À l’issue de ce Tour de France, Thomas Voeckler raccrochera le vélo. L’occasion de revenir sur les meilleurs moments dans la Grande Boucle de l’un des coureurs français les plus populaires. Entre victoires et épopées, échappées et envolées, le protégé de Jean-René Bernaudeau n’aura laissé personne indifférent.

La douleur

Présent ou pas ? La question se pose avant la Grande Boucle. 4e l’an passé en 2011, Thomas Voeckler se blesse au genou lors de la Route du Sud. Forfait pour les championnats de France remportés par Nacer Bouhanni, l’Alsacien reste indécis. Il s’aligne finalement. La performance du Tour précédent sera difficile à réitérer. Mais il reste des opportunités. Les débuts sont difficiles. Il faut remettre la machine en route. Première semaine calme. Sept minutes de perdues sur la route vers Boulogne-sur-Mer, deux minutes encore à la Planche des Belles Filles, où Wiggins prend le maillot jaune. Un retard au général qui peut le laisser entrevoir les échappées au cours des semaines suivantes. Les Alpes peuvent venir. Elles lui ont toujours été fatales. Il y perd le maillot jaune en 2004. Son rêve de podium s’est envolé un an plus tôt à l’Alpe d’Huez. Il faut rompre la malédiction.

Le bonus

Première étape alpestre. Voeckler part dans une échappée. De beaux noms dans celle-ci. Voigt, Scarponi, Devenyns, Luis Leon Sanchez, mais aussi Casar, Sagan, Gerrans et Goss notamment. Ils sont 25 au total. La première difficulté hors catégorie vient exploser le groupe de tête. Dans le col du Grand Colombier, ils ne sont plus que six. Scarponi, Voeckler, Casar, Devenyns, Péraud et Sanchez. Péraud et Casar lâchent, et Voeckler passe en tête au sommet. Il s’empare par la même occasion du maillot à pois.

Dans le final, le plus dur consiste à lâcher Sanchez, qui fait figure d’épouvantail. Devenyns y parvient. Voigt le poursuit. Derrière, Voeckler, Scarponi et Sanchez s’observent. Le Français réussit à partir à moins de deux kilomètres. Il rattrape Voigt, puis le lâche et revient sur Devenyns qu’il dépose. La ligne, il l’aperçoit. Cette arrivée à Bellegarde-sur-Valserine est compliquée, tout en faux-plat montant. Voeckler résiste au retour de Scarponi, et s’offre son troisième succès sur le Tour. Épuisé, mais heureux. Le maillot à pois comme bonus. De quoi avoir des idées derrière la tête.

Voekcler s’impose à Bellegarde-sur-Valserine, sa troisième victoire sur le Tour. (letour.fr)

La chasse

Ce maillot, il le perd le lendemain. Fredrik Kessiakoff s’en empare. Il a une bonne avance avant les Pyrénées. Dans des échappées, Voeckler prend quelques points ici et là. Le natif de Schiltigheim part dans une nouvelle épopée vers Bagnères-de-Luchon. Il est dans un groupe de 38, avec Kessiakoff. Les deux se livrent le sprint au sommet de l’Aubisque. C’est Voeckler qui passe en tête. Il reprend cinq points au Suédois. Vient ensuite le col du Tourmalet, dans lequel Dan Martin attaque, ce qui fait exploser le groupe. Il est suivi par Voeckler et Brice Feillu. Les deux Français se débarrassent de l’Irlandais. Voeckler passe en tête. Derrière Kessiakoff ne résiste pas longtemps, et s’il prend quelques points au Tourmalet, il ne tient pas la distance.

Deux ascensions restent programmées. Le duo français résiste à Vinokourov dans l’Aspin. Voeckler continue d’engranger. Derrière, Vinokourov et Chris Anker Sörensen s’activent pour reprendre les deux en tête. le coureur d’Europcar fausse compagnie à Feillu, et s’envole vers Peyresourde. Il réalise le grand chelem. Il passe en tête au sommet des quatre géants pyrénéens programmés dans cette étape. Il récupère le maillot à pois. Il a 1 minute et 30 secondes d’avance sur Sörensen au sommet. Il ne lui reste plus que la descente vers Bagnères-de-Luchon à négocier. Deux ans plus tôt, c’est celle du Port de Balès qui l’a mené vers la victoire. En 2012, il bisse. Victoire et maillot à pois. Celui ne tient pas à grand chose. Il reste encore une étape de montagne.

Voeckler gagne à Bagnères de Luchon, et s’empare définitivement du maillot à pois. (ASO/ P.Perreve)

La défense

Il ne reste plus qu’à défendre ce bien face à Kessiakoff. Le peloton va découvrir Peyragudes. Étape difficile, quatre difficultés, plus la montée finale vers Peyragudes. Le Français passe devant son concurrent au sommet du col de Menté. Les deux sont dans le groupe de tête. La hiérarchie est la même au sommet du col des Ares, puis de la côte de Burs. Il ne reste que le Port de Balès et la montée vers Peyragudes, par-delà le Peyresourde. Les deux regardent ça de loin. Voeckler prend quand même le soin de distancer encore plus son adversaire dans le Port de Balès, même s’il ne passe pas en tête. Les jeux sont faits. Pour la première fois, l’Alsacien obtiendra une récompense sur les Champs-Élysées.

Il ne voit pas Valverde triompher à Peyragudes, mais l’essentiel est ailleurs. Après un Tour 2011 achevé au pied du podium final, Voeckler défile à Paris avec le maillot à pois. Son ancien équiper, Anthony Charteau, l’avais conquis deux ans plus tôt. Les organisateurs ont modifié le barème pour que le meilleur grimpeur puisse l’emporter, et que cela puisse être plus compliqué pour les baroudeurs. Samuel Sanchez l’a emporté en 2011, Quintana s’impose en 2013, Froome gagne en 2015. Voeckler et Majka réussissent à remporter ce classement en partant de loin. Prime à l’audace. Pour Voeckler, c’est un aboutissement. Enfin, il peut recevoir l’acclamation du public parisien. Ce même public qui voit ses derniers tours de roue cette année.

Sacré maillot à pois sur les Champs, Voeckler est salué par le public parisien. (© A.S.O)