Jade Wiel (FDJ, championne de France) : « Je vais dormir avec le maillot »

« Je me sens vraiment heureuse. Ce sont des moments qui passent vite, j’essaie de savourer tous les instants. C’est une belle année qui commence. Avec l’équipe, c’était le seul objectif, peu importe la coureure qui gagnait. Avec Victorie (Guilman) deuxième, les émotions sont multipliées par neuf. De voir les filles pleurer alors que ce ne sont pas elles qui ont gagné, c’est vraiment grandiose. Tant que je n’avais pas passé la ligne je n’y croyais pas. Avec Marie (Le Net, échappée avec elle pendant 45 km) ça a été vraiment top, on a pu se booster. Je croyais en mes coéquipières, je croyais en nous. Ce maillot est autant à Marie qu’à moi.
(Sur le sprint) J’ai pas réfléchi, j’ai sprinté, j’ai baissé la tête. Je n’ai pas vraiment douté car j’ai vu qu’on était trois. Pour le sprint je pensais que Victorie était plus fraiche. Ce maillot, je peux vous dire que je vais dormir avec (rires). J’aurais toujours les liserets sur mon maillot, c’est top. »

Victorie Guilman (FDJ, 2e) : « On sait qu’elle est forte »

« Cette année, on n’avait pas de sprinteuse. Ça changeait la physionomie de la course. Pour nous c’était une bonne chose. On devait faire une course offensive. Tout le monde avait sa chance, on n’avait pas de leader désignée. On avait un gros collectif, il fallait essayer dès le début, et mettre les individualités en difficulté. On a toujours suivi les coups. C’est vraiment une bonne course pour nous.
Ce qui comptait c’était le maillot. Ma place, ce n’est pas très important. Jade est toute jeune, on sait qu’elle est forte, je savais qu’au sprint elle allait le faire. On sait qu’elle va vite. C’est bien pour elle, elle a l’avenir devant elle.
(La course avec Aude Biannic) Dans ma tête, c’était « allez, accroche toi ». Je n’en pouvais plus. Je culpabilisais vis-à-vis d’Aude. On était trois, elle était toute seule, on ne passait pas de relais. Ce n’est pas dans ma mentalité de rester dans sa roue. J’étais à bloc, je ne pouvais pas l’aider. Si elle avait plus attaqué, elle m’aurait certainement lâchée.
Avec les championnats espoirs, ça fait ma troisième deuxième place. Il ne faudrait pas que ça continue. Au niveau international, je progresse un peu chaque année, je monte marche après marche, c’est bien pour l’avenir. »

Aude Biannic (Movistar, 3e) : « J’ai perdu mon sang-froid »

« J’aurais aimé porter le maillot une année de plus. J’ai tout donné pour revenir. J’ai un peu perdu mes moyens sur le final. Je voulais tellement gagner, j’ai un peu agi sans sang froid. J’aurais dû attendre Audrey (Cordon-Ragot). C’est facile à dire après la course. Je voulais gagner, j’ai essayé de jouer le tout pour le tour, et miser à une contre trois, j’ai mal joué. Elles n’ont pas collaboré avec moi et joué avec mes nerfs. J’ai perdu mon sang-froid, pour moi elles avaient à rouler. Elles ont joué, elles ont gagné, c’est moi qui ai perdu.
Je ne savais pas comment allait être ma condition. J’ai vu dès le début que j’étais vraiment bien. Je me suis un peu délaissée de la course au début. J’ai eu un peu chaud quand il y a eu deux minutes de retard. Ça l’a fait, mais pas assez pour le sprint. J’ai été battue par une équipe qui stratégiquement a été meilleure que moi. Maintenant, le maillot, je le laisse à Jade, à elle de bien le porter. Deuxième ou troisième, ça n’aurait pas changé grand-chose pour moi. »

Audrey Cordon-Ragot (Trek – Segafredo, 5e) : »Je n’ai pas compris comment Aude jouait les choses »

« Déçue, oui. On aurait pu jouer tactiquement un peu mieux avec Aude. Elle ne m’attend pas, et roule avec trois filles de la FDJ. Je ne comprends pas. Elle ne court pas pour gagner. Si elle m’attend, on peut jouer toutes les deux. Elle pouvait garder son titre. C’est ma déception. À chaud je n’ai pas compris comment elle jouait les choses. Faut qu’on en discute ensemble, et qu’on voie ce qu’elle en pense.
Je me dis que ça va se regarder devant, et ça ne se regarde pas. C’était foutu, il aurait fallu que ce soit quatre filles d’équipes différentes. Mais là, avec trois filles de la même équipe, elles se sont sacrifiées les unes pour les autres. C’est très bien joué de leur part, elles ont été redoutable aujourd’hui. »

Deuxième du chrono jeudi, Audrey Cordon-Ragot était de nouveau déçue après la course en ligne. (Photo : Amélie Barbotin)

Edwige Pitel (Congeas Mettler, 19e) : « La punition de ne pas avoir bougé plus tôt »

« Une course souvent comme ça se déroule aux championnats de France. Une course d’enterrement quand on est quelques individuelles contre un surnombre. Je m’étais promis qu’il ne fallait pas que je bouge dans les deux premiers tiers de la course. Au bout de la mi-course j’ai commencé à bouger. Juliette (Labous) et Pauline (Ferrand-Prévot) bougeait, j’ai vu tout de suite que ça écrémait drastiquement le peloton. Ça s’est encore regardé, et j’ai vu qu’Aude et Audrey ne faisaient strictement rien. Je me suis dit que lorsqu’elles allaient en mettre une ça allait faire mal. Ça a bougé qu’à deux tours de la fin, Aude a réussi à nous échapper, puis Audrey. Moi, je pense que si elles avaient participé, à mi-course, à durcir la course avec nous, et pas jouer à la plus maline pour tout récolter, il y en aurait une qui aurait le titre aujourd’hui. C’est la punition de ne pas avoir bougé plus tôt. Un tour plus tôt, ça revenait et c’était une autre course. C’est toujours le même scénario. C’est un peu dommage.
La FDJ avait un très bon collectif cette année, en termes de niveau, beaucoup plus que les autres années. J’avais dit qu’elles étaient très dangereuses car elles étaient homogènes. Là, je me disais que n’importe laquelle des neuf pouvait sortir et aller au bout si on leur laisse trop de marge. C’est ce qu’il s’est passé. »

Pauline Ferrand-Prévot (Canyon -Sram Racing, 20e) : « C’est un peu chiant »

« Pas de déception. C’est ma première course sur route après mon opération, je ne peux pas être déçue. C’était une course difficile où il faisait chaud. C’était un circuit usant. Je venais ici pour voir ce qu’il restait à travailler pour la suite de la saison, et il y a beaucoup de choses. Je ne vais pas m’ennuyer.
Les sensations n’étaient pas terribles. J’avais prévu d’attaquer à deux-trois tours de l’arrivée, et j’avais tellement les grosses cuisses que je n’ai pas pu. À la fin j’ai essayé de bosser un maximum, de chasser un peu Aude, mais bon, j’ai vu que je ne reviendrais pas. Je voulais finir avec le groupe. C’était la première fois que je faisais 117 kilomètres sur la route, je l’ai senti dans le dernier tour.
Franchement, pas de plaisir. Ça ne m’a pas manqué. Je ne peux pas dire que je m’ennuie. C’est un peu chiant, c’est tactique, et avec autant de filles que la FDJ faut être au-dessus du lot pour faire la différence, et aujourd’hui, je n’étais clairement pas au-dessus du lot. Mais je ne regrette pas d’être venue, j’ai vu ce qu’il me manquait. Il me manque pas mal de puissance, je n’étais pas du tout explosive. J’ai vu ce qu’il me restait à travailler. Je ne suis pas déçue ni dégoûtée. »