C’est une des attraction du prochain Tour de France, le massif des Vosges. Un de ceux que Christian Prudhomme , le directeur du Tour de France, nomme les massifs intermédiaires et qui a suscité beaucoup de réactions après la présentation du Tour de France 2014.

Il faut dire que la dernière visite dans les Vosges en 2009 fut une vraie déception, entre l’échec des organisateurs à imposer une journée sans oreillettes et une bagarre absente entre favoris qui attendaient le massif alpin pour s’expliquer. Mais bien heureusement les Vosges nous ont aussi livrées de belles journées sur le Tour, comme la 11ème étape du Tour de France 1992.

LE CONTEXTE

Ce Tour de France, dont le tracé européen à fait beaucoup couler d’encre avec, 7 pays traversés pour honorer l’ouverture des frontières de l’Union Européenne ou encore, avec des Pyrénées escamotées avec une seule étape entre Saint-Sebastien et Pau, arrive à mi-parcours. Il aborde avec cette 11ème étape, entre Strasbourg et Mulhouse, un enchaînement Vosges, Alpes et Massif Central qui, espère-t-on, permettra aux adversaires de Miguel Indurain de le mettre en difficulté. Car si le maillot jaune est encore sur les épaules de Pascal Lino, l’espagnol a assommé le Tour dans le contre la montre de Luxembourg en creusant des écarts abyssaux. Lino encore en jaune donc, c’est aussi le symbole d’un Tour de France plutôt réussi pour les français puisque depuis le départ de Saint-Sebastien, Dominique Arnould (à Saint-Sebastien); Laurent Jalabert (à Bruxelles) et Gilles Delion (à Valkenbourg) ont entamés la moisson d’étapes tricolores et Richard Virenque s’est révélé au grand public en portant à Pau, au terme de la seule étape pyrénéenne, les 3 maillots distinctifs de ce Tour. Un Tour 92 que nos compatriotes n’ont pas fini d’animer d’ailleurs.

LES TEMPS FORTS

LeMond à la dérive

De Strasbourg à Mulhouse, c’est une étape longue de 249,5 km qui attend les coureurs. Elle est hérissée de 7 cols de 3ème, 2ème et 1ère catégorie, de quoi alimenter la bagarre pour le maillot à pois perdu la veille par Richard Virenque au profit de Claudio Chiapucci. Le premier à mettre le feu aux poudres, sur cette étape marathon est  Rolf Golz, l’allemand vainqueur d’étape en 87 à Blagnac puis en 88 à Nancy. Il va ouvrir la route en solitaire jusqu’au Col de la Schlucht, à mi-parcours, où Konyshev et Roscioli reviennent sur lui avant de le lâcher. Derrière Claudio Chiapucci est intenable, l’italien a entrepris de consolider son maillot à pois, ce qui agite le peloton et met en difficulté Greg LeMond, qui se retrouve lâché à de multiples reprises. L’américain, déjà en difficulté dans le col de Marie-Blanque dans les Pyrénées, confirme ici qu’il ne sera pas en mesure de briguer un 4ème Tour victorieux. LeMond, sera sauvé par ses équipiers Jérôme Simon et François Lemarchand et finira au contact des favoris.

Fignon à l’offensive

A l’avant, Konyshev et Roscioli mènent toujours avec en contre, les colombiens Vargas et Rondon. Il reste encore 100 kilomètres à parcourir et dans l’ascension du col de Bramont, flanqué de l’espagnol Arsenio Gonzalez, Laurent Fignon attaque. Le français qui à rejoint l’équipe Gatorade en début de saison et son compagnon de contre doublent les 2 colombiens en chasse, avant de revenir sur les hommes de tête. Ces coureurs s’entendent dans la vallée qui les mène au pied du Grand Ballon, dernière ascension du jour dont le sommet est situé à 53 kilomètres de l’arrivée. Dans la montée, Fignon accélère. L’ancien double vainqueur du Tour, humilié 2 jours auparavant par Indurain à Luxembourg (l’espagnol parti 6 minutes après lui l’avait rejoint dans les derniers kilomètres du contre la montre), se retrouve seul au sommet du Grand Ballon où 2 supporters tendent une banderole à sa gloire lors de son passage, image immortalisée par les caméras de direct d’Antenne 2. Commence alors une partie de manivelles face à un peloton possédant à ce moment-là 2 minutes de retard avec à sa tête, Gorospe et Delgado équipiers d’Indurain, qui mènent le tempo.

Un dernier exploit

Fignon conserve encore ses 2 minutes, sous la banderole des 20 kilomètres. En direct sur Antenne 2, Robert Chapatte pense que la victoire est jouable pour le parisien, en vertu de son fameux théorème qui veut qu’un échappé perd une minute de son avance par tranche de dix kilomètres face à un peloton. Mais seulement voilà, Manolo Saiz, directeur sportif de la ONCE, envoie Zülle en tête de peloton pour épauler les Banesto. Son équipier Laurent Jalabert est revenu dans ce groupe et il se voit offrir une occasion de prendre de précieux points pour le maillot vert, qu’il s’apprête à reprendre à Johan Museeuw. Fignon cravache et conserve finalement 12 secondes pour triompher à l’arrivée, sur un groupe de 6 contre-attaquants (Dufaux, Pedersen, Elli, Konyshev, Delgado et Leblanc), qui se sont dégagés dans le final. Laurent Fignon gagne là sa 9ème victoire d’étape dans le Tour et avec la manière après un baroud d’une centaine de kilomètres à l’avant, dont les 54 en solitaire. Il signe là, le sait-il peut-être, le dernier exploit de sa belle carrière.


dernier kilomètre de l’étape (direct Antenne 2, www.ina.fr)

LE VAINQUEUR

Aujourd’hui, on sait tout ou presque de la vie de Laurent Fignon. J’ai fait parti de ces nombreuses personnes très triste, lors de son décès il y à bientôt 4 ans. Des larmes avaient coulées, les mêmes que celles du 23 juillet 1989 où ce champion me fit découvrir ce que l’on peut ressentir comme déception quand on supporte un sportif, jusqu’à en souhaiter ardemment sa victoire. Ce jour-là, ma passion pour le cyclisme venait de naître et j’ai appris au fur et à mesure de mes nombreuses lectures ce qu’était la carrière de Laurent Fignon qui fut avec son bourreau de juillet 89, Greg LeMond, une de mes idoles de ce sport.

Beaucoup retiennent bien sûr le final de ce Tour 89, comme événement marquant de la carrière de Fignon. Mais c’est oublier qu’avant cela, il avait gagné 2 Tours de France, 1 Giro, 2 Milan San Remo, 1 championnat de France, 1 Flèche Wallone et bien d’autres victoires encore. En cette année 92, Fignon avait choisi de rejoindre l’équipe Gatorade après toute une carrière aux côtés de Cyrille Guimard, avec lequel la séparation fut houleuse en 91. Il devait y remplir un rôle de co-leader sur le Tour derrière Gianni Bugno, le champion du monde et celui de leader sur le Giro où Bugno avait décidé de faire l’impasse en vue du Tour. Laurent ne fut que l’ombre de lui même sur les routes transalpines, à l’image d’un début de saison des plus discrets. Mais la force des grands est de pouvoir se sublimer pour les grandes occasions et jusqu’à Sestrière (13ème étape), Fignon figurait d’ailleurs encore dans le top 10 de ce Tour 92. Il n’en sortira que le lendemain, sur la route de l’Alpe d’Huez, qui lui avait si souvent souri par le passé. Il dut subir le contre coup d’une attaque matinale, désespérée, menée sur les pentes du Galibier avec Bugno, au lendemain du fameux numéro de Chiappucci. Sur les Champs-Elysées, Fignon bouclera pour la dernière le Tour de France (il abandonnera son dernier l’année suivante sur les pentes d’Isola 2000) à la 23ème place seulement, mais avec le sentiment du devoir bien accompli, notamment grâce à cette formidable victoire à Mulhouse.

LE CLASSEMENT

1.   Laurent Fignon (Fra-Gatorade) les 249,5 km en 6h30’49 » (38,304 km/h de moyenne)

2.   Laurent Dufaux (Sui-Helvetia) à 12″

3.   Per Pedersen (Dan-Amaya) m.t

4.   Alberto Elli (Ita-Ariostea) m.t

5.   Dimitri Konyshev (CEI-TVM) m.t

6.   Pedro Degado (Esp-Banesto) m.t

7.   Luc Leblanc (Fra-Castorama) m.t

8.   Laurent Jalabert (Fra-Once) à 22″

9.   Claudio Chiappucci (Ita-Carrera) m.t

10. Sean Kelly (Irl-Festina)

Maillot jaune : Pascal Lino (Fra-RMO)

Maillot vert : Laurent Jalabert (Fra-Once)

Maillot à pois : Claudio Chiappucci (Ita-Carrera)

Par équipes : Carrera (Ita)

Sources : Archives personnelles Miroir du Cyclisme n°458h Aout 1992; Vélo Sprint 2000 magazine n°279 Aout 1992