Durant le Tour de France, le Dérailleur vous conduit au cœur de ce qui fut le Tour du siècle, l’édition 64. 50 ans plus tard, nous vous proposons chaque vendredi de le revivre. Aujourd’hui, place aux temps forts de la première semaine d’un Tour de légende.

1ère étape Rennes – Lisieux

Une arrivée qui ne manquait pas de Sels

Si de nos jours les sprints et leur préparations, sont spectaculaires, les « ancêtres » des Cavendish, Kittel, Greipel et consorts vivaient déjà de grands moments intense. Si aujourd’hui le train de l’Omega-Pharma fait référence, sur le Tour 1964 c’est l’équipe Solo-Superia dont on attendait qu’elle régente le sprint. Sur la route de Lisieux Rik Van Looy, son leader, à rendez-vous avec le premier maillot jaune du Tour. Face à lui, André Darrigade, LE sprécialiste de la 1ère étape du Tour (Déjà 5 fois vainqueur en 56,57,58,59 et 61). Et bien, ni l’un ni l’autre auront droit au bouquet et à la précieuse tunique. Le sprint s’annonçait houleux et à quatre kilomètres de l’arrivée, c’est la chute. Van Looy, Darrigade ou encore Poulidor se retrouvent à terre. A Lisieux, c’est le poisson pilote de de Van Looy, Edouard Sels qui s’imposa. Bien que maillot jaune, il déplorait la malchance de son leader: « Je dois tout à Rik. Nous sommes voisins, c’est un frère pour moi » Sels, premier maillot jaune, sera l’une des révélations de ce Tour 1064.

2ème étape Lisieux – Amiens

Darrigade à la chasse

André Darrigade, le lévrier des landes, avait un rêve. Celui de déposséder André Leducq du record de victoire d’étape (25) sur le Tour de France. A Amiens, Darrigade empocha sa 21ème victoire et il déclara à l’époque « Il me faut quatre longueurs et et demie pour le battre. Je dis une demie, parce que j’ai appris que Leducq a été classé ex-aequo avec Antonin Magne, une année (1938) au Parc des Princes. J’espère y parvenir l’année prochaine, cette année j’espère encore encore gagner une ou deux étapes. Et je solderai le compte l’an prochain ». Darrigade pensera à ce moment-là, à prendre sa retraite.

4ème étape Forest-Metz

Le retour de Rudi Altig

Maillot vert du Tour en 1962, Rudi Altig avait bien du mal à retrouver sa splendeur. La faute à un mal de dos récurrent depuis le printemps 1963, qui finira par le conduire chez le chirurgien. Son directeur sportif, Raphaël Géminiani croit encore en lui: « Altig? On l’avait presque enterré, mais c’est un athlète qui possède de la classe en abondance. Et quand on à la classe, on se retrouve toujours ».  Et il avait raison, sur la route de Metz et à la veille d’une incursion en RFA, Altig retrouve le succès et le maillot vert. Il devança ses cinq compagnons d’échappée à l’issue d’une étape relativement calme. Le maillot jaune lui, se retrouva sur les épaules de Van de Kherkhove et Altig, inspiré par l’air du pays, se verrait bien s’en emparer

5ème étape Lunéville – Fribourg en Brisgau

Altig en jaune, Groussard se place

Au lendemain de sa victoire, l’allemand Altig, se sentit survolté par l’air du pays. Accompagné par les frères Groussard (Georges qui fera une formidable opération au général et Joseph) ainsi que l’espagnol Galera et de Willy Derboven, équipier du maillot jaune, l’équipier de Jacques Anquetil fit parler sa classe. Son leader lui, observait son rival Raymond Poulidor dans le peloton, ce dernier attendant qu’une équipe prenne la course en main. Et cela ne présenta point, si bien que les cinq hommes de têtes arrivèrent à Fribourg avec 5’12 » d’avance sur le peloton. Derboven ajusta ses compagnons et Altig détroussa Van de Kherkhove du maillot jaune. Il aura donc la chance de traverser son pays paré de jaune en rentrant en France, en direction de Besançon, ce qui ne semblait pas faire les affaires de son équipe, la St-Raphaël de Jacques Anquetil.

7ème étape Champagnole – Thonon-les-Bains

Poulidor à l’attaque

Si le limousin fit preuve de sens tactique pour s’imposer sur la Vuelta et si il fut moqué pour son manque d’initiative en 1963, sur ce Tour 1964 il ne semble plus nourrir de complexe. Sur la route de Thonon-les-Bains et à la veille de l’entrée de la course dans la haute montagne, Poulidor échappa à la vigilance de Jacques Anquetil et lui repris 34 secondes dans la cité thermale, où Jan Jansen le hollandais gagna l’étape. Poulidor ne fut pas mécontent de son opération, car il se retrouvait devant Anquetil au général. Celui-ci nullement inquiet estime que la course démarre maintenant: « Mon Tour commencera à Thonon ». Les 34 secondes reprises par Poulidor? « J’ai été surpris, avoua-t-il. Je n’ai jamais fait un Tour de France sans être victime d’un coup fourré. J’espère que maintenant c’est fini ». Sur son rival, il se montre confiant « Poulidor est un adversaire redoutable, mais pas nécessairement le numéro 1 ». Le décor est donc planté

8ème étape Thonon-les-Bains – Briançon

Fede le grand

Alors que la presse se focalisait sur Anquetil et Poulidor, on semblait oublier que Federico Bahamontes était aussi parmi les vainqueurs possibles. L’Aigle de Tolède, vainqueur du Tour en 1959, profita de l’arrivée dans les Alpes pour se rappeler au bon souvenir des ses rivaux et des suiveurs. Dans la montée du Galibier, abordé par son versant le plus difficile par le col de Télégraphe, Bahamontes s’offre un récital. A l’arrivée il déclara à la presse: « Je suis venu sur le Tour de France pour le gagner, je l’ai préparé tout spécialement. Bahamontes, remonté contre les journalistes poursuivait. Au départ on ne citait que 3 noms, Anquetil, Poulidor et Van Looy. Moi? On m’oubliait! Et bien croyez-moi, mon organisme est bien plus jeune que mon état civil. » Un organisme qui lui permit de s’imposer à Briançon avec 1’32 » d’avance sur un groupe de poursuivant réglé par Poulidor. Groupe dans lequel, Georges Groussard secondé par un formidable Henri Anglade, se trouvait lui permettant de devenir maillot jaune du Tour, 5 ans après son frère Joseph, qui le porta pendant une journée.

Les soucis d’Anquetil

Dans le groupe de chasse, il manquait un nom à l’appel et pas n’importe lequel, Jacques Anquetil. Traditionnellement, le normand souffre dans le premier grand col du Tour de France. La montée du Galibier ne le fera pas déroger à cette règle, mais malgré un passage à vide il fit la descente vers Briançon avec ses rivaux. Mais la malchance frappait à sa porte et se chargea de le rappeler à l’ordre. A un kilomètre de la ligne d’arrivée, Anquetil fut victime d’une crevaison. Et malgré un dépannage rapide de son directeur sportif, il dut céder sur la ligne 17 secondes supplémentaire à Poulidor. Le limousin devançait désormais Anquetil de 1’15 » au classement général: « Cela fait beaucoup, confia-t-il le soir à son hôtel. A Thonon, se faire surprendre ainsi était idiot, là c’est un incident de course. Personne n’est à l’abri ». Lui, habituellement serein, semblait de plus en plus inquiet: « Je crois que je paie la note du Giro. Cette première étape a permis de faire le point et ce n’est pas catastrophique. Il reste les Pyrénées et trois contres-la-montre. Mais évidemment, le problème sera Poulidor ». La veille, il n’en faisait qu’un adversaire parmi tant d’autres. A Briançon, Anquetil promut Poulidor au rang d’adversaire numéro un. Le Tour ne faisait que commencer

Ouvrages références « La fabuleuse histoire de Tour de France (Pierre Chany – Thierry Cazeneuve) éditions Minerva. La Grande Histoire du Tour de France (n°7) Collection l’Equipe