Elle avait quelques prédispositions pour rester dans l’histoire cette 115e édition de Paris-Roubaix, notamment parce qu’une de ses légendes, Tom Boonen, prenait pour la dernière fois le départ avec l’objectif jugé déraisonnable, mais pas improbable, d’un cinquième succès sur la reine des classiques. Une victoire qui aurait fait de Tommeke, dont la retraite provoque une petite vague d’émotion dans le monde du cyclisme, l’unique recordman de victoire sur l’enfer du nord. Hélas pour lui, mais à la joie de Roger De Vlaeminck probablement, Boonen ne passera pas définitivement à la postérité, à l’inverse du record de la vitesse moyenne de l’épreuve qui lui est tombé. Un Paris-Roubaix couru façon TGV : 45,204 km/h pour le vainqueur, contre 45,129 km/h pour Peter Post en 1964. Oui, cette 115e édition restera dans l’histoire comme la plus rapide de toutes, mais la réduire à cela est injuste, notamment pour son vainqueur, Greg Van Avermaet.

Temps sec et estival, vent plus que favorable et retransmission télévisée en intégralité, il n’en fallait pas moins pour lancer ce Paris-Roubaix sur des bases élevées. Si l’an dernier, où l’enfer du nord était pour la première fois diffusée en intégralité, l’échappée matinale avait mit près d’une heure et demie à se dessiner, cette année aucun fuyard n’a réussi à valider son billet pour celle-ci. Pourtant les ondes de Radio-Tour n’ont pas chômé, car les tentatives furent nombreuses. Dix coureurs d’abord, dont Alexis Gougeard (cet indécrottable échappé matinal), puis un autre groupe de cinq coureurs (Morkov et Schmidt pour la Katusha, Hofstetter de Cofidis, il était primordial que la formation nordiste soit dans cette fugue matinale, Maxime Daniel représentant la Fortunéo et Benjamin Giraud de Delko-Marseille) ont essayé très tôt sans bénéficier à chaque fois de plus de trente secondes d’avance sur le peloton. Ce dernier bien décidé semble-t-il, à ne pas laisser se dessiner d’échappée avant d’aborder les secteurs pavés. Résultat 50,5 km/h de moyenne sur les deux premières heures de course, le TGV Paris-Roubaix était bel et bien lancé.

Favoris et outsiders touchés par la malchance

Mais même à vitesse élevée, la reine des classiques n’oublie pas ses ingrédients habituels, notamment les chutes et la malchance. Luke Durbridge, cité parmi les outsiders, Oliver Naessen, Yves Lampaert, Tony Gallopin ou encore Greg Van Avermaet eurent droit aux chutes et autres crevaisons avant la trouée d’Arenberg, de quoi remettre en cause les chances du champion olympique de Rio. Mais si l’on s’intéresse un temps soit peu à l’histoire du vélo, on sait que l’on peut gagner à Roubaix même en connaissant de tels incidents avant Arenberg. Duclos-Lassalle en avait fait l’éclatante démonstration en 1993, Greg Van Avermaet s’en sera largement inspiré. Passé l’instant de panique sur le secteur pavé entre Haveluy et Wallers, Van Avermaet a pu compter sur des équipiers en forme qui ont pu lui permettre de recoller avec les autres favoris.

Des favoris qui ont passé une bonne partie de la journée à contrôler les différentes tentatives d’échappées, pour lesquelles on notera que la minute fut l’écart maximal octroyé. Assez rare pour être signalé. Mais des favoris qui auront vu leurs équipiers flancher tour à tour, payant là les conséquences de ce rythme endiablé. Si bien alors qu’il reste plus de soixante-dix kilomètres de courses, les têtes d’affiches se découvrent déjà. Peter Sagan notamment (qui a gardé en tête la façon dont il a perdu les Flandres la semaine dernière en voyant la Quick-Step embrayant dès Grammont) qui ne surprendra personne, en premier lieu Tom Boonen qui continuait de croire en ses chances de cinquième victoire. Mais aucun coureur n’arrive réellement à faire plus grosse impression et c’est encore un festival d’attaque qui marque la course. Gianni Moscon (Sky), Jürgen Roelandts (Lotto-Soudal), Dimitri Claeys (Cofidis) entre autre, tentent de se dégager avant la dernière heure de course, à l’aube de laquelle on trouve encore quinze coureurs en lice pour gagner à Roubaix.

C’est finalement Daniel Oss qui fait sauter le verrou de la course, l’italien équipier de Van Avermaet , prend les devants ce qui va profiter à ce dernier. Alors que Peter Sagan connaît un énième problème mécanique, Greg Van Avermaet, Gianni Moscon, Jasper Stuyven (Trek), Sebastian Langeveld (Cannondale) et Zdenek Stybar (Quick-Step) se portent en tête de la course et reviennent sur Oss. Sur le pavé du Carrefour de l’Arbre, qui fidèle à sa légende décide de celui ou ceux qui doivent gagner au vélodrome, Van Avermaet, Stybar et Langeveld se dégagent. Voici l’échappée décisive. Le temps de se faire quelques petites frayeurs en tergiversant un peu sur la piste du vélodrome et en laissant rentrer Stuyven et Moscon, le sprint allait couronner l’homme fort des classiques cette saison, Greg Van Avermaet. Le belge conquiert ici son premier monument, sorte de Graal qui lui permet enfin d’émarger parmi les plus grands. Une sorte de club où possèdent leurs cartes, Peter Sagan que tout désigne comme le rival attitré de Van Avermaet et qui aura définitivement passé une sale journée, ou Tom Boonen, qui n’avait certes peut-être pas les jambes pour un cinquième Paris-Roubaix, mais qui prend sa retraite sur une très honorable treizième place en arrivant dans un groupe réglé au sprint par Arnaud Démare, sixième. Certains y verront une forme de passation de pouvoir, d’autres une consécration, celle de Greg Van Avermaet terreur flandrienne du cru 2017 (vainqueur du Het Nieuwsblad, du GP E3 et de Gand-Wevelgem), à qui il ne manquera finalement que le Tour des Flandres. Une absence dans le palmarès qu’il ne tardera pas à combler.