Cette semaine dans nos salles obscures, Lance Armstrong sous les traits de Ben Foster à fait son retour en France. « The Program » de Stephen Frears nous promet de revenir sur les aspects ombrageux de la carrière du Texan. Depuis que Lance Armstrong à publiquement avoué qu’il devait ses 7 victoires dans le Tour de France à la pharmacopée, l’américain continue de diviser et possède encore d’indéfectibles soutien qui viendront encore clamer qu’il a été un de ces grands champions de la petite reine. Ont-ils tort ou raison? Voici quelques lignes permettant de se faire une opinion.

Bien souvent, ceux qui proclament que le texan fut un des plus grands champions cyclistes, sont aussi les mêmes personnages qui justifiaient le palmarès post-cancer de l’américain, en nous rabâchant que dès ses débuts pro ils croyaient en lui et avaient décelé un crack. Et bien en se replongeant dans quelques archives formées d’anciens numéros de Miroir du Cyclisme et autres Vélo Magazine, jamais on évoquait au sujet de Lance Armstrong, un futur vainqueur de Grand Tour lors des ses premiers pas chez les professionnels.

Mais d’abord, comment peut-on définir un crack? Ou comment définit-on un grand champion? Pour ma part, j’accorde ce titre aux coureurs qui, dès leurs premiers tours de roues dans le Tour de France, ont su prendre la mesure de la course. Après guerre, nous pouvons citer des coureurs tels que Coppi; Anquetil; Gimondi; Merckx; Hinault et Fignon. Pour mémoire, ces derniers ont tout simplement gagné la grande boucle dès leur première participation et ce, à moins de 25 ans (exception faite de Fausto Coppi qui l’emporta à 30 ans, mais rappelons que le Tour ne fut pas organisé entre 1939 et 1947). Un grand champion, c’est ce type de coureur aux capacités au-delà de la norme et qui possède une classe naturelle ce dont le texan ne pouvait se prévaloir à l’aube de sa carrière.

Bien sûr, je vous vois venir et me dire « et son titre mondial en 1993? C’est du menu fretin? » Évidemment non! Mais ce titre acquis à Oslo, était une promesse que Lance Armstrong avait un bel avenir dans les classiques et non dans les courses à étapes. De quoi l’imaginer faire parler sa puissance dans le Poggio pour tenter de gagner Milan-San Remo, sur les monts pavés des Flandres ou encore sur les collines du Limbourg et des Ardennes, mais jamais sur les pentes du Tourmalet ou de l’Alpe d’Huez. Et figurez vous que c’est ce que pensait la majorité des observateurs à l’époque. Citons comme symbole que cette absence de capacités à dominer un Grand Tour, l’image d’un porteur de maillot arc-en-ciel qui se fait déposer par Indurain entre Périgueux et Bergerac, alors qu’il s’était élancé 6 minutes avant lui dans ce contre-la-montre du Tour de France 1994.

"Je vais leur faire avaler des couleuvres mongues comme ça" (Photo: Keystone/Associated Press)
« Hey man! Je vais leur faire avaler des couleuvres longues comme ça! » (Photo: Keystone/Associated Press)

Ce n’est que quelques saisons plus tard, en l’occurrence partir de 1996, que Vélo Magazine dans son numéro d’avant Tour osait le positionner dans la catégorie des coureurs complets, eu égard à ses performances depuis 95 dans les courses à étapes. Mais en parlant de coureur complet, on voyait là celui qui peut se glisser au mieux dans un Top 10, mais pas dans un Top 5 et encore moins sur le podium. Ce qui à l’échelle d’une épreuve de trois semaines est une sacrée nuance. Et il est bon de rappeler que ce n’est qu’à partir de 1995, que le texan à commencé à jouer les premiers rôles dans les courses à étapes d’une semaine avec, par exemple, la victoire dans feu le Dupont Tour aux Etats-Unis. L’année suivante il donna du fil à retordre à Laurent Jalabert sur Paris-Nice en terminant 2ème de la course au soleil et il écrasa ensuite le Dupont Tour pour y signer un second succès consécutif. Mais au fait? Ce n’est pas à partir de 1994 qu’Armstrong ajouta à sa préparation l’usage d’EPO? L’enquête menée par Pierre Ballester (au passage oublié par les scénaristes de « The Program ») et David Walsh pour la rédaction de « L.A Confidentiel » (paru en juin 2004 aux éditions de la Martinière), tend à le démontrer au travers de propos recueillis auprès d’anciens coureurs de l’équipe Motorola comme le néo-zélandais, Stephen Swart. Pour résumer, sa présence en haut des feuilles de classements généraux d’épreuves par étapes, ne fait que coïncider avec les premiers usages d’EPO.

Vous l’avez compris, difficile d’accepter que des spécialistes de vélo (comme longtemps, son ami Jean-René Godart par exemple) continuent de nous vendre Armstrong comme un champion d’exception. Il est juste l’exemple poussé à l’extrême, que le dopage sanguin peut aussi faire d’un cheval de trait un formidable pur sang. Les années 90 en regorge d’exemple, comme Bjarne Riis pour ne citer que lui. Alors qu’il aurait pu être le fer de lance de la lutte antidopage, en nous expliquant comment il est arrivé à duper tout son monde ou comment il a pu échapper aux mailles du filet, Armstrong s’est contenté de simples aveux et de quelques tweets avec une pointe de cynisme, en commentant quelques performances de coureurs actuels sur le Tour notamment. Dommage, j’aurais peut-être eu plus d’estime pour l’homme, si sa rédemption pouvait contribuer a orienter la lutte anti-dopage sur un terrain tout autre que celui des laboratoires. Car n’oublions pas, c’est cette mafia entière autour de lui qui intrigue encore plus et que nous aurions aimé voir tomber, histoire d’assainir dans d’autres compartiments ce sport que nous chérissons tous. Mais cela, c’est une autre histoire.