Le cru 2016 de Paris-Nice s’est achevé dimanche par la victoire finale de Geraint Thomas. Le Britannique a su résister aux coups de boutoir d’Alberto Contador qui, fidèle à lui-même, n’a pas voulu se satisfaire d’un accessit. Il ne lui aura finalement manqué que quatre secondes pour déposséder Thomas du maillot jaune. Quoiqu’il en soit, tout le monde peut remercier Contador d’avoir dynamité une course pauvre en spectacle avant son envolée vers la Promenade des Anglais.

Cette édition de Paris-Nice aura avant tout fait la part belle aux sprinteurs. A ce petit jeu, Michael Matthews est celui qui a le mieux tiré son épingle du jeu avec deux victoires, dont celle inattendue lors du Prologue inaugural à Conflans-Sainte-Honorine. L’Australien s’affirme de plus en plus comme le sprinteur le plus complet du peloton. Les bosses ne sont pas une inquiétude pour lui à tel point que l’on peut le considérer comme un excellent puncheur, en témoigne sa faculté à suivre Philippe Gilbert dans le Cauberg lors de la dernière édition de l’Amstel Gold Race.

Sa seconde victoire dans ce Paris-Nice, attribuée suite au déclassement de Nacer Bouhanni, témoigne d’autre part de sa faculté à lutter face aux meilleurs sprinteurs du peloton sur une étape de plaine. Lors de ce sprint houleux à Commentry, les images montrent que Matthews aurait quoiqu’il arrive sauté Bouhanni sur la ligne. Son état de forme, conjuguée à ce savoureux mélange de punch et de vitesse en fait le favori numéro 1 pour Milan-San Remo.

Les sprinteurs français au rendez-vous

A San Remo, Matthews devra venir à bout de nombreux sprinteurs, à commencer par ceux qui l’ont battu lors de ce Paris-Nice, les Français Nacer Bouhanni et Arnaud Démare. Dans un style complètement différent, les deux anciens meilleurs ennemis de la FDJ ont chacun remporté de belle manière une étape lors de ce Paris-Nice. Démare a mis fin à une longue période de disette (ndlr: il n’avait plus gagné depuis le Tour de Belgique 2015) et a surtout fait taire les critiques qui se faisaient de plus en plus vives au fil des semaines et des déceptions. Au moment de franchir la ligne d’arrivée en tête à Vendôme, on comprenait à travers son explosion de joie toute la frustration accumulée ces derniers temps. Qui plus est, son sprint avait de la gueule. Esseulé et pas idéalement placé à 500 mètres de la ligne, le Nordiste a lancé son sprint de très loin et a remonté un à un tous ses rivaux. De bonne augure dans cette étape qui fleurait bon les classiques du Nord avec de la pluie, du vent et des chemins calcaires.

La joie de Nacer Bouhanni n’était pas moins mesurée lors de sa victoire à Romans sur-Isère. Il faut dire que lui aussi a accumulé de la frustration, deux jours plus tôt, suite à son déclassement dans un duel d’équilibristes pas tout à fait du goût des commissaires, avec Michael Matthews. Un sprint tendu qui a valu au Français de nombreuses critiques sur sa manière de sprinter. Mais on le sait, ce n’est pas ce genre d’événement qui déstabilise le Vosgien. Au contraire, cela a plutôt tendance à le rendre plus fort. Sa large victoire lors de la 4ème étape en est le meilleur exemple. On le savait fort mais il pourrait bien l’être encore plus avec l’éclosion de Christophe Laporte, impressionnant dans sa faculté à placer et lancer idéalement son leader. Il ne serait pas fou de mettre une piécette sur lui lors de la Primavera. On peut aussi signaler les bonnes performances d’un autre sprinteur français : Adrien Petit. Quatrième à Vendôme après avoir travaillé pour un malchanceux Sylvain Chavanel, victime d’une crevaison dans le final, le Nordiste a confirmé son retour au premier plan et on aurait été curieux de voir son binôme avec Bryan Coquard à l’oeuvre.

Une annulation qui a tout changé

Alberto Contador l’a dit lui même, l’annulation justifiée de l’étape du Mont Brouilly a changé la donne de ce Paris-Nice. Si l’on ne pouvait pas demandé aux coureurs de risquer leur santé dans ces conditions dantesques, nul doute que le classement final n’aurait pas eu la même teneur avec cette étape. Geraint Thomas le premier peut remercier les cieux. Si « l’étape reine » de la Madonne d’Utelle était du sur-mesure pour l’ancien poursuiteur et son armada Sky. Il en aurait été tout autre sur les pentes du Mont Brouilly. Une ascension courte avec de fort pourcentages, voilà qui n’aurait pas été pour déplaire à des Contador, Bardet, Yates et de nombreux coureurs du top 10 final. Au contraire, Geraint Thomas n’est certainement pas le plus grand fan de ces montées où il faut de l’explosivité et où il n’est pas rare de voir de nombreux changements de rythme. Il aurait été par ailleur impossible pour la Sky d’imposer un quelconque train. Si le nouveau protocole de l’UCI est une bonne chose pour les coureurs, il occasionne malgré tout un débat sur la réelle valeur d’une victoire finale, notamment lorsque les annulations ont lieu sur des étapes difficiles, à l’instar de ce que l’on voit à Tirreno-Adriatico. Si demain Greg Van Avermaet remporte la course italienne, quelle en sera la réelle valeur, d’un point de vue sportif?

Photo : © ASO/G.Demouveaux
Photo : © ASO/G.Demouveaux

A l’inverse de RCS, ASO a eu la fine idée de ne pas proposer qu’une seule étape pour les grands leaders des courses de trois semaines. Cependant, l’étape de la Madonne d’Utelle a accouché d’une souris. Une montée ultra roulante sur une route plutôt large; du pain béni pour la Sky et son rouleau compresseur qui a pu asphyxier, comme à son habitude, tous les rivaux de Geraint Thomas. A l’instar de Bradley Wiggins, Thomas est un coureur qui a travaillé en montagne mais qui vient lui aussi de la piste et de la poursuite. Ces coureurs savent garder un rythme élevé et régulier. En revanche dés qu’il s’agit de changements de rythme, ils sont moins à l’aise. Contador a bien essayé, aidé par Majka et mettre en difficulté son rival britannique. Mais dans du 6%, les rouleurs-grimpeurs peuvent encore faire parler leur puissance et sont plus avantagés que les purs grimpeurs.

Un bouquet final à la hauteur

On attendait un feu d’artifice de haut niveau avec un plateau de haut rang et un parcours, sur le papier, intéressant. Finalement, on a eu le droit à un pétard mouillé. Heureusement, le bouquet final a rattrapé ce qu’on avait vu avant. Mais surtout, le peloton de Paris-Nice avait la chance d’avoir dans ses rangs ce coureur au panache inimitable qu’est Alberto Contador. Nul doute que certains membres du top 10 n’avait peut-être pas les moyens d’attaquer Thomas vers Utelle ou vers Nice. Mais on peine à croire qu’Alberto Contador était le seul à avoir les jambes et de la suite dans les idées pour aller chercher la victoire finale. Le Pistolero l’a dit après l’étape de Nice : »Terminer deuxième n’est pas quelque chose qui me plaît. » Visiblement d’autres s’en contentent volontiers…Pour éviter cette place de dauphin qu’il rejette tant, Contador a tout essayé en attaquant dans la côte de Peille à 50 kilomètres du but, puis à nouveau dans le col d’Eze.

A l’image de son exploit lors de la Vuelta 2012 et la fameuse étape de Fuente Dé où il avait dépossédé Joaquim Rodriguez de la tunique rouge de leader. Vers Nice, le parcours ne se prêtait pas non plus à une offensive de grande envergure, pourtant Contador a essayé et il a failli rééditer son exploit de 2012. Une chose est sûre, on entend souvent et peut-être trop le dicton « Ce sont les coureurs qui font la course ». Si certains ne l’ont visiblement pas encore enregistré, Contador a lui bien compris le message. Et dire qu’il va prendre sa retraite en fin de saison.