Alors que toutes les courses en ligne de ce championnat du monde ont vu les attaquants et attaquantes récompensés, la course élite elle a décidé de se distinguer autrement en offrant à un groupe d’une trentaine de coureurs la possibilité de jouer la gagne au sprint. De quoi couronner pour la troisième année de suite et de faire rentrer dans l’histoire un certain Peter Sagan. Côté bleu, c’est passé tout près avec un formidable, mais un poil trop court, Julian Alaphilippe.

Fallait-il amener un sprinteur à Bergen ? Cette question va à coup sûr alimenter les réseaux sociaux où l’ensemble des sélectionneurs potentiels s’exprimeront et vous diront qu’au vu du final, oui c’était évident ! Et bien, pour tordre le cou à toutes polémiques, on ne peut pas vraiment reprocher à Cyrille Guimard d’avoir fait le choix inverse. En misant sur un leader, pardon un fil conducteur (en l’occurrence Julian Alaphilippe), celui que l’on appelait naguère « Napoléon » est resté droit dans ses bottes et le scénario du dernier tour de ce championnat du monde peut lui donner raison. Dans la côte de Salmon Hill, qui a servi de juge de paix lors des précédentes épreuves, Alaphilippe a joué son va-tout. Au jarret il parvient à décrocher tout les favoris présent aux avants postes, seul Gianni Moscon arrivera à accrocher le sillage du français. Vingt-ans après Brochard, la France a bien cru que son heure allait à nouveau sonner. A cinq kilomètres de la ligne, le tricolore pose une nouvelle mine pour lâcher l’italien et s’isoler en tête de course, jamais l’arc-en-ciel n’a semblé si proche pour un français chez les élites depuis 1997.

Le cruel instant norvégien d’Alaphilippe

Séquence humouristique des Robins des Bois au début des années 2000 sur Canal Plus, l’instant norvégien s’est transformé en cauchemar pour la France du cyclisme ce dimanche. Ce mauvais rêve? Le retour du peloton sur l’homme de tête, mais que personne à l’exception de la très nombreuse foule présente à Bergen n’a pu voir, la faute au relais HF de la réalisation qui devenait HS au plus mauvais moment pour les téléspectateurs. L’atmosphère devenait irrespirable en France devant les écrans, sevrés d’images télévisées de la fugue de l’auvergnat. On se retrouvait ainsi dans la peau du spectateur en bord de route, à guetter qui allait déboucher sous cette flamme rouge et dans un crève-cœur, constater qu’Alaphilippe fut hélas rattrapé par le peloton.

Déception à l’arrivée pour Julian Alaphilippe (© Josselin Riou/La Gazette des Sports)

C’est un paquet d’une trentaine d’unités qui allait donc désigner au sprint le nouveau champion du monde et dans cet exercice, Peter Sagan sait se montrer tout simplement irrésistible. Le fantasque slovaque a fait un pas supplémentaire dans l’histoire, en devenant pour la troisième fois champion du monde, apportant une touche de légende en étant le premier à le faire de façon consécutive. Après avoir passé l’ensemble de la journée au chaud dans le peloton, le désormais triple champion du monde qui a joué l’intox en se déclarant malade en arrivant vendredi à Bergen, comme pour mieux se faire oublier pour la course aujourd’hui, a devancé Alexander Kristoff et l’autre grand favori, Michael Matthews. A l’arrivée, celui dont on guette la moindre frasque a rendu hommage à Michele Scarponi qui aurait fêté ses 38 ans demain, histoire d’ajouter à sa panoplie de champion un peu plus de classe encore.


Les triples champions du monde

Alfredo Binda (Ita) 1927, 1930 et 1932; Rik Van Steenbergen (Bel) 1949, 1956 et 1957; Eddy Merckx (Bel) 1967, 1971 et 1974; Oscar Freire (Esp) 1999, 2001 et 2004; Peter Sagan (Slo) 2015, 2016 et 2017