Qui pourra empêcher Fabian Cancellara, dimanche prochain au vélodrome de Roubaix, de réaliser un nouveau doublé historique Ronde-Roubaix, après ceux de 2010 et de 2013 ? Et qui pouvait aujourd’hui sur les monts des Flandres lui tenir tête, lui barrer la route, que dis-je, la voie royale qu’il s’est une nouvelle fois tracé ? « Tommeke » Boonen, emmené dans un fauteuil par une équipe dominatrice et toujours en surnombre ? NON ! L’énigmatique et impétueux Sagan, annoncé comme la nouvelle terreur des classiques ? NON PLUS ! Fallait-il alors compter sur des outsiders tels que Terpstra, Vanmarcke, Van Avermaet ou Degenkolb ? PRESQUE, mais rien ni personne n’était en mesure de déranger sa majesté Spartacus, qui rejoint Buysse, Magni, Leman, Museeuw et… Boonen au rang des recordmen de victoires sur le « Ronde van Vlaanderen » ; il en est désormais à trois, et les deux précédentes ont été suivies une semaine plus tard par une victoire dans l’Enfer du Nord. Imbattable, je vous dis…! Résumé d’un magnifique journée de vélo !

Des favoris debout au milieu du chaos

C’est une course de mouvement à laquelle on aura assisté en ce premier dimanche d’avril. Les premiers à prendre le large sont Impey, Palini, les cousins Wesley et Raymond Kreder, Wallays, Broeckx, Zingle, Vanlandschoot, Kuchynski et Phinney. Ces dix courageux compteront près de sept minutes d’avance sur un peloton très régulièrement scindé en plusieurs morceaux par les innombrables chutes. On comptera notamment parmi les malchanceux du jour les Belges Roelandts (troisième du Ronde l’an passé) et Van Summeren (vainqueur de Paris-Roubaix en 2011), mais aussi et surtout le double vainqueur  2008 et 2009 Stijn Devolder, que l’on a vu maintes et maintes fois au sol, mais qui s’est accroché un long moment à l’espoir d’être la belle surprise de ce 98ème Tour des Flandres. Dans ce magma incandescent appelé peloton, les favoris du jour la jouent placés, bien calés aux avant-postes dans la roue de leurs équipiers.

Pendant ce temps, les accélérations successives de Taylor Phinney à l’avant disloquent progressivement le groupe d’échappés, tandis que les OPQS, les Trek et les Cannondale (équipes respectives de Boonen, Cancellara et Sagan) se montrent tour à tour en tête du paquet. Juste avant le Kanarieberg (9ème des 17 monts à franchir), les échappés n’ont plus que 2 minutes d’avance, à 70 kilomètres du but.

Les Omega-Quick Step jouent… perdant !

Trois costauds choisissent alors d’anticiper la bagarre finale en sortant du peloton : Eisel, Quinziato et Trentin, envoyés en éclaireurs pour leurs leaders respectifs que sont Thomas, Van Avermaet et Boonen. Ces trois-là resteront un bon moment intercalés entre le groupe des favoris (qui s’amenuise au fil des monts et du travail de fond des OPQS) et les fuyards matinaux, parmi lesquels seuls Impey et Broeckx parviennent à résister au bouillant Américain Phinney, que l’on sera curieux de voir à l’oeuvre dans les prochaines années (il n’a que 23 ans).  Le deuxième passage du Vieux-Quaremont se fait à bloc dans le peloton, idem pour le premier passage du Paterberg : au pied du terrible Koppenberg, les hommes de tête n’on plus qu’une trentaine de secondes d’avance, et ils seront repris dans la descente. On se dit à ce moment précis de la course que les OPQS, largement en surnombre, ne peuvent laisser échapper la victoire ; Terpstra fait le tempo en tête de groupe, Stybar et Boonen restent au chaud tandis que Vandenbergh saute dans la roue de Boasson Hagen et Devenyns qui essaient de se faire la malle. Après un regroupement général, c’est Van Avermaet qui en remet une couche, avec Vandenbergh dans son sillage, préposé au rôle de chien de garde chez OPQS !

Et Cancellara s’envola…

Peter Sagan prend alors ses responsabilités dans le Kruisberg, fait péter Degenkolb et éteint toutes velléités de contre-attaques chez Leukemans et Minard (la belle surprise du jour côté français), qui peuvent se mordre les doigts d’avoir loupé le démarrage du duo Van Avermaet-Vandenbergh. Les favoris sont tous là, dans ce petit groupe qui compte désormais une quinzaine d’unités. Mais à 20 kilomètres d’Oudenaarde et alors que se profile au loin le dernier passage du Vieux-Quaremont, un deuxième petit peloton revient à l’avant, ramenant avec lui des coureurs comme Langeveld, Kristoff ou Thomas, mais aussi des équipiers de Sagan, finalement peu utiles car rincés ! On temporise, ce qui profite à Van Avermaet devant, qui roule à bloc avec Vandenbergh bien calé sur le porte-bagage !

Mais dès les premiers pourcentages du Vieux-Quaremeont, la bagarre éclate ! Première accélération signée Vanmarcke, Boonen serre les dents ; deuxième accélération signée Cancellara, Vanmacke s’accroche tant bien que mal, mais c’est la débâcle derrière ce duo : Boonen saute, Sagan pédale carré, les autres se regardent en essayant de savoir qui est le plus aux abois ! Personne ne peut assurer la poursuite, Cancellara et Vanmarcke, suffisamment costaud pour passer quelques relais au Suisse, se détachent et ne seront plus revus.

Dans le Paterberg, dernier mont de la journée, Van Avermaet se débarrasse (enfin !) de ce satané scotch collé à sa roue, le dénommé Vandenbergh. Ce dernier résiste bien et s’accroche au sommet à Cancellara et Vanmarcke. Derrière eux, Terpstra donne tout ce qu’il lui reste pour ramener Boonen et Stybar, mais Tornado Tom est collé à la route : les hommes de Patrick Lefévère sont battus ! A 10 kilomètres de la ligne d’arrivée, Van Avermaet est repris ; il doit se résoudre à collaborer avec Cancellara, Vanmarcke et Vandenbergh pour aller jouer la victoire. Commence alors la démonstration tactique de Spartacus : après avoir roulé suffisamment fort pour s’assurer que ce quatuor ira au bout, il regarde ses compagnons se disputer le droit de l’attaquer dans le final, avant  de les exécuter proprement au sprint ! Il s’impose devant Van Avermaet (BMC) et Vanmarcke (Belkin). Derrière, on se partage les places d’honneur : Kristoff fait 5, après avoir cru qu’il pourrait rentrer seul sur le groupe vainqueur ; Boonen est 7ème, Degenkolb 15ème, Sagan 16ème. Premier Français, Vincent Jérôme termine à la 11ème place de la reine des classiques (en toute subjectivité, bien sûr !) qui aura tenu toutes ses promesses et sacré pour la troisième fois un  très grand champion : FABIAN CANCELLARA.