Imaginez la personne rentrant chez elle après une dure journée de labeur. Déjà, vous me direz que c’est un poissard. Travailler pendant le Tour. Quel crime ! Mais bon pas le choix. Donc cette personne. Premier réflexe ? « Chéri(e), il s’est passé quoi aujourd’hui sur le Tour ? » Et là, c’est le drame. Drame parce que l’autre n’a pas eu de bonjour, ni de bisou. Ensuite, il faut tout déballer ! Déballer quoi ? Bon, vous avez deux minutes ?

Guillaume Van Keirsbulck était seul.

L’étape avait tout du classique. Un mec qui se barre vite. Bon, personne ne l’a suivi, mais il s’est barré. Guillaume Van Keirsbulck était seul. Bien seul. Trop seul dans une étape où à part dans les cinquante derniers kilomètres, il ne se passe rien du tout. Déjà, si l’autre rentre du boulot à ce moment-là, il se dit : « Chouette ! J’ai rien loupé ! » Bah si. T’as loupé Alexandre Pasteur et Laurent Jalabert tenter de meubler pendant de longues heures. De temps en temps Franck Ferrand avait un petit château à présenter. C’était assez long en fait. Si bien que commenter ce genre d’étape semble difficile. Une fois la présentation de l’homme de tête faite, il ne te reste pas grand chose à dire.

Merde. Démare qui gagne sur le Tour. Magique.

Le scénario de l’étape ? Fait. Ensuite ? L’arrivée. Là y a des choses à dire. Bon, une énorme gamelle, avec le maillot jaune une nouvelle fois. Mais bon, trois derniers kilomètres, donc statu quo au général. Le gros du problème vient après. T’as un sprint complètement désorganisé. Le contraire de Liège où ils sont arrivés comme un bouchon. Kittel est loin. C’est mort pour lui. Démare a sa chance pour le maillot vert. Sagan est là. Cavendish et Bouhanni aussi. Le mieux armé ? Greipel sans doute, avec un équipier qui emmène. Vient alors le deuxième drame. Lequel ? Celui qui consiste à annoncer à ta moitié que notre champion de France a gagné. En l’annonçant, l’autre se rend compte qu’il a loupé ce moment. Merde. Démare qui gagne sur le Tour. Magique. Premier réflexe, mettre un coup de poing dans le mur. Second réflexe ? Prendre de la glace pour ta main et aller voir ce foutu sprint.

Volontaire ou involontaire ? Vient le troisième drame.

La personne va pour voir la victoire de Démare, et là, elle voit l’autre fait majeur. La chute. Celle de Cavendish notamment. Après les ralentis, elle voit le geste de Sagan. L’avis se fait. Volontaire ou involontaire ? Vient le troisième drame. La moitié balance qu’il a été exclu du Tour. C’est là que la personne bouillonne. Dans sa tête, ça donne quelque chose comme : « Putain j’ai loupé ça. J’AI LOUPÉ ÇA ! » Forcément : déception, tristesse, et colère. Les images sont vues et revues. Bref, ça ne change rien. L’étape est faite, la décision est prise.

Le vrai drame dans tout ça ? La décision d’abord. Elle est dure à prendre. Il faut la respecter, sans pour autant être d’accord avec. L’autre issue aurait pu être le déclassement. La toile s’embrase sur ce débat. Mais le plus terrible, c’est de se dire que Démare a gagné. Première victoire française, et elle passe un peu au second plan. Chouette pour le Picard. On le sentait venir. Joie et objectif maillot vert, avec cette tunique désormais sur les épaules. Pour Cavendish, c’est fini. Fracture de l’omoplate, il ne repartira pas. Vraiment, ce sprint était dramatique. L’étape était classique sinon. Mais quelle issue !

Vous imaginez donc cette personne qui a loupé l’étape. C’est dur. Ça l’est encore plus si elle loupe celle d’aujourd’hui. La Planche des Belles Filles. Premier temps fort pour les favoris. On peut supposer que la première question en rentrant sera la même que la veille. Mais une fois l’étape racontée, le bosseur ne se pose qu’une seule question. « Qu’est-ce qu’on mange ce soir ? »