[dropcap size=big]A[/dropcap]ujourd’hui la longue course pour la mondialisation du cyclisme franchit une nouvelle étape, avec le lancement du Tour d’Abu Dhabi. Une formidable nouvelle aurions nous dit il y à trente ans, une occasion de plus pour prendre de l’argent dirons nous aujourd’hui. A y regarder de plus près, le cyclisme suit la voie empruntée par la Formule 1 ces dernières années. Et ce n’est pas pour me réjouir.

Le cyclisme, à l’heure des circuits ? Une situation plus proche qu’il n’y paraît.

Alors oui, voir le cyclisme s’aventurer sur les routes des Emirats Arabes Unis peut-être une occasion de se réjouir. Parce que ça permet à notre sport de se développer sur de nouvelles contrées et aux coureurs de découvrir de belles conditions pour exercer leur métier. Allez faire un tour sur les comptes Twitter ou Instagram de nos champions et vous y découvrirez un hébergement cinq étoiles, bien loin d’un Campanile situé dans une zone industrielle, parfois offert après une étape ornée de pavés ou d’un dénivelé au-delà des 3800m positifs. On peut comprendre l’enthousiasme des coureurs à se diriger vers ce premier Tour d’Abu Dhabi. On retrouve donc là, même schéma que la F1.

L’analogie avec la F1 est criante de vérité avec la perte de place du Vieux Continent sur la scène du sport mécanique

Depuis une quinzaine d’année, la discipline reine du sport auto se rend aux quatre coins du monde, là où Bernie Ecclestone trouve du cash pour son business. Malaysie, Barhein, Inde, Singapour, ou encore Corée, voici quelques endroits où tonton Bernie a emmené promener son cirque sur des terres où la culture du sport automobile était souvent quasi inexistante. Tout ceci au détriment de quelques Grand Prix européen, alors que notre vieux continent est le berceau de la F1. Plus de GP de France depuis 2009, celui d’Allemagne n’a pas eu lieu cette année (alors que Mercedes est champion en titre!), ceux de Grande-Bretagne ou d’Italie sont en sursis, bref la F1 (ou précisément tonton Bernie) n’hésite plus à s’éloigner de ses terres nourricières. Et peu importe si souvent les Grands Prix sont insipides, par la faute de circuits dessinés sans âmes, pas grave aujourd’hui on paie pour regarder la F1 et cela, ça fait plaisir à Bernie.

Peter Sagan étrennera l’arc-en-ciel sur les routes d’Abu Dhabi

Vous me répondrez que ce type de dérive est difficile à envisager en cyclisme, permettez-moi d’être plus mesuré. Ben oui, on à déjà quelques courses insipides, mais revenons en au calendrier. Pas de craintes à avoir pour le Tour de France évidemment, ni pour le Giro ou encore la Vuelta (placé sous l’aile protectrice d’ASO) ou encore pour nos classiques « monuments » du calendrier, toutes propriété d’ASO et de RCS, à l’exception évidemment du Tour des Flandres. Pas de quoi s’inquiéter donc de voir le vélo s’échapper sur les terres où le petro-dollar règne. Mouais…c’est oublier nos belles épreuves historiques disparues, comme le GP du Midi-Libre ou plus récemment le Tour Med en France, la Semaine Catalane, le Tour de Valence en Espagne et bien d’autres encore que vous me pardonnerez d’oublier dans ce bref récit. Aujourd’hui, on envoie le tout frais champion du monde à Abu Dhabi plutôt que sur les routes de Paris-Tours dimanche. Si ça ce n’est pas un signe que nos belles épreuves historiques s’effritent au profit de ces destinations exotiques et lucratives, alors il faudra m’expliquer ce que c’est.

06picardie
L’humanité, la proximité avec le public font partie intégrante du cyclisme

Alors oui, le cyclisme pour se développer à besoin de voyager, oui pour nos coureurs c’est bon de les voir sur des épreuves capables de les rétribuer à auteur de la difficulté de ce sport, mais à trop vouloir faire du pognon, il faut faire attention à ne pas s’éloigner de ses racines. Hélas, je ne suis pas convaincu que ça aille dans le bon sens. Le meilleur exemple? La création de Velon cette structure où quelques équipes World Tour se sont regroupées, pour notamment partir  chasser sur le terrain de lucratifs droits TV (ce qui est loin d’être le cas pourtant), plutôt que sur les terres d’épreuves où les spectateurs se rendent gratuitement au bord de la route. Un consommateur qui regarde le cyclisme sur une chaîne à péage, a définitivement plus de potentiel marchand que le spectateur coiffé d’un bob cochonou. Et c’est bien triste parce que dans ce cas, on se coupe de ce qui fait du cyclisme un sport si populaire et ça, c’est inquiétant.