À l’issue de ce Tour de France, Thomas Voeckler raccrochera le vélo. L’occasion de revenir sur les meilleurs moments dans la Grande Boucle de l’un des coureurs français les plus populaires. Entre victoires et épopées, échappées et envolées, le protégé de Jean-René Bernaudeau n’aura laissé personne indifférent.

L’opportunité

Retour en arrière. Le même sourire. La même joie. En ce dimanche de juillet 2011, le Tour arrive à Saint-Flour. Souvenir de 2004, où Voeckler était arrivé avec le maillot jaune sur les épaules. Cette tunique, il en rêve à nouveau. Il est échappé dans un groupe où figurent notamment Sandy Casar, Luis Leon Sanchez, Jean Antonio Flecha et Johnny Hoogerland. Étape qui aurait pu tourner tout autrement. Comme en 2004, les circonstances de course ont favorisé les échappés. Alors que le peloton menait la chasse, une chute a tout désorganisé. Impliqués dedans, Alexandre Vinokourov et Jurgen Van Den Broeck notamment, deux favoris. Bassin fracturé pour le premier, clavicule cassée pour le second. Abandons des deux, et échappée libérée.

Thomas Voeckler est le mieux placé au général. Il est maillot jaune virtuel. Le rêve est possible. Sur un parcours casse-pattes, des images vont marquer. Alors que le groupe de cinq se joue la gagne dans le final, une voiture envoie Juan Antonio Flecha à terre, et Johnny Hoogerland dans les barbelés. Image saisissante. Ce n’est plus qu’un trio pour l’étape. L’Alsacien mène l’échappée pour prendre le plus de temps possible. Un retour en jaune, un désir. Quitte à ne pas gagner. Le Tour partait de Vendée la semaine d’avant. Un symbole peut-être. À Saint-Flour, Sanchez s’impose devant Casar. Voeckler se pare de jaune, sept ans après avoir passé dix jours à la tête du classement général. Prêt pour une nouvelle épopée ?

La défense

Maillot jaune sur les épaules, l’équipe Europcar peut emmener son leader dans les Pyrénées. Deux étapes pour sprinters avant d’aborder le premier massif de ce 98e Tour de France. Trois étapes montagneuses. La part est moins belle que pour les Alpes, dont le centenaire du premier passage au sommet du Galibier est célébré. Trois étapes pyrénéennes, avec notamment Luz-Ardiden et le Plateau de Beille. Thomas Voeckler ne se fait pas d’illusion. Ce maillot, il le perdra à l’issue de ces étapes. La bagarre entre Evans et les frères Schleck lui sera sans doute fatale. À moins que. Car le Français a de l’expérience. Il se sent également très fort, car il a réalisé de bonnes performances cette année. Il peut également compter sur Pierre Rolland, super équipier dévoué dans les étapes de montagne.

Rolland, meilleur jeune de ce Tour, équipier important en montagne pour Voeckler. (Eurosport)

Ce maillot jaune reste accroché à ses épaules, contre toutes ses attentes. À Luz-Ardiden, il ne perd que vingt secondes. Le lendemain, au Plateau de Beille, il fait bien plus que résister. Il est impérial et parvient à revenir sur tous les attaquants. Schleck, Evans, Contador, personne ne parvient à le distancer. Voeckler se permet même de porter une attaque, en patron. Ce qui lui permet d’afficher de nouvelles ambitions. Les suiveurs du Tour se prennent à rêver à un podium, voire à la victoire finale. Lui clame le contraire, et dit savoir qu’il devra bientôt rentrer dans le rang. Les connaisseurs voient cependant en lui un prétendant à la victoire finale. Pour Laurent Jalabert, « la victoire de Thomas Voeckler à Paris n’est pas utopique ». De quoi donner du rêve à beaucoup.

Comme en 2004, Voeckler serre le poing au sommet du Plateau de Beille. (archive.francesoir.fr)

L’euphorie

Avant d’aborder les Alpes, Thomas Voeckler sait sans doute qu’il peut rêver du maillot jaune. Normal. Mais permis ? Lui n’ose pas le clamer haut et fort. La faute aux Alpes. Trop dures, avec le Galibier et l’Alpe d’Huez à avaler. Tout est une question de temps. Ce temps, il le perd un peu. À Gap, puis à Pinerolo, les descentes lui font perdre de précieuses secondes. Il sait sans doute que le plus dur reste à venir. Il reste deux jours de montagne, un chrono puis l’arrivée à Paris. Le Galibier se dresse une première fois devant les coureurs. L’étape restera comme l’une des plus belles de ces dernières années. Il reste une soixantaine de kilomètres avant l’arrivée. Le col d’Izoard est en train d’être escaladé, et Andy Schleck porte une attaque. Suicide ? Génie ? Cette offensive fait penser aux chevauchées d’avant. De l’audace. Il peut songer au maillot jaune. Le Luxembourgeois est même leader virtuel pendant un moment. Comment réagir ?

L’étape semble promise à Andy Schleck. Dans le Galibier, il se retrouve vite seul devant. Le groupe maillot jaune doit organiser la poursuite. Cadel Evans imprime le tempo. S’il veut gagner le Tour, il doit limiter la casse. Cela condamne Damiano Cunego et Alberto Contador. L’Espagnol, vainqueur du Giro, craque, et perd ses illusions sur ce Tour. Devant, Schleck plafonne un peu. Evans, seul, mène la chasse. Voeckler se contente de suivre, en serrant les dents. Ce n’est que dans les derniers mètres qu’il lâche quelques secondes. Mais le maillot jaune est sauvé. 15 secondes d’avance sur Andy Schleck, vainqueur du jour. Il reste une étape de montagne pour continuer à espérer. Mais quelle étape.

Pour 15 secondes, Voeckler garde son maillot jaune au sommet du Galibier. (Reuters)

Avant un dernier chrono, l’Alpe d’Huez se profile, avec le col du Télégraphe puis le col du Galibier avant d’avaler les 21 virages de la célèbre ascension alpestre. La course s’emballe dès la première ascension. Alberto Contador attaque. Il est suivi par Andy Schleck. Evans doit répliquer, Voeckler aussi. Rythme effréné. Le Français doit laisser partir. Dans le rouge, il lâche, et panique. Il ne peut plus suivre les leaders. Son rêve semble prendre fin. L’Alpe d’Huez lui coûtera cher. Il ne peut pas voir la performance de Pierre Rolland, vainqueur au sommet en solitaire, devant Samuel Sanchez et Alberto Contador. Andy Schleck prend le maillot jaune. Voeckler est désormais quatrième, avec deux minutes et dix secondes de retard, et une minute et treize secondes de déficit sur Evans. Il ne reprendra pas suffisamment de temps sur Frank Schleck pour monter sur le podium. L’Australien se pare de jaune. Lui, souvent deuxième, connait enfin son heure de gloire.

En 2011, Thomas Voeckler a sans doute vécu son Tour de France le plus riche en émotions. Dans la lutte pour les premières places jusqu’au final, il a bien failli accrocher le podium. Il n’aura donc pas les honneurs du protocole à Paris. Des regrets de ne pas avoir pu prendre la troisième place finale. Mais un Tour accompli quand même. Déjà chouchou des Français, il a renforcé le lien qu’il avait avec le public. Ce podium des Champs-Élysées, il aura l’occasion d’y monter.