Bien qu’il ait commencé il y a dix jours déjà et si le Giro avait enfin véritablement démarré? Le contre-la-montre de ce mardi entre Foligno et Montefalco a permis à l’exercice chronométré de justifier sa réputation d’épreuve de vérité. Après l’étape du Blockhaus de la Majella, ce chrono aura permis de dessiner les bases du scénario de cette deuxième moitié de Giro. Ce sera tous contre Dumoulin !

Dumoulin façon Indurain

Seuls les plus de trente ans peut-être comprendront ce qui va suivre, mais aujourd’hui Tom Dumoulin nous l’a joué façon Indurain. Comme le navarrais qui découvrait le Giro il y à vingt-cinq ans cette année, le hollandais a dominé de la tête et des épaules ce contre-la-montre.

Les écarts sont assez conséquents pour un chrono de près de quarante bornes. Geraint Thomas (qui d’ailleurs semble bien se remettre de sa vilaine chute dimanche) et Bob Jungels sont rejetés proche de la minute, Vincenzo Nibali en concède deux, Adam Yates et Thibaut Pinot eux sont à deux minutes quarante et Nairo Quintana lui flirte avec les trois minutes. Du temps de l’espagnol, on aurait parlé d’une course assommée, dans laquelle ses adversaires résignés devraient se battre uniquement pour la deuxième place.

Des favoris condamnés à l’attaque

Heureusement, l’étape du Blockhaus de la Majella est passée par là il y à deux jours et a posé les bases d’un tout autre scénario. Elle a condamné par exemple à l’attaque les coureurs de l’équipe SKY. A leurs corps défendant, ceux-ci, à travers Mikel Landa et Geraint Thomas ont vu leurs rêves de rose à Milan s’envoler par la faute d’une moto de policier terriblement mal stationnée. Du coup il faudra s’attendre à les voir attaquer ces prochains jours, soit pour le gain d’étapes pour le basque ou pour une « remontada » pour le gallois. L’audace n’est pas vraiment dans le logiciel de base de cette formation, mais méfions-nous car nous pourrions être surpris. Cette étape a ensuite démontré que Quintana est supérieur à ses adversaires directs en montagne, en attaquant à de multiples reprises dans la montée finale avant de pouvoir s’isoler et de s’imposer comme le meilleur escaladeur parmi les favoris. Ça tombe bien pour lui, car il lui faudra attaquer dans les prochains massifs pour s’assurer d’une marge confortable avant le chrono final à Milan. Vu les résultats du premier contre-la-montre, ce ne sera pas du luxe pour le colombien même si un chrono de troisième semaine se joue aussi, et surtout, sur la fraîcheur. Elle a également prouvé que Thibaut Pinot avait bien fait de cibler le Giro comme objectif principal de sa saison. Après avoir passé une première semaine sans encombres, le franc-comtois a fait preuve d’une belle assurance sur les pentes du Blockhaus, en étant le dernier à résister à Quintana et en finissant à moins de trente secondes du colombien sur la ligne.

Hélas, sur la route de Montefalco deux jours plus tard, le champion de France du contre-la-montre a connu un jour sans. Rien de rédhibitoire néanmoins, Thibaut est toujours en course pour un podium, voire mieux, car vu son assurance affichée lors du jour de repos, il se pourrait que sur les prochaines étapes de montagne il puisse inverser la tendance de ce que nous avons vu aujourd’hui. Enfin, terminons avec le tenant du titre, Vncenzo Nibali. Le requin de Messine a coincé dans le Blockhaus après avoir pourtant résisté aux premiers assauts de Quintana et dans ce chrono de Montefalco, il a limité la casse. Néanmoins, Nibali semble en meilleure condition à mi-Giro comparé à l’an dernier. On sait de quoi il a été capable à quarante-huit et vingt-quatre heures de l’arrivée finale l’an passé, il sera à coup sûr un des hommes à suivre de la troisième semaine de ce Giro.

La maillot rose est-il bien entouré ?

Si durant les années Indurain nous pouvions être résignés donc, rien ne dit que tout sera aussi facile pour Tom Dumoulin. Oui le hollandais est costaud, il a fait de ce centième Giro l’objectif principal de sa saison et son aisance aujourd’hui démontre qu’il est en parfaite condition. D’autant que sur l’ascension du Blockhaus de la Majella, Dumoulin a parfaitement géré la situation en montant à son rythme tel un rouleur grimpeur, comme Indurain encore à son époque. Sur une ascension sèche donc, pas de craintes à avoir pour le nouveau maillot rose. La seule inconnue pour lui réside dans la force de son équipe. Car outre Sky, la formation Sunweb a payé un lourd tribu à cette chute intervenue avant le Blockhaus dimanche, en perdant sur fracture du doigt Wilco Kelderman, probablement le meilleur escaladeur aux côtés du champion des Pays-Bas du contre-la-montre. Mais ce serait sous estimer Laurens Ten Dam, victime d’une chute lui aussi en début de Giro, un dur au mal qui sait très bien grimper.

Dumoulin pourra ensuite compter sur Simon Geschke et Georg Preidler qui savent se débrouiller en montagne et qui sait si un maillot rose dans l’équipe ne va pas décupler leurs forces ? Ils en auront bien besoin en tout cas et pourquoi pas dès ce mercredi ? Le parcours entre Firenze et Bagno di Romagna, sans présenter des pentes vertigineuses, offre un relief propice à une course de mouvement, voire même à un coup de Trafalgar. C’est sur étape de ce profil là que Gilberto Simoni avait chipé la maillot rose à Stefano Garzelli 2003 avant de dominer plus tard dans les Dolomites. C’est encore sur un type de terrain comme celui-ci que naguère, Stephen Roche et Pedro Delgado avaient causé la perte d’un Jean-François Bernard sur le Tour de France 1987, au lendemain de son exploit effectué contre la montre sur les pentes du Ventoux. De la bonne moyenne montagne à la topographie parfaite pour tester l’équipe Sunweb et l’user avant une troisième semaine qui s’annonce majestueuse. Oui, le centième Tour d’Italie est enfin lancé.