Le cyclisme des années 90 et des années Armstrong, à ceci de positif (si si j’assume), qu’aujourd’hui on y regarde à deux fois avant de s’enthousiasmer. La victoire de Chris Fromme à la Pierre St-Martin, alimente les doutes les plus vifs, quand ce n’est pas les soupçons. Alors, on me dira que la présomption d’innocence existe, je vous rétorquerai que le devoir de réserve aussi…

Des doutes difficiles a évacuer

Autant vous le dire, à la rédaction du Dérailleur, ça ne s’est pas bousculé au portillon pour vous raconter cette étape. Il faut dire qu’elle nous a laissée perplexe. Comment ne pas basculer dans la suspicion? Commençons par quelques faits, une attaque ahurissante sous le nez de Quintana à 6 kilomètres du sommet; un Richie Porte retrouvé en haute montagne qui vient offrir le doublé à sa future ex-équipe; un Geraint Thomas devenu un magnifique grimpeur ailé sixième de l’étape et cinquième du général. Tout ceci ne vous rappelle rien? Mais si, un petit effort…Et oui, l’ombre du train bleu américain plane sur celui noir et ciel. Je grossis le trait? Sans doute, mais rien n’est fait pour faire taire de telles idées.

Avec le recul, nous avons pu voir que des dominations aussi outrancières n’ont jamais été signes de probité absolue. L’US Postal, la Once, la CSC, la Gewiss, pêle-mêle et dans le désordre voici de nombreux exemples qui confortent cette idée. J’exagère? Possible. La Sky domine, parce que c’est l’équipe de loin la plus professionnelle du plateau? Pas impossible, mais Armstrong et Bruyneel se sont évertués à nous faire avaler la même soupe au sujet de l’US Postal. « Armstrong s’entraîne plus que les autres, il a reconnu dix fois la montée de l’Alpe d’Huez », mais ils n’étaient pas les seuls à se plier aux reconnaissances. La Sky est à la pointe de la diététique? Les italiens des années 90 l’étaient tout autant: « Chez nous, contrairement aux équipes en France, nos coureurs ne prennent pas de pâtisseries au dessert. » Si si, c’est ce qu’ils nous expliquaient. Enfin, les britanniques sont à la pointe du matériel, c’est en effet la vérité, mais souvenez-vous à l’aube de la domination de la Gewiss, ceux-ci nous vantaient les merveilles dont été capables les fameuses roues Shamal de Campagnolo: « Elles nous font gagner deux secondes au kilomètre » qu’ils disaient. Bref…Faudrait trouver autre chose pour convaincre.

Des adversaires pas à la hauteur?

Dans le concert de ces dominations laissant perplexes, nous avions déjà évoqué celle d’Astana sur le dernier Giro, (6 coureurs dans les 25 premiers du général!). Mais beaucoup ont rétorqué qu’à part Contador, l’adversité y était d’une grande faiblesse. Et bien voilà, que cet argument refait surface aujourd’hui sur le Tour. Contador? « Affaibli par son Giro! » Quintana? « Pas vu depuis la Romandie et sa Route du Sud n’avait rien de transcendant! » Nibali? « Il ne met pas un pied devant l’autre cette année! » On parle là de ceux que la presse a associé à Froome pour nous vendre les quatre fantastiques à l’assaut du Tour. Et subitement, dès le premier hors-catégorie du Tour, il ne sont que de simples faire valoir pour Froome? Allons, allons…Nous sommes sur le Tour, il s’agit là du principal objectif des ces coureurs là! Nibali n’a fait que répéter le schéma de la saison 2014, Quintana a usé d’une préparation identique au Tour 2013 et du Giro 2014 et Contador a géré son Giro, sans asséner de grands coups de marteau (la plateau était faible là-bas, hein?). Et quant à Froome, à l’exception de son Dauphiné, lui non plus ne nous a pas fait rêver sur ce début de saison.

Geraint Thomas dans les traces de Georges Hincapie

Que penser de la performance d’un Geraint Thomas? En mars, il survole la montée vers Chaubouret avec Porte sur Paris-Nice, on nous répond que le gallois à perdu du poids et que son rapport poids/puissance l’avantage. 15 jours après, ce grimpeur ailé domine le GP E3, fait parti des acteurs d’un Gand-Wevelgem légendaire et joue la gagne dans Paris-Roubaix. Et aujourd’hui? Top 5 dans une ascension de 15,3 km à 7,4% de moyenne. De la même veine qu’un Georges Hincapie, chasseur de flandriennes triomphant au Pla d’Adet…On sait ce qu’il en est advenu de l’ex-lieutenant d’Armstrong. Et dire que Thomas ne pensait pas pouvoir défendre son maillot blanc en 2011 car il répétait à l’envie: « Je ne suis pas un grimpeur, la montagne je n’aime pas ça! ». On dira que seuls les imbéciles ne changent pas d’avis. Cela aussi n’est pas de nature à rassurer dans un cyclisme qui prône l’ultra spécialisation?

Alors oui, la Sky est actuellement l’équipe la plus évoluée de notre peloton, elle dispose de moyens colossaux et le staff de cette formation n’hésite pas à en mettre au service de la recherche et développement. Je ne demande qu’à croire à tout ça, je voudrais à nouveau regarder une étape de montagne sans avoir à me dire que ce qui se passe est à la limite du possible. Les années Armstrong ont fait bien plus de mal que l’on ne le pense. Et si le cyclisme reste un sport populaire, auquel je suis farouchement attaché, la crédibilité de certaines performances restent encore de nature à faire douter même les amoureux les plus transis. Le devoir de réserve vous dis-je