Suite de notre série de l’été consacrée au Tour de France 1989, aujourd’hui nous rentrons dans le dur de cette 76ème édition, avec la mise en place du duel Fignon/LeMond.

Delgado entame la « remontada »

Le Tour aborde son premier massif montagneux, les Pyrénées. Il est de tradition de dire que dans le 1er massif on ne connaît pas le nom du vainqueur mais on avance celui ou ceux qui perdront le Tour. 2 étapes très courtes sont au programme (147 et 136 km) avec cols dans chacune d’elles. Le 1er acte est un round d’observation, sur la route qui mène à la station de Cauterets-Cambasque par-delà les cols de Marie Blanque, de l’Aubisque et des Bordères. Pedro Delgado envoie un émissaire, Miguel Indurain, à l’avant de la course. Le navarrais a gagné Paris-Nice et le Critérium International en début de saison et il est considéré comme un joker dans la formation Reynolds et suite aux déboires de Delgado, certains en font même le leader de rechange. Certains, mais pas tous ! Echavarri, directeur sportif de la Reynolds, continue de clamer que le vainqueur 88 est encore son leader et qu’il peut gagner le Tour, c’est donc pour cela qu’il envoie Indurain à l’attaque dès la descente de Marie Blanque. L’espagnol ne servira pas de relais à son leader, car il ne sera pas revu. A Cauterets, il gagne sa 1ère étape dans la grand boucle et derrière, à l’exception d’une petite accélération de Mottet, les favoris se neutralisent jusqu’à ce que Delgado attaque dans le final de quoi reprendre 30 secondes au maillot jaune, LeMond, qui finit dans la roue de Fignon. Pour beaucoup, si le tenant du titre se contente d’une trentaine de secondes reprises dans les étapes de montagne, il n’impressionnera personne.

Dans le final de Superbagnères, Fignon décroche LeMond et s'en va retrouver le maillot jaune (Photo: Presse Sports)

Le lendemain, c’est une autre histoire. Au menu, Tourmalet, Aspin, Peyresourde et Super-Bagnères en 136 km ! Au départ, un favori manque à l’appel, l’irlandais Stephen Roche. Le vainqueur 87, victime de grosses douleurs dorsales, préfère quitter la course pour se soigner, laissant Delgado, Fignon et LeMond occuper la tête d’affiche de ce Tour. Dès les premières pentes du Tourmalet, Charly Mottet emboîte le pas de Robert Millar qui part à la conquête de la victoire d’étape, le français jouant lui la remontée au général. Derrière, n’ayant plus d’équipiers à ses côtés LeMond laisse Fignon et les Super U contrôler la course ce qui irrite le francilien. Celui qui va tirer les marrons du feu de cette situation, c’est Delgado. Après Indurain la veille c’est Julian Gorospe qui part en éclaireur avant Aspin pour servir de relais et quel relais ! Dès les premières pentes, Delgado attaque et profite d’un travail admirable de Gorospe qui permet à son leader de rejoindre Mottet et Millar en tête avant le sommet. Derrière Fignon cherche à souffler, la montée du Tourmalet menée tambour battant à fait mal aux jambes. A l’avant le trio avale Peyresourde et s’achemine vers l’arrivée au-dessus de Luchon à Super-Bagnères. Une trio devenant un duo car Mottet craque à quelques hectomètres de l’arrivée où Millar s’offre une belle victoire d’étape devant Delgado. Du groupe maillot jaune, Rooks et Theunisse les duettistes de la PDM s’échappent pour les places d’honneurs et pour offrir à Theunisse le maillot à pois, tandis que Fignon, tellement agacé par le comportement de LeMond, arrache ce dernier de sa roue à 500 mètres de la ligne pour s’emparer du maillot jaune pour 7 secondes seulement !  Au moins dira le français, Super U aura une bonne raison de contrôler la course…

A défaut de la bastille, Barteau prend le Vieux-Port !

Les étapes menant à Blagnac et Montpellier ont souri aux sprinteurs et baroudeurs. Hermans et Tebaldi s’offrant les bouquets de vainqueurs, la course s’achemine vers Marseille le 14 juillet et ce fut encore un véritable feu d’artifice ! La France est en liesse ce jour-là, un défilé majestueux à lieux sur les Champs-Elysées organisé par Jean-Paul Goude le soir pour célébrer le bi-centenaire de la révolution française.  L’étape du jour sur le Tour sera à la hauteur de ce bi-centenaire, pendant près de 40 km 2 hommes fendent le vent et enflamment le Tour, Charly Mottet et Laurent Fignon !

Les 2 français ouvrent la route et sèment la panique sans y mettre la même conviction, Mottet étant sur la réserve ne croyant pas au coup de force. Hélas, il aura manqué à Fignon des renforts tels que Rooks ou Theunisse qui ont du coup fait rouler les PDM derrière les échappés. Dans les bosses précédant l’arrivée Fignon et Mottet sont revus et l’on voit partir à l’attaque leurs équipiers Barteau et Colotti. Dans la côte de St-Antoine, dans les faubourgs marseillais, Barteau lâche Colotti et s’offre une magnifique victoire et rejoint la caste des vainqueurs français du 14 juillet, bravo Barteau !

LeMond reprend le contôle

Le Tour aborde le massif alpin en entrant dans les Hautes-Alpes avec en guise d’apéritif, un contre la montre entre Gap et Orcières-Merlette, la course pénétrant dans la 3ème semaine, ce chrono apparait comme un excellent indicateur de forme. Pedro Delgado va profiter de ce terrain pour continuer sa remontée vers le podium, en terminant 4ème de l’étape, il devance tous ses rivaux et reprend 1 min 36 secondes à Charly Mottet qui occupe encore la 3ème place au général mais qui commence à faire une croix sur la victoire finale. Pour le maillot jaune, les 7 secondes que possédait Fignon avant le chrono furent trop minces pour garder le paletot de leader. Le français termine 10ème de l’étape seulement à 1 min 44 de Rooks, vainqueur d’étape et à 47 secondes de LeMond qui reprend le pouvoir.

Laurent à la défense de son maillot jaune face au chrono, à Orcières-Merlette (Photo: trendypics.fr)
Laurent à la défense de son maillot jaune face au chrono, à Orcières-Merlette (Photo: trendypics.fr)

On s’attend dès le lendemain à une offensive de Fignon, pour reprendre du temps sur l’américain sur la route de Briançon, qui passe par les prestigieux Vars et Izoard et finalement il n’en sera rien. Pire, Fignon cède du terrain suite à une attaque de Delgado à la sortie de la Casse Déserte à un kilomètre du sommet de l’Izoard. LeMond et Mottet en profite pour se relayer dans la descente est sur le Champs de Mars à Briançon, où Pascal Richard remporte une étape de prestige. Fignon concède 13 nouvelles secondes au maillot jaune ce qui mine son moral à la veille de l’étape de l’Alpe d’Huez dont on attend qu’elle fige les positions au général en vue de l’arrivée aux Champs-Elysées.

Tableau d’honneur

Vainqueur d’étape

Maillot jaune

Maillot vert

Maillot à pois

Casquettes jaunes

9ème étape

Pau – Cauterets

147 km

Miguel Indurain (Esp-Reynolds)

Greg LeMond (Eu-ADR)

Sean Kelly

 (Irl-PDM)

Miguel Indurain (Esp-Reynolds)

Super U

(Fra)

10ème étape

Cauterets-Luchon Superbagnères

136 km

Robert Millar (Eco-Z)

Laurent Fignon (Fra-Super U)

Sean Kelly  (Irl-PDM)

Gert-Jan Theunisse (PB-PDM)

PDM

(PB)

11ème étape

Luchon-Blagnac

158,5 km

Mathieu Hermans

 (PB-Paternina)

Laurent Fignon (Fra-Super U)

Sean Kelly (Irl-PDM)

Gert-Jan Theunisse (PB-PDM)

PDM

(PB)

12ème étape

Toulouse-Montpellier

242 km

Valerio Tebaldi (Ita-Château d’Ax)

Laurent Fignon (Fra-Super U)

Sean Kelly  (Irl-PDM)

Gert-Jan Theunisse (PB-PDM)

Reynolds-Banesto (Esp)

13ème étape

Montpellier-Marseille

179 km

Vincent Barteau (Fra-Super U)

Laurent Fignon (Fra-Super U)

Sean Kelly  (Irl-PDM)

Gert-Jan Theunisse (PB-PDM)

Reynolds-Banesto (Esp)

14ème étape

Marseille-Gap

240 km

Jelle Nijdam

(PB-Super Confex)

Laurent Fignon (Fra-Super U)

Sean Kelly (Irl-PDM)

Gert-Jan Theunisse (PB-PDM)

Reynolds-Banesto (Esp)

15ème étape

Gap-Orcières Merlette 39 km clm ind

Steven Rooks (PB-PDM)

Greg LeMond (Eu-ADR)

Sean Kelly (Irl-PDM)

Gert-Jan Theunisse (PB-PDM)

Reynolds-Banesto (Esp)

16ème étape

Gap-Izoard Briançon

175 km

Pascal Richard (Sui-Helvetia)

Greg LeMond (Eu-ADR)

Sean Kelly  (Irl-PDM)

Gert-Jan Theunisse (PB-PDM)

Reynolds-Banesto (Esp)