À l’issue de ce Tour de France, Thomas Voeckler raccrochera le vélo. L’occasion de revenir sur les meilleurs moments dans la Grande Boucle de l’un des coureurs français les plus populaires. Entre victoires et épopées, échappées et envolées, le protégé de Jean-René Bernaudeau n’aura laissé personne indifférent.

La découverte

Une joie immense. Un large sourire. Ce bonheur, c’est celui d’un Français de 25 ans. Il est sur le podium, auréolé d’un maillot jaune venant récompenser une échappée à cinq qui a battu le peloton. Il ne le sait pas encore, mais Thomas Voeckler vient d’écrire l’une des premières pages de son histoire avec le Tour. Pas la première. Celle-ci avait été réalisée l’année précédente, lors d’une première échappée qui n’avait pas été concluante pour lui.

2004 est l’année de la révélation. Ou plutôt des révélations. Le Tour de France a cette particularité, faire émerger des coureurs. À Liège, lors du prologue, c’est un jeune suisse qui a pris l’ascendant. Son nom ? Fabian Cancellara. C’est lui qui endosse le premier maillot jaune de cette 91e édition. Il ne le garde que deux jours, le jeu des bonifications étant favorable à des sprinters. C’est lors d’un jeudi pluvieux qu’un groupe de cinq prend le large, au lendemain d’un contre-la-montre par équipes qui a vu Armstrong prendre la tunique de leader. Dans ce groupe, deux jeunes Français. Thomas Voeckler et Sandy Casar ont flairé le bon coup, car les US Postal laissent filer. L’écart enfle, jusqu’à 17 minutes d’avance. Le destin aurait pu être tout autre, dans une édition marquée par la pluie et les chutes. Dans le peloton, alors que la reprise en main par les équipes de sprinters intervient, une chute met à terre Alessandro Petacchi notamment. Le nonuple vainqueur d’étapes sur le Giro cette année-là doit quitter le Tour. Peloton désorganisé, échappée libérée.

Les spectateurs font la connaissance d’un coureur fraîchement couronné d’un titre de champion de France. L’issue de l’étape parait courue d’avance. Dans l’échappée figure Stuart O’Grady, le plus rapide des cinq. L’Australien l’emporte, mais c’est un autre visage qui retient l’attention lors de la cérémonie protocolaire. Thomas Voeckler prend le maillot jaune et le maillot blanc. Révélation. Il ne le sait pas encore, mais il vient de commencer son premier moment de gloire dans le Tour. Après François Simon en 2001 sous l’équipe Bonjour, il s’agit du deuxième maillot jaune pour une équipe de Jean-René Bernaudeau. L’équipe Brioches – La Boulangère va se retrouver sous le feu des projecteurs durant la majeure partie du Tour de France 2004. C’est indéniable. Sous la pluie de Chartres, l’histoire de Thomas Voeckler avec la Grande Boucle a commencé.

L’aventure

Le plus dur ? La conquête ? Ou bien la résistance ? Le Tour est une course de tous les instants. Dans une édition marquée par les chutes, les coureurs pourront en témoigner. À peine conquis, ce maillot jaune aurait pu s’envoler. À Angers, dès le lendemain, il s’en est fallu de peu pour que Thomas Voekcler ne perde ce maillot. Ce jour-là, un dénommé Tom Boonen remporte sa première victoire sur la Grande Boucle. Le lendemain, c’est Filippo Pozzato qui rafle la mise. Révélation, le maître mot. Pendant ce temps, Voeckler garde son bien sous un ciel breton menaçant. L’histoire qui le lie avec le maillot jaune commence à prendre forme, alors que se profilent le Massif Central et les Pyrénées.

Un V en remplace parfois un autre. En un jour de fête nationale, Richard Virenque se lance dans une chevauchée l’emmenant victorieusement jusqu’à Saint Flour, où il pose la première pierre de son septième succès dans le classement de la montagne. Une victoire pour son dernier tour. Voeckler termine cinquième, devant Armstrong, et confirme qu’il est prêt à défendre cette tunique jusqu’au bout. Saint Flour, lieu de gloire pour Virenque en 2004, lieu de conquête pour Voekcler en 2011. Les symboles peuvent parfois être forts. Mais pour le natif de Schiltigheim, établi en Vendée désormais, la résistance offre parfois un spectacle bien plus fort que dans la conquête.

Voeckler fend la foule vers La Mongie. (Mao/L’Équipe)

La résistance

C’est avec le maillot jaune que Thomas Voeckler arrive dans les Pyrénées. La première étape amène le peloton à la Mongie. Les cadors se mettent en avant. Parmi eux, Armstrong écrase la concurrence. Seul Ivan Basso parvient à résister. Jan Ullrich, Tyler Hamilton passent à la trappe. Le maillot jaune est en perdition. Il lâche, mais s’accroche. Ce maillot peut donner des ailes, et il vaut le coup d’être défendu. Voeckler parvient à le sauver, mais Armstrong, qui a laissé la victoire à Basso, semble peu enclin à abandonner sa tunique favorite trop longtemps. Les jours sont comptés. Dès le lendemain, les coureurs ont rendez-vous avec le Plateau de Beille. Encore une fois, Armstrong domine les débats avec Ivan Basso. Cette fois-ci, il ne lui laisse que la seconde place. Derrière, Thomas Voeckler doit lutter pour garder son maillot jaune. Il s’arrache, et parvient à sauver sa première place pour 22 secondes. Le poing serré, grand sourire, une ascension héroïque et une résistance forte. Le caractère d’un maillot jaune auquel on s’attache. Un précieux que l’on ne veut surtout pas laisser partir. Avec une étape de transition et la journée de repos, celui que l’on surnomme Ti-Blanc vient de s’assurer deux journées supplémentaires à la tête de ce Tour 2004. L’essentiel. Chaque jour de plus est une victoire.

Pour 22 secondes, le maillot jaune est sauvé. (Jean-Christophe Biville/L’Équipe)

Dix jours. Dix journées avec ce maillot jaune sur les épaules. Tant de champions l’ont porté, tant en ont rêvé. Lui se l’est offert pour son deuxième Tour de France. Et ce n’est pas la perte de la première place au lendemain de la journée de repos à Villard-de-Lans qui a fait oublier ce voyage effectué depuis Chartres tout de jaune vêtu. La dernière semaine aurait été difficile, tant Armstrong a dominé, avec toutes les conditions que l’on connait aujourd’hui, mais aussi aux vues des difficultés qui faisaient face. Les Alpes affichaient un niveau relevé, avec l’Alpe d’Huez en chrono, mais aussi une étape difficile vers le Grand Bornand. Le dernier rêve sur ce Tour, celui d’un maillot blanc, prendra fin à Besançon lors du contre-la-montre à la veille de l’arrivée. Il ne parvient pas à garder son avance, et le cède à Vladimir Karpets. Son dernier barroud sur ce Tour se fait sur les Champs-Élysées, avec ce maillot tricolore de champion de France. Après avoir vibré au rythme des épopées de Richard Virenque, les spectateurs découvrent un autre style, un autre personnage, toujours prêt à se glisser dans une échappée dans une quête de victoire d’étape.

2004, la révélation. Celle d’un coureur atypique, d’un personnage. Révélation aussi pour le public, avec qui l’histoire d’amour ne fait que commencer. Des pluies d’encouragements accompagnent désormais son passage sur les routes. Il est aussi là le pouvoir du maillot jaune. Mise en avant, et révélation, encore une fois. La confirmation viendra, personne ne le sait encore. Lui cherche désormais la consécration.