Pour ses retrouvailles avec la Via Roma, la Primavera nous à offert un déroulement comme elle sait si bien le proposer. Des baroudeurs, de la nervosité, des pétards mouillés et un emballage final, tels ont été les ingrédients du jour. Retour sur la 106ème édition de ce Milan-San Remo.

LES TEMPS FORTS

échappées MSR (Ansa)
L’échappée matinale (Ansa)

Pour la troisième année consécutive, la Primavera s’ouvre avec une météo exécrable, même si la neige contrairement à 2013, eu le bon goût de ne pas prendre de dossard aujourd’hui. Elle a même cédée sa place au soleil présent dans le final de la course. C’est sous des trombes d’eau, qui ne refroidissent en rien leur ardeur, que 11 coureurs partent dès le 13ème kilomètres. On retrouve là : Julien Bérard (Ag2r La Mondiale), accompagné de Jan Barta (Bora-Argon 18), Sebastian Molano (Colombia), Maarten Tjallingii (LottoNL-Jumbo) , Stefano Pirazzi (CSF Bardiani), Andrian Kureck (CCC Sprandi Polkowice), Matteo Bono (Lampre Merida), Serge Pauwels (MTN-Qhubeka), Tiziano Dall’Antonia et Marco Frapporti (Androni Giocatolli). Comptant jusqu’à 7 min 20 d’avance après 100 kilomètres parcourus, cette échappée se désagrège au fur et à mesure des premiers capi abordés par la course et prendra fin, dans l’ascension de la Cipressa où Bono, ultime rescapé, sera repris.

Chutes en séries

A l’approche de la Cipressa, la nervosité s’installe dans le peloton. Sous la conduite de l’équipe SKY, la descente du Capo Berta s’effectue à vive allure et on voit les premières chutes sérieuses se produire. Une se déroule même en tête de peloton, elle concerne un coureur de SKY, ce qui laisse partir en contre, 3 membres de cette formation: Luke Rowe, Geraint Thomas et Ben Swift. Un coup pour rien, puisque le peloton revient sur ces hommes, qui avaient repris le plus gros de l’échappée matinale dans la Cipressa.

Les favoris bougent dans le respect de la tradition

GVA (Ansa)
Van Avermaet lance les hostilités (Ansa)

Tradition oblige, c’est dans l’ascension de la Cipressa que la course commence à se décanter. Le toujours nerveux Greg Van Avermaet (BMC) lance les hostilités, tout de suite rejoint par Zdenek Stybar (Etixx). Râté, le peloton contrôle et personne ne fait la différence, tout est à refaire…Une Cipressa qui éliminera notre champion de France, Arnaud Démare (FDJ). Non pas par ses pourcentages, mais par une chute se produisant à son pied, ruinant ainsi les chances du picard. Pas de bobos pour lui, mais on sait qu’il est impossible de rentrer après un tel incident alors que la course entre le money time.
Toujours dans le respect de la tradition, une échappée se dessine entre la Cipressa et le Poggio. Vous savez, cette fugue qui prend une trentaine de secondes, à laquelle on peut croire et qui se prend le Poggio tel un mur en pleine face. Dans le rôle des téméraires, Daniel Oss (BMC) et l’intenable Geraint Thomas qui sera le dernier coureur repris dans la montée. Dans celle-ci, c’est Luca Paolini (Katusha) qui se charge de museler le peloton pour son leader, Alexander Kristoff. Ce dernier calé dans la roue de son gregario barbu, semble fumer la pipe, après nous avoir fait craindre dans la Cipressa que le moteur était pas loin de serrer.

Gilbert attaque, Paolini contrôle (Roberto Bettini)
Gilbert attaque, Paolini contrôle (Roberto Bettini)

 

Le final le plus haletant de l’année

Au plus fort de la pente du Poggio, Gilbert tente son va-tout très vite suivi par Stybar. Mais nous ne sommes plus dans les années 90, aucun coureur n’arrive à faire la différence, si bien que le peloton se regroupe devant la célèbre cabine téléphonique matérialisant le sommet de la dernière difficulté du parcours.
La descente s’annonce nerveuse, un chute se produit et élimine des prétendants à la victoire. Philippe Gilbert est le premier à gouter au bitume entraînant Stybar (décidement prompt à faire comme les BMC!) mais aussi le champion du monde Kwiatkowski (Etixx) ou encore le vainqueur 2013, Gerald Ciolek qui manifeste sa déception en jetant son casque au sol !
C’est un sprint qui va donc se charger de désigner le vainqueur de la Primavera. Pour le retour de la course sur la Via Roma, Kristoff semble parti pour se succéder à lui-même, mais c’était son compter sur le retour puissant de John Degenkolb (Giant-Alpecin). L’allemand, que l’on à pas vu de la journée, a couru au millimètre et s’offre là son premier monument. Une victoire qui le fait entrer dans le cercle de ces sprinteurs capables de chasser les classiques, un coureur de grande classe et qui pourrait encore nous surprendre cette année.

LE VAINQUEUR

Degenkolb savoure (Ansa)
Degenkolb savoure (Ansa)

Si la Coupe du monde de cyclisme existait encore, John Degenkolb aurait le profil idéal pour s’y imposer comme naguère ses compatriotes Olaf Ludwig (1992) ou Erik Zabel (2000). Comme Ludwig, Degenkolb est né à Gera, dans l’ex-Allemagne de l’est. Comme lui, il est musculeux et ses tours de cuisses inspire le respect et la puissance. Déjà vainqueur de la Vatenfall Cyclassics, de Paris Tours (2013) ou de Gand-Wevelgem (2014), Degenkolb en ajoutant Milan-San Remo aujourd’hui présente un tableau de chasse parmi les classiques bien plus étoffé que son prédécesseur qui ne compte que l’Amstel Gold Race (1992) au palmarès. Mais Ludwig a le tort, si l’on peut dire, d’être né bien avant le chute du mur de Berlin. Passé pro à 30 ans seulement, celui qui fut champion olympique à Séoul et vainqueur de 2 Courses de la Paix (et de 38 étapes !) il dut en effet attendre la réunification de son pays pour exporter son talent à l’ouest chez Panasonic ou Telekom.
Le parallèle entre Degenkolb et Ludwig se poursuit encore quand on évoque Paris-Roubaix. 2ème l’an dernier (comme Ludwig en 1992), le coureur de Giant-Alpecin pourrait dès cette année réussir là où son compatriote avait échoué. S’il y parvient, Degenkolb démontrera là qu’il possède beaucoup plus de classe que son équipier Marcel Kittel, l’autre grand sprinteur allemand actuel et pour lequel Degnkolb n’hésite jamais à se sacrifier. Quand on vit que Degenkolb à de la classe…Vainqueur aujourd’hui à San Remo, il sera à surveiller dans les flandriennes où sa puissance, sa capacité à passer les bosses et sa pointe de vitesse pourrait bien faire mouche encore. Et si c’était lui l’homme du printemps cette année ? On parie ?

LA REVELATION

Par Tibaldi

La révélation du début de saison ? (Lampre)
La révélation du début de saison ? (Lampre)

Si Niccolo Bonifazio était musicien, il s’appellerait Mozart. Mais il a choisi la bicyclette et son talent précoce, sa détermination et son culot en font un surdoué de son art, celui de pédaler. L’Italien né à Cuneo, dans le Piémont, n’a pas encore 22 ans mais fait d’ores et déjà partie des coureurs qui enflammeront les tifosi dans les années à venir, au même titre qu’un Fabio Aru dans son registre d’escaladeur.

9ème du Championnat de Monde Espoirs en 2012, à 19 ans à peine, il gravit depuis les marches sans sauter les étapes, mais à un rythme qui pourrait bientôt faire pâlir d’envie nos jeunes sprinteurs Français… Vainqueur de la Coppa Agostoni pour sa première saison professionnelle en 2014, du Grand Prix de Lugano au début du mois après avoir enchaîné depuis janvier les places d’honneur en Australie et sur Paris-Nice, il découvrait aujourd’hui la Clacissima, dont il connaît par coeur la fin du tracé pour le parcourir régulièrement à l’entraînement. Et autant dire qu’il en a profité pour prendre un rendez-vous qu’il ne pourra manquer ces prochaines années. Discret dans la Cipressa et le Poggio, et moins attendu que ces coéquipers Rui Costa, Pozzato ou Cimolai, il vient claquer un top 5 au nez et à la barbe de Bouhanni ou Cancellara, après avoir crânement tenu la roue tant convoitée de Kristoff dans le dernier kilomètre ! Il se dit aussi attiré par les Flandriennes alors retenez bien son nom, on devrait le revoir assez vite en haut des classments…

LES TOPS

Tibaldi

– La relève à l’honneur : Degenkolb qui confirme, Matthews qui progresse, Bouhanni et Bonifazio qui s’installent dans le top 10 pour leur première participation, sans oublier Sagan, Cimolai ou Gallopin, pas bien vieux eux non plus : le classement et le scénario de ce Milan-San Remo 2015 laissent apparaître un vrai rajeunissement dans la catégorie des vainqueurs potentiels de classiques. D’autant plus que Gilbert, auteur d’un joli pétard mouillé dans le Poggio, et Cancellara, incapable de sortir du troupeau des sprinteurs pour se donner une chance de s’imposer, ne font plus du tout figure d’épouvatail. Et si l’on ajoute la blessure de Boonen et son forfait pour les Flandriennes, les semaines à venir pourraient nous réserver quelques belles et jeunes surprises ; à suivre !

– Paolini : le plus célèbre des barbus à vélo aura tout fait pour conduire Alexander Kristoff vers une deuxième victoire consécutive. Après avoir imprimé un rythme énorme dans les deux premiers tiers du Poggio, au point d’étouffer littéralement toute tentative d’offensive des puncheurs, il a ensuite reculé un peu, pour mieux reprendre son souffle et emmener finalement le peloton à un rythme d’enfer du pied de la descente jusqu’à 200 mètres de la ligne ! Un vrai bûcheron, entièrement dévoué pour son leader norvégien alors que quelque chose nous dit qu’il en aurait encore sous la pédale pour tenter sa chance en solo. Il est probablement aujourd’hui l’équipier idéal pour quiconque veut jouer sa chance sur une classique. Chanceux, le Kristoff !

– Boasson Hagen : l’autre Norvégien censé assurer la relève de Thor Hushovd s’était un peu perdu ces dernières saisons, réduit à un rôle d’équipier tout-terrain à la Sky alors que son début de carrière laissait présager de biens beaux lendemains. Parti cet hiver se relancer chez les Sud-Africains de MTN-Qhubeka, sa performance du jour pourrait bien être la première pierre du nouvel édifice Boasson Hagen. Retardé dans les Capi après un accrochage au cœur du peloton, pas forcément premier choix de son équipe qui comptait dans ses rangs Goss et Ciolek, deux anciens vainqueurs de la Primavera, il trouve tout de même les ressources pour venir faire 10ème sans équipier dans le final. Espérons pour lui qu’il tiendra ses promesses pour la suite de la saison.

LES FLOPS

Par Sergeï

Van Avermaet / Sagan : Comme souvent à l’heure de compter les favoris d’une grande classique, 2 noms ressortent invariablement (hormis sur la Flèche Wallone…). Le jeune Slovaque (25 ans) est annoncé comme le futur Merckx, les observateurs du cyclisme lui en demande peut-être beaucoup, mais sur les « Monuments » et plus précisément sur le Milan San Remo qui semble taillé pour lui il n’a toujours pas frappé… 17° en 2011, 4° en 2012, 2° en 2013, 10° en 2014, et donc 4° en 2015… Énorme pour son âge mais toujours pas assez connaissant son talent.
Pour le belge, c’est une autre histoire, il n’est pas né dans une marmite de potion magique, c’est un battant, il aura 30 ans dans moins de deux mois, et le temps presse pour lui, et pourtant on se dit qu’il a tout pour gagné un « Monument », capable de faire top 10 sur un championnat du monde, un Paris-Roubaix, un Ronde, un Liège Bastogne Liège, un GP Québec, une Clasica San Sebastian… bref le roi du top 10 à peu près partout mais rarement sur le podium… Aujourd’hui encore il attaque peut-être trop tôt, probablement pour Gilbert… et fini hors du top 10.

– SKY : Je vous laisse juger par vous même, Swift, Nordhaug, Thomas, Eisel, Stannard… Les Sky pouvaient avec l’aide de Fenn, Puccio, Rowe gagner de toutes les manières ! En attaquant dans le Poggio avec Nordhaug/Thomas, au sprint avec Swift/Eisel ou en sortant au km avec Thomas/Stannard… Au final ils se sont découverts trop tôt à la suite d’une chute, et puis derrière Thomas a fait le forcing dans le Poggio pour finalement se faire reprendre dans la descente… encore en tête à 5km de l’arrivée son échappée n’aura finalement servi à rien, avec son compagnon d’échappée Oss ils symbolisent le gâchis de leur équipe : sorti pour servir de soutien à leur équipe et finalement seuls présents à l’avant… Van Avermaet/Gilbert pour BMC auront quand même eu le mérite d’essayer au contraire de la Sky qu’on a plus vue de la course… A revoir pour ces deux équipes surtout avec des talents de ce niveau (Stannard, Thomas, Gilbert, Van Avermaet…)

– Les « gros » sprinteurs : Milan San-Remo a toujours attiré les sprinteurs, et les plus grands l’ont emporté dans l’ère du cyclisme moderne, Cipollini, Zabel, Freire, Petacchi, Goss, Cavendish, Kristoff, de quoi attirer cette année encore les plus grands, cependant il faut une qualité certaines pour gagner la Primavera : il faut savoir passer les bosses… Cavendish avait réussi en 2009, mais depuis il a vieilli et n’est plus le top sprinteur qu’il était, Kittel trop lourd n’a même pas pris le départ… et Greipel ?
Comme souvent Lotto a tout misé sur lui… Probablement une erreur pour un coureur qui vieilli, qui pèse 80kg pour 1,83m (infos andregreipel.com) et qui a surtout un historique médiocre sur la Primavera : 33° en 2011, 52° en 2012, 58° en 2013, 24° en 2014, et pourtant cette année encore ces 2 là se présentent au départ en y croyant… et au final ? Ettix a roulé et a tout misé sur Cavendish, au final on aura vu Stybar dans la roue de Gilbert lors de son attaque puis plus rien, Stybar et Kwiatkowski au tapis, il ne restait plus personne pour la gagne… Pour Greipel idem il va falloir se poser les bonnes questions, venu avec son train il saute dans le Poggio, et paye surtout son âge et son poids (33 ans et plus de 80kg!), Gallopin sauvera le bilan de la Lotto Soudal en rentrant dans le top 10.

LE CLASSEMENT

1. John Degenkolb (All-TGA) les 293 km en 6h46’16’’ (43,272 km/h de moyenne)
2. Alexander Kristoff (Nor-Kat)
3. Michael Matthews (Aus-OGE)
4. Peter Sagan (Slo-TCS)
5. Niccolo Bonifazio (Ita-Lam)
6. Nacer Bouhanni (Fra-Cof)
7. Fabian Cancellara (Sui-TFR)
8. Davide Cimolai (Ita-Lam)
9. Tony Gallopin (Fra-LTS)
10. Edvald Boasson Hagen (Nor-MTN) tous m.t