Nieuwsblad ou Tirreno (à chaque fois derrière Greg Van Avermaet), puis sur le GP E3 derrière Michal Kwiatkowski. Certains commençaient même à évoquer, la sempiternelle malédiction du maillot arc-en-ciel ! A Wevelgem dimanche dernier, Sagan nous rappela que lorsqu’il faut jouer la gagne dans les grands rendez-vous, il fallait compter avec lui. On l’a à peine relevé, marqués que nous étions par la triste actualité en Belgique. Qu’importe, Sagan sur ce Tour de Flandres s’est évertué à montrer que pour s’imposer sur les classiques, il fallait savoir provoquer le destin. Son équipe est inférieure aux autres ? Il suffit tout simplement de partir avec le leader d’une des meilleures équipes adverses. Après le passage du Koppenberg, le voici qui sort du groupe des favoris en compagnie de Michal Kwiatkowski, son bourreau du GP E3. Bonne pioche, la SKY se montrant tellement supérieure aux autres formations (Stannard, Thomas et Rowe accompagnaient Kwiatkowski jusque-là), c’était bien avec l’un d’eux qu’il fallait partir. Sep Vanmarcke le comprend et saisit l’occasion, on comprend vite que l’on tient avec ce trio, le vainqueur de ce Ronde. Derrière, seul Devolder dans un premier temps se sacrifie pour Cancellara, les Etixx trop dispersés et comptant Vandenbergh dans le groupe de tête, étant un ton en-dessous. Le temps d’avaler les rescapés des échappés précédentes (dont les valeureux Imanol Erviti, présent depuis le première échappée et Dimitri Claeys, lancé dans un baroud en forme d’hommage pour Antoine Demoitié) et voici le champion du monde partit à la conquête de sa plus belle victoire.

Dans le dernier passage du Vieux Quaremont, Sagan porte une nouvelle accélération à laquelle répond Vanmarcke, mais pas Kwiatkowski. Dans le peloton, Fabian Cancellara comprend que c’est à lui de bouger et monte en véritable dragster l’avant dernier mont de la journée, mais pas suffisamment vite pour recoller au groupe de tête, c’est un des derniers tournants de la course. Dans le Paterberg, Sagan lâche Vanmarcke là où Cancellara le mit à la raison il y a deux ans, s’en suivra un final des plus haletants. En solitaire Peter Sagan résistera au duo Cancellara-Vanmarcke, dans lequel le suisse doit assumer avec logique le plus gros du boulot. Cela ne suffira pas, Peter Sagan peut savourer et s’imposer de la plus belle des manières, en solitaire, sur ce centième Tour des Flandres. A l’arrivée il devance Cancellara, qui fait ses adieux au Ronde et Vanmarcke.

Un succès tout en retenue, car comme il le démontra avec ses paroles d’après titre à Richmond, le champion du monde est un seigneur  et il n’oublie pas de rendre hommage à Antoine Demoitié et Daan Mygheer, décédés le week-end dernier, plongeant un peu plus la Belgique déjà meurtrie par les attentats de Bruxelles, dans une tristesse infinie. Peut-être a-t-il aussi pris la mesure qu’un succès dans le Ronde vous apporte dans le milieu cycliste, car cette fois-ci définitivement Peter Sagan est parmi les grands du cyclisme et il n’a que 26 ans.

Une hécatombe avant le secteur stratégique

Bien avant d’aborder le final et sa litanie de monts plus durs les uns que les autres, la course avait déjà perdu quelques têtes d’affiches. Tout d’abord, le tout frais vainqueur de Milan-San Remo, Arnaud Démare. A plus de 145 kilomètres de la ligne, après la première montée du Vieux Quaremont, le picard s’est retrouvé au sol, alors qu’il courait en tête de peloton. Une chute très dure qui le conduira à l’abandon, sans gros dégâts (pas de fracture, mais beaucoup de vernis en moins) et qui sonne là le glas des ambitions françaises. Mais Démare ne fut pas seul dans la déveine, témoin l’abandon sur chute de Tiesj Benoot, la pépite des Lotto-Soudal, puis plus tard celui de Greg Van Avermaet suite au terrible Strike collectif des BMC. Clavicule cassée pour la meilleure chance belge et de quoi remettre en question peut-être, ces tactiques de trains qui consistent pour une équipe, de rouler groupée, au risque de la voir décimée sur une simple chute, un phénomène de plus en plus fréquent.

Imanol Erviti et Dimitri Claeys autres hommes du jour

Un espagnol dans le top 10 dans un Tour des Flandres, à l’exception de Juan-Antonio Flecha dans les années 2000, voilà qui n’est pas courant. En signant une belle 7ème place, Imanol Erviti s’est offert une belle partie de manivelle dans les Flandres. Sa première performance fut de se joindre à la première échappée de la journée, car pour y figurer, il fallait avoir de sacrées cannes, après avoir vu les coureurs parcourir quarante-six kilomètres lors de la première heure de course. Erviti était encore là lors aux abords du Koppenberg, avant de s’accrocher sur le dernier enchaînement Vieux Quaremont-Paterberg, avec à la clé le premier top 10 sur les flandriennes de l’équipe Movistar, ce qu’aucun coureur de la dynastie Reynolds-Banesto-Iles Baléares-Caisse d’épargne n’avait réussi à faire. Coup de chapeau donc.

Mais que dire de Dimitri Claeys ? Coureur de la formation Wanty-Groupe Gobert, il offre avec ses équipiers, un immense moment d’émotion sur la grand place de Brugge ce matin, en montant sur le podium des signatures avec un portrait d’Antoine Demoitié tragiquement disparu dimanche dernier. Il fallait avoir du cran pour se lancer dans les 260 bornes de ce Ronde avec une peine pareille et encore plus pour se lancer dans les contres afin de rejoindre la tête de course. Dimitri Claeys s’est donc battu avec ses jambes, mais aussi avec son cœur pour arracher un top 10 sur une édition du Tour des Flandres des plus relevées. Sûr que de là-haut, Antoine Demoitié a apprécié de voir que son souvenir fut honoré de la plus belle des manières.