Milan San Remo, c’est peut-être un des monuments cyclistes que l’on attend le plus. Cette classique cultive un certain paradoxe car depuis vingt-ans cette année, et la première victoire d’Erik Zabel, nous savons toutes et tous que c’est un sprint compact qui désigne souvent le vainqueur sur la Via Roma. Depuis le premier triomphe de l’allemand, la victoire à San Remo s’est en effet jouée 14 fois sur 20 au terme d’un sprint compact.

Et pourtant, quand vient le printemps, nous sommes tous scotchés devant notre télévision en guettant la moindre escarmouche sur la Cipressa, ou encore la fameuse attaque sur le Poggio qui puisse faire enfin la différence comme le faisait naguère, Eddy Merckx, ou encore les Fondriest, Furlan, Jalabert ou Bettini. On déclenche toutes et tous nos chronomètres devant la fameuse cabine téléphonique au sommet de l’ultime difficulté, afin de spéculer sur les chances des audacieux qui plongent dans les lacets qui mènent à San Remo. Avant de voir finalement aux abords de la fontaine entourée de ses angelots, un regroupement qui commande donc ce sprint massif. On la pense imprévisible, alors qu’elle est l’inverse et c’est ce qui cultive son côté haletant et qui rend la Primavera si attachante.

C’est quand même incroyable que parmi toutes ces motos autour des coureurs, qu’il n’y en ai pas une équipée d’une caméra !

Robert Chapatte

C’est aussi une sorte d’objet télévisuel cycliste, la retransmission d’un Milan-San Remo ne ressemble à aucune autre diffusion de classique. C’est celle qui use (et abuse) de prises vues aériennes, où l’on s’égratigne les yeux comme les commentateurs à essayer d’identifier les coureurs. Combien de fois ai-je entendu dans ma jeunesse, Robert Chapatte sur Antenne 2 puis France 2, pester contre la réalisation, en vociférant avec son accent de gouailleur parisien: « C’est quand même incroyable que parmi toutes ces motos autour des coureurs, qu’il n’y en ai pas une équipée d’une caméra ! » A propos de télévision, il est heureux de voir que Milan-San Remo est diffusé à nouveau en clair chez nous sur la chaîne l’Equipe. Cela n’était jamais arrivé au 21e siècle, la dernière diffusion de France Télévisions datant de l’an 2000. Seize ans tout de même…En fait, la Primavera cultive une sorte d’effet vintage à la télévision et cela ajoute au romantisme qui colle si bien à cette classique.

Un rendez-vous qu’aucun(e) passionné(e) de cyclisme ne peut manquer, des passionnés que vous êtes et que nous sommes. Tiens à-propos de nous, vous remarquerez que le Dérailleur s’est refait une beauté. De quoi rendre, nous l’espérons, vos lectures futures les plus agréables possibles sur le site. Notre credo ? Parler de ce cyclisme qui nous passionne tellement, qui nous pousse à enfourcher nos vélos pour des balades sur les sentiers pavés du nord, ou encore à nous lever aux aurores pour passer une journée entière sous le soleil des Pyrénées pour encourager les champions, ou bien à partir, appareil photo en bandoulière, à la rencontre des futures pépites cyclistes de l’hexagone (cette saison, vous vivrez la progression chez les espoirs de Valentin Ferron).

Depuis bientôt quatre ans, le Dérailleur vous accompagne sur la planète cycliste et croyez-nous, nous comptons bien le faire très longtemps encore.