À l’issue de ce Tour de France, Thomas Voeckler raccrochera le vélo. L’occasion de revenir sur les meilleurs moments dans la Grande Boucle de l’un des coureurs français les plus populaires. Entre victoires et épopées, échappées et envolées, le protégé de Jean-René Bernaudeau n’aura laissé personne indifférent.

L’attaquant

Thomas Voeckler, le baroudeur. Jamais fatigué d’aller à l’avant. Après son épopée en jaune, beaucoup veulent le voir recommencer. Le coureur de la formation Bouygues Telecom court vers un succès de prestige sur les routes de la Grande Boucle. Il ne comptera pas ses efforts pour y parvenir. 2005, 2006, 2007, 2008. Autant d’années à essayer, à persévérer, sans y arriver. Ce côté attaquant, les dents serrées, la langue tirée, il n’est inconnu à personne. À côté du Tour, le fidèle coureur de Jean-René Bernaudeau remporte de beaux succès. En 2007, il s’adjuge le Grand Prix de Plouay. Il remporte des étapes sur la Route du Sud, l’Étoile de Bessèges, et gagne le Tour du Poitou-Charentes ou encore le Circuit de la Sarthe. Mais l’étape sur le Tour de France se refuse à lui.

La méthode est pourtant la bonne. Il fait partie de cette catégorie de coureurs. Les baroudeurs. Ceux qui prennent les devants et veulent échapper à une arrivée groupée. Thomas Voeckler ne peut pas battre les sprinters. Le contre-la-montre, ce n’est pas son point fort. Que reste-t-il ? Les attaques lointaines, les chevauchées fantastiques. Tout au long de son parcours sur le Tour de France, il gratifiera acteurs, suiveurs, de nombreuses échappées au long cours. Mais pas toujours avec le succès qu’il souhaite. Le Tour, cette course à la fois fantastique et cruelle. Tout le monde veut sa part du gâteau. Pour gagner, il faut un savant mélange de talent, de réussite, de malice. Ce dernier élément, Voeckler n’en manque pas. Et si les tentatives sont infructueuses pendant de longues années, le bonheur n’est plus très loin, et le travail finit par payer.

La délivrance

2009. Perpignan. Un mercredi. Journée particulière car anniversaire. Anniversaire de Jean-René Bernaudeau. L’anniversaire du manager de l’équipe vendéenne tombe pendant le Tour de France, un rituel. Au lendemain d’un contre-la-montre par équipes où les BBOX Bouygues-Telecom ont sombré, chuté, l’heure est à l’évacuation de la frustration. Thomas Voeckler prend l’échappée. Une tentative qui parait perdue d’avance, car les routiers sprinters ne voudront pas laisser passer une chance d’en découdre pour la victoire et pour le maillot vert. Tant pis, partons, et voyons après. Sur France Télévisions, Laurent Fignon qui commente avouera ne pas comprendre ces tentatives de Thomas Voeckler. Partir sur un profil qui ne convient pas aux baroudeurs, après tout, pourquoi ?

Pourtant, l’échappée résiste. Le peloton n’a pas autant de facilités à revenir sur les six fuyards du jour. Tom Boonen a même demandé plus tôt à Jérôme Pineau de calmer la poursuite. Résultat ? La résistance est forte, et le peloton éprouve toutes les peines du monde à combler l’écart qui le sépare des échappées. Moins d’une minute dans le final. 40 secondes à 25 kilomètres. Mark Cavendish, déjà double vainqueur semble être la personne à battre. Mais il faut revenir, et l’écart remonte, une minute à 20 kilomètres. Geslin, Hutarovich, Sapa, Ignatiev, Timmer et Voeckler jouent face au peloton emmené par les hommes de Cavendish et d’Hushovd. Mais l’écart est à 1 minute et 25 secondes à 15 kilomètres. La victoire peut s’envisager.

Avec plus d’une minute d’avance dans les dix derniers kilomètres, l’option solitaire commence à se faire sentir. Avec deux coureurs de la Française des Jeux, Geslin et Hutarovich, une arrivée à six pourrait s’avérer compliquée face au champion de Biélorussie. Ignatiev dégoupille le premier. Deux attaques pour ce rouleur, mais le groupe revient, sans Geslin et Sapa. Désorganisé, le groupe tient son écart. C’est dans un rond-point, où tout le monde se regarde, que Thomas Voeckler décide d’attaquer. Tranchant, il prend un écart. Moins de cinq kilomètres, à bloc. Personne ne parvient à revenir sur lui. Enfin le Tour lui offre la gloire d’une victoire d’étape. Sept secondes, c’est ce qu’il a réussi à garder pour passer la ligne en tête. Ignatiev sauve une deuxième place juste devant Cavendish. Il s’en est fallu de peu, mais l’essentiel est là. Première victoire sur le Tour de France. D’autres suivront.

Voeckler s’impose à Perpignan pour 7 secondes. (AFP).

La rédemption

Quelques jours avant le départ, Voeckler s’est pardonné. Un pardon à lui même. Il a conquis le maillot tricolore pour la deuxième fois de sa carrière. À Chantonnay, en Vendée, quasiment à domicile. Là même où il avait vécu sans doute la plus grosse désillusion de sa carrière en voyant Florent Brard gagner le titre quatre ans auparavant. Délivré, il peut prendre la route du Tour. Mais rien ne se passe comme prévu. Une habitude sur la Grande Boucle. Mal en point, il est difficile de trouver une sortie de cette crise passagère qui laisse toujours des traces sur cette course.

Les Français brillent pourtant, à l’image d’un Sylvain Chavanel, double vainqueur d’étape et porteur du maillot jaune. Ou encore de Christophe Riblon, vainqueur à Ax-3-Domaines, lors de la première étape des Pyrénées, massif mis à l’honneur pour le 100e anniversaire de sa première visite par le Tour. Le lendemain, c’est une étape difficile qui attend les coureurs. Un groupe de dix dans lequel s’est glissé le champion de France part devant. Dix minutes d’avance au maximum.

Les cols s’enchaînent. Le dernier dans lequel tout se joue, c’est le Port de Balès, qui marque l’histoire de ce Tour 2010. Devant, le groupe a explosé, et Thomas Voeckler s’en est allé, seul, lâchant notamment Alessandro Ballan, l’ancien champion du monde. Seul, une nouvelle fois pour un nouveau jour de gloire, en champion de France. Personne ne le reverra. Après un début difficile, il s’impose à nouveau, en solitaire, cette fois sur une étape de montagne. Un succès marquant avec un maillot tricolore. Pourtant, la victoire passe un peu au second plan, car sur une accélération, Andy Schleck a été victime d’un saut de chaîne, et Alberto Contador est parti, prenant le maillot jaune sur cet incident mécanique. Sifflets du public et tristesse d’Andy Schleck, le Tour s’est joué ici. Cela n’enlève pas le bonheur du champion de France, vainqueur à Bagnères-de-Luchon. Sa deuxième victoire sur le Tour. Pas la dernière. Le compteur est débloqué. Le Tour s’est longtemps refusé à lui offrir une étape, il semble maintenant disposé à la gâter. Ce ne sont pas les deux éditions qui suivent qui remettent cela en cause. Thomas n’en a pas terminé avec les honneurs de la Grande Boucle.

Deuxième victoire après un début difficile, à Bagnères-de-Luchon. (AP/Laurent Rebours)