[dropcap size=small]10[/dropcap] ans déjà…quel choc fut pour moi la découverte de la Une de l’édition dominicale de l’Equipe ce 15 février 2004, au-dessus du titre relatant la victoire du XV de France face à l’Irlande ces mots me sautaient aux yeux : « la mort de Pantani ». Un choc car comme beaucoup de passionnés de cyclisme, je vouais une affection toute particulière pour ce champion emblématique d’une bien drôle d’époque pour le cyclisme. Pour mes premières lignes sur le dérailleur, pas question de nous lancer dans un débat sur l’exemplarité de l’enfant de Cesenatico dont la carrière fut émaillée d’accidents terribles, de renaissances magnifiques mais qui n’échappait pas aux tourments de toute une génération quelque part viciée. Non, je vous propose  de faire un saut en 1994 quand Marco n’était pas encore le pirate mais un tout jeune pro, élève de Claudio Chiapucci, qui allait nous offrir son premier grand exploit entre Merano et Aprica durant le Tour d’Italie.

Dans les épisodes précédents

Parti 2 semaines auparavant, le Giro était jusque-là  dominé par le jeune russe Evgueni Berzin, porteur du maillot rose depuis sa victoire à Campitello Matese dans la 4ème étape. Ce maillot rose le tout jeune vainqueur de Liège-Bastogne-Liège allait le consolider dans un chrono d’anthologie entre Grosseto et Follonica dans la 8ème étape, ce jour-là Miguel Indurain subissait un revers retentissant (4ème  avec plus de 2 minutes 30 concédées au russe en 44 kilomètres !). Pour la première fois depuis le Tour de France 1991, Indurain se retrouvait dans la position du challenger dans un grand tour accusant un débours de 3 minutes et 39 secondes sur le russe et se trouvait en 4ème position du général derrière Gianni Bugno et Armand De las Cuevas, dauphins directs du leader. Mais jusqu’ici les rescapés du Tour d’Italie ne furent pas encore confrontés à la haute montagne, elle devait intervenir à l’occasion de 2 étapes dans les Dolomites entre Lienz et Merano puis de Merano à Aprica. Dans le premier volet, on observait un statu quo entre les favoris qui concédaient 40 secondes à l’arrivée au jeune équipier de Claudio Chiappucci, Marco Pantani, qui s’était échappé dans l’ultime ascension. Bien qu’épaulé par un Moreno Argentin des plus sereins, Berzin ne masquait pas son inquiétude vis-à-vis de ce grimpeur visiblement sans complexe. La suite des évènements allait lui donner raison…

Les faits marquants

Le programme prévu entre Merano et Aprica avait de quoi faire peur, jugez plutôt, Stelvio, Mortirolo et Santa Christina au programme. Un terrain parfait pour les grandes offensives, c’est justement ce que se disaient 2 coureurs, Miguel Indurain qui souhaitait laver l’affront qu’il subissait dans une course dont il est double tenant du titre et…Marco Pantani ! Vainqueur la veille à Merano, Pantani annonçait à ses équipiers qui avalaient le plat de pâtes traditionnelles d’avant course qu’il voulait remettre ça. Son leader Chiappucci, écarté de la course à la victoire après sa défaillance dans la 4ème étape, acquiesçait et allait se dévouer pour son jeune équipier. Il diablo joignit le geste à la parole dès la descente du Stelvio, parti en contre derrière Franco Vona, Chiappucci entrainait avec lui Wladimir Belli, Udo Bölts, Massimo Ghirotto et Alvaro Mejia. Positionné ainsi, Chiappucci allait être un parfait relais pour celui que l’on désignait déjà comme son successeur.

C’est dans l’ascension du terrible Mortirolo, à 64 kilomètres de l’arrivée, que Marco Pantani décidait de porter l’estocade, comme prévu Chiappucci lui servit de relais avant de le laisser s’échapper seul en tête. Derrière celui que l’on surnomme à ce moment-là « il diablito » (le petit diable en référence à son ainé Chiappucci), seul Indurain se risquait à contre attaquer. L’espagnol senti Berzin en difficulté et se montra ainsi prêt à en découdre, au sommet du Mortirolo Indurain passait 2 minutes après Pantani  et avait 1 minute d’avance sur Bugno et De Las Cuevas.  Au pied du Santa-Christina, Indurain fit la jonction avec Pantani, ce dernier en tête depuis plus de 50 kilomètres ne s’en accommodait guère et l’attaquait aussitôt, quel caractère ! Pourtant en train de renverser la vapeur, l’espagnol, privé de la collaboration d’un Pantani déchaîné allait subir le contre coup de son panache. Pris d’une fringale il devait concéder 3 minutes  dans l’ascension de la dernière difficulté sur celui qui allait tout droit vers un incroyable doublé dans les Dolomites.

Il restait la descente à négocier vers Aprica, dans celle-ci Pantani nous gratifiait d’un numéro d’équilibriste en passant son fessier derrière la selle au-dessus de sa roue arrière, au grimpeur ailé s’ajoutait un sacré sens du spectacle. A l’arrivée, Pantani devançait parmi les favoris sur la ligne Indurain de 3 minutes 30, Berzin de 4 minutes 06, Bugno de 5 minutes 50 et De Las Cuevas de 7 minutes. De la 6ème place le matin, il se retrouvait à la 2ème derrière Berzin qui assura ce jour-là une défense héroïque face à ces multiples offensives.  Plus de doutes possibles, avec Marco Pantani les Dolomites avaient accouché d’un sacré phénomène.

CLASSEMENT DE L’ETAPE

  1. Marco Pantani (Ita-Carrera) les 188 km en 6h55’58’’
  2. Claudio Chiappucci (Ita-Carrera) à 2’52’’
  3. Wladimir Belli (Ita-Lampre) à 3’27’’
  4. Nelson Rodriguez (Col-ZG Mobili) m.t
  5. Miguel Indurain (Esp-Banesto) à 3’30’’
  6. Evgueni Berzin (Rus-Gewiss Ballan) à 4’08’’

CLASSEMENT GÉNÉRAL À L’ISSUE DE LA 15ème ETAPE

  1. Evgueni Berzin (Rus – Gewiss Ballan)
  2. Marco Pantani (Ita-Carrera) à 1’18’’
  3. Miguel Indurain (Esp-Banesto) à 3’03’’
  4. Gianni Bugno (Ita-Polti) à 4’08’’

Sources : Vélo Magazine n°300 (juillet 1994) ; Cyclisme International n°105 (juillet 1994)