[dropcap size=big]S[/dropcap]i depuis l’arrivée de Christian Prudhomme à la tête du Tour, il n’est pas rare d’avoir une étape de montagne l’avant dernier jour du Tour, à la fin du siècle dernier nous avions l’habitude de retrouver un contre-la-montre la veille de l’arrivée finale à Paris. Si en 1990 celui qui se courait autour du lac de Vassivière avait eu de valeur de finale, permettant la prise de pouvoir de Greg LeMond au détriment de Claudio Chiappucci, celui qui nous intéresse aujourd’hui n’allait pas remettre en cause le maillot jaune de Miguel Indurain. Bien au contraire, il allait même asseoir de façon définitive (si besoin il y avait) la victoire finale du navarrais. Disputé entre Lugny et Mâcon, ce contre-la-montre de cinquante sept kilomètres offrait une dernière bataille autour de la troisième place. Le duel allait opposer Claudio Chiappucci le meilleur grimpeur à Charly Mottet, le triple vainqueur du Grand Prix des Nations. Onze secondes séparaient le drômois de ce podium et ses qualités de rouleurs devaient suffire face à un italien présumé inférieur face à la montre. Hélas pour les supporters tricolores, le verdict allait être en faveur du maillot à pois.

Chiapucci étonne et LeMond finit avec les honneurs

Mais à tout seigneur tout honneur, revenons au futur vainqueur de ce Tour de France 1991, Miguel Indurain. Déjà vainqueur de l’étape chronométrée entre Argentan et Alençon en début de Tour, l’espagnol allait confirmer à Mâcon qu’il devenait bien le « chrono maître » de ce Tour. Devançant de vingt-sept secondes son dauphin sur ce Tour, le champion d’Italie Gianni Bugno, le tout dans un style facile et fluide, Indurain s’offrait ici une deuxième victoire d’étape et donnait encore plus d’éclat au maillot jaune qu’il s’apprêtait à ramener à Paris. Derrière Indurain et Bugno, Claudio Chiappucci allait lui conserver sa troisième place au classement général. Annoncé comme perdant face à Charly Mottet, le maillot à pois grâce à un départ canon réussissait à déjouer l’ensemble des pronostics et ainsi terminer pour la deuxième année de suite sur le podium de Tour. Mottet de son côté, dixième de l’étape à deux minutes quarante d’Indurain était en passe d’égaler son meilleur résultat au général final avec une quatrième place. Pas si mal pour un coureur qui cherchait avant tout à se faire plaisir en chassant les étapes, ce qu’il fit avec brio en en remportant deux coup sur coup à Saint-Herblain et Jaca. Les français allaient même s’offrir un beau tir groupé au classement général car derrière Mottet, on retrouvait dans l’ordre Luc Leblanc cinquième et Laurent Fignon sixième tout les deux coureurs de l’équipe Castorama de Cyrille Guimard. Si pour Leblanc cette place d’honneur avait valeur de tremplin pour sa carrière, celle de Fignon démontrait que le parisien malgré ses bientôt trente-trois ans, possédait encore la hargne pour se battre sur trois semaines. Si au micro de Jean-Paul Ollivier à l’arrivée il avoua sans détour que ce contre-la-montre fut une galère à parcourir, il confia aussi qu’il avait couru ce Tour 91 dans des conditions pénibles. Rappelons que quarante huit heures avant le prologue, il avait officialisé son divorce avec Cyrille Guimard, mettant ainsi fin à une collaboration de dix saisons dans le peloton professionnel. Avec sa sixième place à Paris et ses performances lors des grandes étapes de montagne, nul ne doutait que Fignon allait retrouver facilement une équipe. Il aura fallu tout de même attendre le mois de septembre (ce qui constituait à l’époque le crépuscule de la saison) pour le parisien pour signer avec une nouvelle équipe, la Gatorade de Gianni Bugno.

Greg LeMond 3e de cette étape finissait avec les honneurs ce Tour de France (Photo: Billon - Edition Spéciale 1hs - collection Olivier Perrier)
Greg LeMond 3e de cette étape finissait avec les honneurs ce Tour de France (Photo: Billon – Edition Spéciale 1hs – collection Olivier Perrier)

Si Indurain gagnait cette étape et que Chiappucci confirmait son podium, l’autre homme du jour sur ce contre-la-montre fut Greg LeMond. L’américain signait à Mâcon une très belle troisième place, à quarante huit secondes de Miguel Indurain. Au général, il progressait d’un rang pour se retrouver finalement septième, mais pour celui qui ambitionnait trois semaines auparavant une quatrième victoire finale, ce gain avait une valeur anecdotique. Malgré tout au travers de son comportement sur la course, avec cette capacité à essayer de rebondir après ses grandes désillusions ou défaillances, on pensait que ce Tour 91 n’était qu’un accident de parcours dans la belle histoire d’amour entre LeMond et le Tour. Hélas, malgré un début de saison enfin intéressant l’année d’après, LeMond allait devoir constater que son temps était bel et bien révolu sur le Tour de la saison suivante, pour laisser place à une nouvelle génération de champion dont Indurain se présentait en porte drapeau.

Les classements

21e étape Lugny – Mâcon 57 km

  1. Miguel Indurain en 1h 11 min 45 sec
  2. Gianni Bugno (Ita-Gatorade) à 27 sec
  3. Greg LeMond (EUA-Z) à 48 sec
  4. Claudioo Chiappucci (Ita-Carrera) à 1 min 8 sec
  5. Viatscheslav Ekimov (URSS-Panasonic) à 1 min 49 sec
  6. Jean-François Bernard (Fra-Banesto) à 2 min 14 sec
  7. Melchior Mauri (Esp-Once) à 2 min 14 sec
  8. Dimitri Pulnikov (URSS-Carrera) à 2 min 27 sec
  9. Dimitri Jdanov (URSS-Panasonic) à 2 min 32 sec
  10. Charly Mottet (Fra-RMO) à 2 min 40 sec
Laurent Fignon à l'ouvrage ici, terminera sixième de ce Tour de France (Photo: Billon - Edition Spéciale 1hs - collection Olivier Perrier)
Laurent Fignon à l’ouvrage ici, terminera sixième de ce Tour de France (Photo: Billon – Edition Spéciale 1hs – collection Olivier Perrier)

Classement général

  1. Miguel Indurain (Esp-Banesto) 96h 17 min 44sec
  2. Gianni Bugno (Ita-Gatorade) à 3 min 36 sec
  3. Claudio Chiappucci (Ita-Carrera) à 5 min 56 sec
  4. Charly Mottet (Fra-RMO) à 7 min 37 sec
  5. Luc Leblanc (Fra-Castorama) à 10 min 10 sec
  6. Laurent Fignon (Fra-Castorama) à 11 min 27 sec
  7. Greg LeMond (EUA-Z) à 13 min 13 sec
  8. Andy Hampsten (EUA-Motorola) à 13 min 40 sec
  9. Pedro Delgado (Esp-Banesto) à 20 min 10 sec
  10. Gérard Rué (Fra-Helvetia) à 20 min 13 sec

Maillot vert : Djamolidine Abdoujaparov (URSS-Carrera)

Maillot à pois: Claudio Chiappucci (Ita-Carrera)