La fiche de l’épreuve

  • 47ème  Paris-Nice (du 5 au 11 mars 1989)
  • 1 prologue et 8 étapes 1118,3 km
  • Départ Paris
  • Arrivée Col d’Eze

Le contexte

Pour la 1ère fois depuis 1982, la course au soleil s’apprête à connaitre un nouveau vainqueur. En effet le septuple tenant du titre, Sean Kelly, est absent car la formation PDM qu’il a rejoint à l’intersaison ne s’aligne pas au départ comme bon nombre de coureurs de renom. On relève tout de même des coureurs français de premier plan (Laurent Fignon, Eric Boyer, Bruno Cornillet ou le champion de France Eric Caritoux) mais aussi le dernier vainqueur du Tour de France, Pedro Delgado et son prédécesseur au palmarès, Stephen Roche. Ce dernier sort d’une saison 1988 blanche et va chercher à se tester sur une épreuve qu’il a remportée en 1981.

Les temps forts

Après une saison où il avait été supprimé, c’est un prologue qui ouvre ce Paris-Nice dans les rues du 13ème arrondissement de la capitale, l’occasion pour le meilleur spécialiste français de la discipline, Thierry Marie (Super U), de se distinguer et d’endosser le 1er maillot blanc. « Je sais doser mes efforts dans un prologue, déclare-t-il dans Miroir du cyclisme. C’est ce qui fait  ma force et fort heureusement Jelle Nijdam (autre grand spécialiste du genre) n’est pas là pour me souffler la 1ère place ».

Le lendemain les coureurs partent de Gien direction Moulins dans une 1ère étape où le peloton musarde sous les prémices d’un soleil printanier jusqu’au final, où dans les faubourgs de Moulins, il roule à vive allure et en file indienne. Alors que l’on se prépare à une arrivée massive, une chute se produit et jette à terre une cinquantaine de coureurs  (parmi lesquels sept coureurs de la formation Z-Peugeot!) ce qui a pour effet de scinder le peloton en deux groupes. Dans la 2ème partie de ce peloton qui finit à quarante secondes d’Etienne De Wilde (Histor) le vainqueur de l’étape, on retrouve tous les favoris pour le classement final à l’exception d’Eric Boyer (seul Z-Peugeot à avoir échappé au carnage), mais après avoir délibéré près d’une heure,  le jury des commissaires estimant que la chute s’étant produite si près du dernier kilomètre décide de classer tout le monde dans le même temps au grand regret du francilien.

Dans la 2ème étape vers Saint-Etienne, Paris-Nice perd un de ses favoris, Laurent Fignon (Super U) pourtant auteur d’un prologue de très belle facture (3ème à deux secondes de Marie). Il doit renoncer diminué par une gastro-entérite. Dans la capitale du cycle, Etienne De Wilde signe un second succès d’étape et chipe la tunique de leader à Thierry Marie à la veille du contre la montre par équipes. Cet exercice particulier,  l’équipe Toshiba le dominera grâce à son sens de l’anticipation, en effet les coureurs de cette formation avaient effectué le long transfert de trois-cent kilomètres vers Vergèze après l’arrivée à Saint-Etienne alors que l’ensemble de la caravane restait dormir en terre stéphanoise. Résultat, Toshiba pu reconnaître le parcours le matin pendant que ses adversaires convoyaient vers le Gard et offrait à Laurent Bezault un beau cadeau d’anniversaire avec la 1ère place au classement général.

Laurent Bezault, néo-pro et médaillé de bronze olympique à Séoul sur le 100 km, part avec le maillot blanc en direction du mont-Faron, un des juges de paix traditionnel de la course au soleil. Mais le beauvaisien ne sera pas en mesure de défendre ses chances, comme Fignon le leader est gêné par une gastro-entérite et doit abandonner ce qui permet à Marc Madiot, son équipier, de jouer sa carte personnelle. Sur la route de Toulon, le mayennais part à la poursuite avec un Stephen Roche (Fagor) retrouvé, d’un groupe de tête dans lequel Jean-Claude Colotti (RMO) songe au maillot de leader. Madiot, au prix d’une montée fantastique pour lui, succède à Bezault en tête de la course à l’arrivée de l’étape remporté par Bruno Cornillet (Z-Peugeot) devant Miguel Indurain. Pour l’ensemble des suiveurs Madiot fait figure de vainqueur probable ce qui n’est pas du goût de Cyrille Guimard, le directeur sportif des Super U l’ancienne formation de Madiot.

Guimard le lendemain, décide de lancer la grande offensive vers Saint-Tropez et envoie ses troupes à l’avant à l’assaut de sa 500ème victoire en tant que directeur sportif avec un Thierry Marie pour sonner la charge avant les deux cols du jour. Dans le 1er, le col de Gratteloup, la course subit une sévère sélection que Pedro Delgado (Reynolds) prolongera dans la 2ème ascension, le col de Vignon en compagnie de deux de coureurs de chez Histor, Luc Leblanc et  Luc Roosen . Dans la descente surgit Gérard Rué (Super U), récent vainqueur du Tour du Haut-Var, qui place l’attaque décisive avec dans sa roue Miguel Indurain (Reynolds). Les deux hommes roulent de concert et Rué s’impose devant l’espagnol qui se pare du maillot blanc de leader. Indurain parfaitement entouré par son équipe, contrôle avec maîtrise la course le lendemain vers Mandelieu grâce à un Pedro Delgado assurant le tempo dans les ascensions permettant à son jeune leader de se diriger tranquillement vers la victoire finale.

Reste l’explication finale sur les pentes du col d’Eze sur lesquelles Stephen Roche signe son retour au 1er plan, l’irlandais s’approche même du record de la montée du col d’Eze détenu par son compatriote Sean Kelly depuis 1987. Une performance qu’il juge lui-même incroyable au micro de Jean-Paul Ollivier en déclarant ceci « Honnêtement si au départ de Paris-Nice on m’avait dit tu finiras dans les 10 premiers du général j’aurai demandé « tu te fous de ma gueule ? ». J’espérais bien sûr une belle performance mais je reviens de si loin… ». Sa victoire au col d’Eze lui permettra de revenir à treize secondes du vainqueur final Miguel Indurain qui signe à 24 ans, un 1er succès d’envergure mondiale qui lui confère dès lors un statut de lieutenant privilégié de Pedro Delgado dans la formation Reynolds.

Le tableau d’honneur 

VAINQUEUR

LEADER

Prologue Paris

Thierry Marie (Super U)

Thierry Marie (Super U)

1ère étape Gien-Moulins

Etienne De Wilde (Bel-Histor)

Thierry Marie (Super U)

2ème étape Moulins – St-Etienne

Etienne De Wilde (Bel-Histor)

Etienne De Wilde (Bel-Histor)

3ème étape Vergèze CLM/Equipes

Toshiba (Fra)

Laurent Bezault (Toshiba)

4ème étape Vergèze – Mont-Faron

Bruno Cornillet (Z-Peugeot)

Marc Madiot (Toshiba)

5ème étape Toulon- St-Tropez

Gérard Rué (Super U)

Miguel Indurain (Esp-Reynolds)

6ème étape St-Tropez – Mandelieu

Adri Van der Poel (PB-Domex)

Miguel Indurain (Esp-Reynolds)

7ème étape A Mandelieu – Nice

Adriano baffi (Ita – Ariostea)

Miguel Indurain (Esp-Reynolds)

7ème étape B Nice – Col d’Eze

Stephen Roche (Irl-Fagor)

Miguel Indurain (Esp-Reynolds)

Le classement final

  1. Miguel Indurain (Esp-Reynolds) en 28h09’05’’
  2. Stephen Roche (Irl-Fagor) à 13’’
  3. Marc Madiot (Fra-Toshiba) à 1’33’’
  4. Peter Winnen (PB-Panasonic) à 1’56’’
  5. Gérard Rué (Fra-Super U) à 2’25”
  6. 6. Jean-Claude Colotti (Fra-RMO) à 2’26’’
  7. Guiseppe Petito (Ita-Ariostea) m.t
  8. Eric Caritoux (Fra-RMO) à 2’35’’
  9. Luc Roosen (Bel-Histor) à 2’55’’
  10. Roberto Ramirez (Col-Café de Colombie) à 3’38”

Sources : Miroir du cyclisme 416 mars 1989 et INA