Voilà qui mettra fin à ce sempiternel débat sur l’appartenance ou non à la race des ardennaises de l’Amstel Gold Race. Cet abus de langage, symptomatique de la difficulté à classifier la classique néerlandaise, n’a plus lieu d’être à l’issue de la cinquante-deuxième édition que nous avons suivi cet après-midi. En reculant le positionnement du Cauberg dans le final, avec l’ajout d’une dernière boucle comprenant le Geulhemmerberg et le Bemelerberg et en le faisant précéder de l’Eyserbosweg, du Fromberg et du difficile Keutenberg, les organisateurs ont permis de redonner le peps qui manquait cruellement à l’Amstel depuis près de quinze ans. Bien aidé en cela par le vainqueur de cette année, Philippe Gilbert, qui n’a pas hésité à décanter la course dans les cinquante derniers kilomètres de course. Le champion de Belgique est premier coureur depuis Jan Raas en 1979 à gagner la même année le Tour des Flandres et l’Amstel.

Et dire pourtant que ce changement de parcours a été fraîchement accueilli par certains coureurs et suiveurs, qui voyaient-là une éventuelle arrivée au sprint se dessiner, regrettant presque la lénifiante course de côte annuelle sur les pentes du Cauberg. Force est de constater que toutes les équipes n’ont pas vu de cet œil-ci cette modification de tracé. Bien sûr nous avons eu droit à la traditionnelle échappée matinale, dont toute grande classique digne de ce nom, évite de se priver la majeure partie du temps. Occasion de saluer ici ceux qui l’ont composé, Lars Boom (LottoNL-Jumbo), Nikita Staline (Astana), Mads Wurtz Schmidt (Katusha-Alpecin), Stijn Vandenbergh (AG2R-La Mondiale), Tim Ariesen (Roompot-Nederlandse Loterij), Michel Paluta (CCC-Sprandi Polkowice), Brendan Canty (Cannondale-Drapac), Johan Van Zyl (Dimension Data), Kenneth Van Rooy (Sport Vlaanderen Bâloise), Pieter Vanspeybrouck (Wanty-Groupe Gobert), Vincenzo Albanese (Bardiani-CSF), Fabien Grellier (Direct Énergie). Des fuyards qui auront compté très vite huit minutes d’avance au premier passage sur la ligne, soit à plus de deux cents trente kilomètres de l’arrivée de la classique néerlandaise, contrôlés par les équipes Lotto-Soudal et surtout Sunweb, ces derniers misant sur une victoire au sprint de Michaël Matthews.

Mais c’est sous l’impulsion de la BMC que la course allait changer de tournure. En prenant la tête du peloton en vue de l’enchaînement Gulpenberg, Kruisberg, Eyserbosweg, Fromberg et Keutenberg, censé faire le ménage avant la dernière ascension du Cauberg. Le temps de voir un dernier baroud de Fabien Grellier, les favoris ont ensuite repris la main dans cette zone d’écrémage, ayant pour but d’éliminer les sprinteurs passeurs de bosses. Et c’est Philippe Gilbert qui comme sur le Tour des Flandres décide de mettre le nez à la fenêtre très tôt dans le final. Cette fois-ci il entraîne, par grappes successives, plusieurs coureurs avec lui pour composer un groupe formé de Philippe Gilbert (Quick Step Floors) donc, Tiesj Benoot (Lotto-Soudal), Bert-Jan Lindeman (LottoNL-Jumbo), Sergio Henao (Team Sky), Michael Albasini (Orica-Scott), Nathan Haas (Dimension Data), Ion Izagirre (Bahrain-Merida) et Jose Joaquin Rojas (Movistar). Une échappée suffisamment sérieuse pour voir derrière d’autres favoris prendre l’initiative de la poursuite.

Les vainqueurs des monuments à l’honneur

Dans la montée difficile du Keutenberg, Greg Van Avermaet (BMC) tente de secouer ce qu’il reste du peloton en compagnie d’Alejandro Valverde (Movistar) et de Michal Kwiatkowski (Sky) pour recoller sur un groupe de tête duquel Benoot et Lindeman ont été lâché tour à tour. Constatant que le contre était en train de plafonner, Kwiatkowski fit le jump pour rejoindre la tête de la course et se retrouver ainsi au sein de ce qu’il conviendra d’appeler l’échappée décisive, formée de Philippe Gilbert, Sergio Henao, Michael Albasini, Nathan Haas, Ion Izagirre, Michal Kwiatkowski et Jose Joaquin Rojas. Derrière, un groupe formé de Tim Wellens (Lotto-Soudal) souvent à contre temps aujourd’hui, Greg Van Avermaet (BMC), Fabio Felline (Trek-Segafredo), Alejandro Valverde (Movistar), Bob Jungels (Quick Step Floors), Rui Costa (UAE Team Emirates) et Warren Barguil (Sunweb) se rapprocha bien à une petite dizaine de secondes mais ne put jamais rejoindre les premières loges, la cause était entendue bien avant la dernière montée du Cauberg.

Ce dernier ne jouant plus le rôle de juge de paix, c’est dans la boucle finale que la décision se fit. Profitant de l’usure provoquée par l’enchaînement des différents bergs, Michal Kwiatkowski profita de la dernière bosse du jour, le Bemelerberg en tentant de s’échapper, embarquant avec lui Philippe Gilbert pour se disputer la gagne. Dans ce duel opposant les vainqueurs des deux premiers monuments de la saison, la Primavera et le Ronde, c’est le belge qui tire finalement les marrons du feu, dans un sprint où le sens tactique du polonais a bien failli faire mouche. Philippe Gilbert s’offre donc une quatrième Amstel Gold Race, revenant à une longueur donc du recordman absolu des victoires, Jan Raas quintuple vainqueur ici. Un Gilbert en passe de devenir l’homme de ce printemps tant il gagne en y mettant la manière, validant ici dans le Limbourg qu’il n’est donc pas nécessaire de planter la banderole d’arrivée au sommet d’une bosse pour rendre une classique sexy. Des enseignements que l’on pourrait tirer chez les organisateurs du prochain week-end ardennais, pour rendre peut-être plus désirable une doyenne des classiques qui peine à retrouver sa légende. Mais qui sait ? Peut-être que dimanche prochain, nous serons agréablement surpris par le résultat à Liège. En attendant ce soir, profitons de la saveur retrouvée d’une bonne Amstel Gold Race.