C’était à quitte ou double, soit nous allions avoir une étape fabuleuse, soit elle pouvait nous décevoir car après tout, elle n’intervient qu’à la fin de la première semaine et il reste encore au programme Pyrénées, Alpes et contre-la-montre sur ce Tour. Mais avant tout rendons hommage aux coureurs de ce 104e Tour de France, parce que sur ces étapes jurassiennes, ils ont tout fait pour permettre au sport que nous chérissons tous d’être l’un des plus beaux, en toute objectivité bien sûr. Difficile ce soir de ne pas désigner celui qui fait la meilleure opération aujourd’hui, le maillot jaune et déjà triple vainqueur du Tour de France Chris Froome est clairement celui qui s’en sort le mieux ce soir à une nuance près, nous y reviendrons.

Une échappée aussi fréquentée qu’une rame de métro un lundi matin

Entre Nantua et Chambéry, nous avons eu tout ce qui peut faire une étape mémorable, de la joie, des larmes et des drames tout y était. Plusieurs batailles ont eu lieu sur ce parcours hérissé de trois montées classées hors-catégories (col de la Biche, du Grand Colombier et Mont du Chat), que l’on peut d’ailleurs imaginer voir revenir très vite sur la carte du Tour. Celle pour le maillot à pois tout d’abord dont Warren Barguil, un des héros du jour, a clairement fait un objectif. Pour parvenir à ses fins, le breton en s’est glissé comme hier dans une échappée aussi fréquentée qu’une rame de métro un lundi matin (jusqu’à quarante coureurs encore ce dimanche) en se concentrant intelligemment sur les trois grands cols de la journée pour récolter le plus de points possibles. Mission accomplie pour le breton qui dans l’avion qui le mènera dans le Périgord, embarque avec lui la tunique du meilleur grimpeur en gardant à l’esprit que Primoz Roglic ou encore Thibaut Pinot seront à surveiller attentivement dans les prochains massifs.

Les pois mais pas le sourire pour Barguil qui manque de peu la victoire d’étape © ASO/Thomas MAHEUX

La bagarre pour l’étape a fait rage aujourd’hui, comme tout les jours depuis le départ de ce Tour de France du reste. Nous l’avons dit, dès les premières pentes de la journées, de nombreux coureurs se sont glissé en tête de la course pour se trouver au seuil donc de la quarantaine de membres dans l’échappée. Là encore, Warren Barguil est à distinguer, mais cette fois-ci pas de cerise sur le gâteau. Le coureur de Sunweb se montra le plus fort de ces hommes de tête en se retrouvant seul sur le sommet du Mont du Chat. Il résista valeureusement d’abord à Bardet revenu seul sur lui, puis au reste du groupe des cadors appelés à se disputer la gagne de l’étape finalement, après que Bardet qui semblait alors se diriger vers un troisième succès d’étape dans le Tour de France,soit repris dans les derniers hectomètres. Le leader d’Ag2r fut revu par un groupe contenant donc Froome, Aru, Fuglsang, Uran et donc un courageux Barguil qui crut bien refaire le coup de Formigal sur la Vuelta 2013 à Rigoberto Uran. Ce dernier battu sur le fil il y à quatre ans en Espagne par le français prit cette fois-ci sa revanche. Le colombien, en proie à un dérailleur arrière récalcitrant, s’impose à la photo-finish (décidément celle-ci ne chôme pas sur ce Tour) et se place gentiment parmi les prétendants au podium en pointant à la quatrième place au général.

Journée tranquille pour Froome donc ? Hum…Pas tout à fait

Le général justement, c’est la troisième bagarre de la journée et comme souligné un peu plus haut, c’est le leader du Tour de France qui fait donc la meilleure opération en consolidant son maillot jaune en grattant la bonification de la troisième place. Journée tranquille pour Froome donc ? Hum…Pas tout à fait, le kényan blanc a perdu un de ses lieutenants annoncé parmi les plus précieux, le gallois Geraint Thomas. Le premier maillot jaune de ce Tour a chuté dans la descente du col de la Biche où l’équipe Ag2r de Romain Bardet avait décidé d’imprimer une cadence soutenue. Clavicule cassée, Thomas poursuit une saison où la guigne semble vouloir être son indissociable compagne, y compris sur le dernier Giro dont il avait son principal objectif mais où souvenez-vous, une moto de la Polizia Stradale en décidait autrement.

Le principal bénéficiaire de la journée, Chris Froome © ASO/Alex BROADWAY

Mais ce n’était pas tout pour Froome, alors que ses équipiers imprimaient un tempo assez élevé dans la dernière ascension, le Mont du Chat, le maillot jaune connu une alerte matérialisée par un ennui mécanique. Levant le bras pour signaler sa mésaventure, il lui filer quasiment sous celui-ci le Fabio Aru décidé semble-t-il à secouer le Tour. En voilà des manières de chenapan, qui ne collent pas à celles aseptisées et lisses que certains adossent au cyclisme moderne.

Et oui, il semble interdit d’attaquer sur incident mécanique, ce que Richie Porte (adversaire mais néanmoins ami de Froome) rappela au champion d’Italie en prenant les commandes du groupe de tête en ralentissant le rythme et permettant au maillot jaune de revenir, le leader de BMC agissant tel Tyler Hamilton dans Luz-Ardiden en 2003. Aru ne bougea plus ensuite, même quand Froome (involontairement selon les dires de ce dernier) vint lui mettre un coup d’épaule après un virage sur la droite. Si des voix se sont élevées pour saluer le Fair-Play de Richie Porte, hélas pour lui le sort ne lui en sera pas reconnaissant. Dans la périlleuse descente, l’australien fut victime d’une terrible chute à plus de soixante-dix kilomètres heure, l’expédiant à l’hôpital. Des images glaçantes et si il restait conscient au moment de son évacuation, l’australien souffre finalement d’une fracture de la clavicule et de la hanche. Désigné parmi certains (y compris Froome) comme le favori numéro un de la Grande Boucle, il se peut ce soir que Porte réalise qu’il ne la gagnera jamais. Histoire cruelle comme peut en offrir sur une étape le Tour de France qui de l’avis de tous, n’a fait que commencer ce week-end.


Fin de l’aventure pour Arnaud Démare

En une semaine, le tout frais double champion de France aura goûté à la gloire et aux larmes sur ce Tour de France. Vainqueur de sa première victoire d’étape à Vittel, porteur pendant deux jours du maillot vert, Arnaud Démare a vu sa condition subitement s’écrouler depuis vendredi. Comme hier, le picard a été lâché dès la première difficulté de la journée, mais à la différence d’hier, aujourd’hui elle intervenait dès le kilomètre zéro. Entouré de trois équipiers, Mickaël Delage, Ignatas Konovalovas et Jacopo Guarnieri, Démare subit un véritable chemin de croix entre Nantua et Chambéry qu’il atteindra avec ses compagnons d’infortune vingt minutes après les délais. Certains loueront la solidarité liant Démare avec ses équipiers, mais difficile de s’empêcher de penser que la sacrifice de trois autres coureurs pourraient coûter cher à deux semaines des Champs-Élysées. Qu’importe, la FDJ compte une étape dans sa besace et rien que cela, ça vous offre un Tour réussi.