Suite de notre série consacrée au Tour de France 1989, avec le passage dans le dernier massif montagneux, les Alpes.

L’Alpe d’Huez décante la course

Briançon-l’Alpe d’Huez, par-delà Galibier et la Croix de Fer, voici l’étape reine du Tour 89. Et si l’on se réfère à un célèbre adage du Tour, celui qui porte le maillot jaune à l’Alpe, est celui qui gagne le Tour. Avec toutes ces annonces, autant dire que les attentes sont nombreuses. Le premier qui profite de cette étape, est le hollandais Gert-Jan Theunisse, celui-ci s’envole sur la Croix de Fer et s’impose en haut des 21 virages, confortant son maillot à pois et confirmant que cette montagne appartient encore à ses compatriotes. Derrière, ce sont les Reynolds de Delgado qui contrôlent le peloton, LeMond souffrant encore de la faiblesse de sa formation en montagne. Pour Delgado c’est le jour où jamais pour gagner le Tour, mais on semble s’acheminer vers une déception, puisqu’à 5 kilomètres de l’arrivée encore, LeMond, Fignon et Delgado sont roues dans roues. Seul Mottet manque à l’appel, lequel abandonnant ses illusions pour le podium final. Alors que l’on attendait une attaque de Delgado, c’est Laurent Fignon qui va sortir la course de l’ennui et du statut-quo. Cyrille Guimard, son directeur sportif, remarque que Greg LeMond, encore ceint de son maillot jaune, éprouve de grandes difficultés à s’accrocher dans le groupe. Il monte à la hauteur de son leader et lui ordonne d’attaquer, mais ce dernier n’y croit pas et a de grosses cannes lui aussi. Guimard se fâche, il revient à la charge en criant à Fignon qu’il faut y aller car LeMond est cuit ! Là, Fignon se dresse sur les pédales, nous sommes à 4 km du sommet et LeMond est incapable de suivre le français, ni même Delgado qui part en contre. L’américain est planté, il use de braquets démesurés pour tenter arracher son vélo à la pente de l’Alpe, tandis que Delgado rejoint Fignon. A 2 kilomètres du sommet, Fignon possède 52 secondes d’avance sur son rival, qui pense pouvoir profiter d’une pente se faisant plus douce dans la traversée de la station. Mais il n’en sera rien, sur la ligne Greg LeMond concède 1 min 17 sec au parisien qui reprend le maillot jaune là où il avait conquis en 1983 et 1984, de quoi voir la fin avec optimisme. Cependant Fignon ne possédant que 26 secondes d’avance, il n’y avait pas là de quoi pavoiser selon lui et l’on pouvait se réjouir de constater que le Tour n’était pas encore joué.

Delgado ajuste Fignon pour la 2ème place à l'Alpe d'Huez (Photo: Presse Sports)
Delgado ajuste Fignon pour la 2ème place à l’Alpe d’Huez (Photo: Presse Sports)

Fignon enflamme le Vercors

De la carrière de Fignon, on retient une capacité à provoquer la course pour la décider, ce que l’on appelle le panache. Le lendemain de l’Alpe d’Huez, entre Bourg d’Oisans et Villards de Lans, Fignon va nous offrir une vraie démonstration de ce panache. L’étape est courte, 91,5 km et conscient que son avantage au général est mince, Laurent Fignon décide de porter une attaque dans le juge de paix de l’étape, la montée vers Saint-Nizier. A 3 kilomètres de son sommet, Fignon démarre et l’on voit Delgado prendre en charge la poursuite. L’espagnol se tourne quand même vers LeMond, mais il comprend vite que ce sera à lui de prendre en charge la poursuite du maillot jaune et de maintenir, sur le final de cette ascension, le leader en point de mire puisque 15 secondes, seulement, sépare Fignon du groupe de contre au sommet. Sur le plateau du Vercors, qui mène à Villard de Lans, LeMond et Delgado se relayent énergiquement mais vainement car au pied de la bosse, qui les mènent au balcon de Villard, l’avantage de Fignon est de 50 secondes, quel numéro ! Dans les 2 derniers kilomètres en montée, Fignon voit son avantage diminuer de moitié face au groupe LeMond, Delgado, Theunisse, dans lequel avaient pris place Rooks, Kelly et Alcala pour la PDM ou encore Lejarreta. Mais c’est bel et bien un exploit, formidable, que Fignon accomplit là, digne de ses plus belles années sur le Tour. N’était-il pas, déjà, le dernier coureur à avoir gagner une étape en ligne avec le maillot jaune sur le dos ? Au général, c’est maintenant 50 secondes que possède Fignon sur LeMond et l’on commence à espérer un 3ème succès pour le français.

Spectacle magnifique que de voir le maillot jaune à l'attaque (Photo: Henri Besson - Miroir du Cyclisme - Collection Olivier Perrier)
Spectacle magnifique que de voir le maillot jaune à l’attaque (Photo: Henri Besson – Miroir du Cyclisme – Collection Olivier Perrier)

La chartreuse en guise de digestif

Encore 2 étapes en ligne avant le chrono final, entre Versailles et Paris, dont une qui offre la trilogie de la chartreuse en direction d’Aix-les-Bains, avec les ascensions de Porte, Cucheron et Granier. Et c’est un festival que l’on nous propose de vivre, dès la montée du col de Porte, Laurent Fignon impose un pressing impressionnant à tel point que seul 4 coureurs ne peuvent le suivre, en l’occurrence LeMond ; Delgado ; Theunisse et Lejarreta soit avec le maillot jaune, les 5 premiers de ce Tour 89 ! Un maillot jaune qui va jouer avec ses adversaires dans le deuxième col du jour, le Cucheron.  3 fois il va attaquer, 3 fois il distancera ses adversaires, 3 fois il les attendra. Il n’en fallait pas plus pour piquer l’orgueil de LeMond, l’américain excédé par Fignon attaque dans le dernier kilomètre dans la montée vers le Granier, sans pouvoir décrocher le maillot jaune. S’en suit alors une descente menée à tombeau ouvert où, suite à une erreur de Lejarreta, tous faillirent se retrouver à terre dans Chambéry, sauf Delgado qui avait bien négocié le virage. A Aix-les-Bains, au sprint, LeMond ajuste ses adversaires et glane un succès de prestige.

Fignon et LeMond partis à la faute dans la traversée de Chambéry. Un Tour à tout moment spectaculaire (Photo: Henri Besson - Miroir du Cyclisme - Collection Olivier Perrier)
Fignon et LeMond partis à la faute dans la traversée de Chambéry. Un Tour à tout moment spectaculaire (Photo: Henri Besson – Miroir du Cyclisme – Collection Olivier Perrier)

Le Tour semble joué et l’on remarque à peine le lendemain à l’Isle d’Abeau où le Tour rend visite à un de ces sponsors, le partenaire informatique Hewlett-Packard, que Giovanni Fidanza prive Jelle Nijdam d’un troisième succès d’étape. Tout juste s’attarde-t-on aussi, sur une image furtive, celle du maillot jaune, à hauteur de la voiture de Gérard Porte (médecin chef du Tour de France), qui vient réclamer un peu de pommade pour soigner une blessure à la selle. Blessure bénigne pensait-on, pas de quoi l’inquiéter à la veille d’un contre-la-montre final décisif.

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Tableau d’honneur

Vainqueur d’étape

Maillot jaune

Maillot vert

Maillot à pois

Casquettes jaunes

17ème étape Briançon – l’Alpe d’Huez 165 km Gert-Jan Theunisse (PB-PDM)

Laurent Fignon (Fra-Super U)

Sean Kelly

 (Irl-PDM)

Gert-Jan Theunisse (PB-PDM)

PDM

(PB)

18ème étape Bourg-d’Oisans – Villards-de-Lans 91,5 km Laurent Fignon (Fra-Super U)

Laurent Fignon (Fra-Super U)

Sean Kelly  (Irl-PDM)

Gert-Jan Theunisse (PB-PDM)

PDM

(PB)

Villards-de-Lans – Aix-les-Bains 125 km Greg LeMond (Eu-ADR)

Laurent Fignon (Fra-Super U)

Sean Kelly (Irl-PDM)

Gert-Jan Theunisse (PB-PDM)

PDM

(PB)

Aix-les-Bains – l’Isle-d’Abeau 130 km

Giovanni Fidanza (Ita-Chateau d’Ax)

Laurent Fignon (Fra-Super U)

Sean Kelly  (Irl-PDM)

Gert-Jan Theunisse (PB-PDM)

PDM

(PB)