Lorsque l’on voit l’affiche de ce Tour 2015 comparé à celle des 4 fantastiques (Nibali, Froome, Contador et Quintana), le parallèle avec le cinéma est quasi obligatoire. Mais comme bon nombre des blockbusters actuels, cette affiche n’est qu’un remake de film déjà projeté par le passé. Il faut en effet remonter 26 ans en arrière pour retrouver une telle affiche au départ du Tour de France. Alors qu’en 2015 tout le monde célèbre, ou commémore c’est selon, le Tour de France 1985 (dernier remporté par un français), le Dérailleur tente un coup de bordure et vous replonge dans le Tour de France 1989. Avec Delgado, Fignon, Roche et LeMond dans les rôle des 4 fantastiques. 1er épisode cette semaine avec la présentation de la course et le compte rendu du grand départ.

La fiche de l’épreuve

76ème Tour de France

1 prologue et 21 étapes dont 5  contre la montre (avec 1 en côte et 1 par équipes), 6 étapes de montagne et 1 de moyenne de montagne

Distance totale 3296,8 km

22 équipes de 9 coureurs

Carte+Tour+1989
Le menu de la 76ème édition (Collection Olivier Perrier)

Le contexte

Du sang neuf à la tête du Tour

Après une édition 88 qui ne restera pas dans les mémoires pour des raisons sportives et extra sportives (affaire Delgado, remous à la direction du Tour, coureurs soupçonnés d’avoir fini les ascensions de cols accrochés aux véhicules suiveurs…), le Tour 89 est attendu au tournant. Sur le plan de l’organisation tout d’abord, depuis le départ forcé de Félix Lévitan au début de l’année 1987 la direction du Tour a connu de nombreux mouvements. Jacques Goddet a pris sa retraite à l’issue du Tour cette année-là.

Jean-François Naquet-Radiguet (successeur de Lévitan) a quitté la course la veille de l’édition 88, laissant Jean-Pierre Courcol aux côtés de Xavier Louy pour diriger la course. Cette année, un tandem formé par Jean-Pierre Carenso et Jean-Marie Leblanc, prit donc les rênes du Tour de France pour s’inscrire, le souhaitait-on dans la durée. Les 2 hommes ont pour mission de ramener le sportif au premier plan en tentant de réduire le nombre de partenaires commerciaux de (55 marques visibles en 88 à 29 pour ce Tour 89) en freinant le gigantisme observé en 88 (que de véhicules à l’échelon course qui ont parfois faussé l’épreuve notamment, demandez à Fabio Parra à l’attaque dans les Alpes et bloqués par les innombrables véhicules d’invités). Une véritable gageure donc ! En juillet 89, la France se préparait à fêter en grandes pompes, le bicentenaire de la révolution française, le Tour ne pouvait donc échapper aux festivités en organisant un sprint commémoratif au 1789ème kilomètre de la course (à Martres-Tolosane dans la 11ème étape Luchon-Blagnac) et en fêtant le 14 juillet à Marseille où le Tour n’avait plus fait escale depuis 1971.

Vers un duel Delgado-Fignon

Sportivement, ce Tour promet beaucoup. 4 anciens vainqueurs se présentent sur la ligne de départ à Luxembourg avec la particularité d’en avoir 3 sur les 4 qui peuvent se prétendre invaincu sur la route du Tour ! Pedro Delgado, vainqueur sortant ; Stephen Roche, vainqueur en 1987 et absent l’année suivante et Greg LeMond vainqueur en 1986 et que l’on a plus revu sur les routes du Tour depuis à cause de son accident de chasse en avril 87. Le 4ème ancien vainqueur est le français Laurent Fignon dont le dernier succès remonte à l’édition 84 où il avait survolé l’épreuve face à un Hinault convalescent. Fignon, blessé à l’orée de la saison 85 a connu des fortunes diverses avec la grande boucle de 86 à 88 avec 2 abandons et une 7ème place comme meilleur résultat en 87 avec à la clé la victoire à la Plagne. Mais c’est bien ce dernier qui apparaît comme le grand favori de ce Tour 89, il vient de gagner le Giro et a remporté son 2ème succès dans Milan-San Remo en début de saison et semble plus serein que jamais.

Tout frais vainqueur du Giro, Fignon possède les faveurs de la presse spécialisée (Vélo Sprint 2000 - Juillet 1989 - Collection Olivier Perrier)
Tout frais vainqueur du Giro, Fignon possède les faveurs de la presse spécialisée (Vélo Sprint 2000 – Juillet 1989 – Collection Olivier Perrier)

Face à lui, Delgado apparaît comme son plus grand rival. Le tenant du titre veut effacer sa victoire obtenue dans un climat de suspicion, l’espagnol ayant été contrôlé positif au probénicide, inscrit sur la liste des produits interdits par le CIO mais pas encore à celle de l’UCI (à une dizaine de jours près !) ce qui aboutira à un constat de carence. Comme Fignon, il se présente à Luxembourg avec une victoire en grand Tour cette saison, l’ibère s’est imposé dans son Tour national qui se disputait à l’époque au printemps et peut compter sur une grosse formation dans laquelle se trouve un certain Miguel Indurain, qui en début de saison, a glissé dans son escarcelle Paris-Nice et le critérium international. Quant aux 2 autres anciens vainqueurs ils ont un peu de mal à apparaître aux yeux des observateurs comme de potentiels vainqueurs. Roche, passé de Carrera à Fagor d’un Giro intéressant où il termina 9ème, mais il a donné des signes de lassitudes sur la fin de l’épreuve qui ne le laisse pas optimiste pour le Tour. S’agissant de Greg LeMond, l’américain n’offre aucune garantie. Sa saison 88 chez PDM fut transparente et le début 89 ne rassura pas pour autant. On le vit certes à l’attaque sur les routes du Critérium International, mais il traversa le Giro tel un fantôme en prenant soin malgré tout de se classer 2ème du chrono final de 54 km à Florence ce qui le laissait optimiste quant à espérer une place dans le Top 10.

Outre ces 4 hommes, on note parmi les outsiders Charly Mottet 4ème en 87 et vainqueur de son 2ème Dauphiné sous ses nouvelles couleurs de RMO ; le duo hollandais Rooks et Theunisse animateurs du Tour précédent et leader d’une redoutable équipe PDM qui compte également Sean Kelly qui rêve d’un 4ème maillot vert à Paris ; Andy Hampsten vainqueur du Giro 88 et 3ème cette année de l’épreuve italienne ; Erik Breukink maillot blanc en 88 et porteur du maillot rose avant Fignon sur le Tour d’Italie ; Fabio Parra 1er colombien sur le podium du Tour en 88  ou encore Luis Herrera maillot à pois en 85 et 87 double vainqueur d’étape sur le Giro mais en qui les suiveurs ne croient pas à cause de ce Giro couru en dedans avec une 18ème place au final.

Le grand départ

Delgado pose les bases

Parti 2min40 en retard, Delgado court derrière le temps perdu (Photo: Partick Boutroux - Presse Sport)
Parti 2min40 en retard, Delgado court derrière le temps perdu (Photo: Partick Boutroux – Presse Sport)

Ce samedi 1er juillet 1989, le Tour de France démarre en fanfare. On s’attendait à une explication entre les favoris dès le prologue car celui-ci présentait, dans les rues de Luxembourg, un parcours long de 7,8 km et sélectif. Les observateurs se disaient que c’étaient un excellent moyen de jauger les forces en présence, et bien…ils n’allaient pas être déçu du voyage ! Pendant un long moment Joël Pelier (qui s’illustrera plus tard dans ce Tour) tenait la tête du prologue et ses suivants se tenaient dans un mouchoir de poche jusqu’à ce qu’Erik Breukink frappait un grand coup sur la table. Le néerlandais reléguait Pelier à 10 secondes et n’allait plus être battu. Au classement final de ce prologue, Breukink devançait de 6 secondes 3 coureurs, Fignon ; Kelly et…LeMond ! Mais le grand coup de tonnerre de ce prologue, c’est le maillot jaune de l’édition précédente qui allait le faire retentir, mais d’un bien drôle de façon. Au moment du décompte final de son départ, la rampe de lancement était vide ! Les officiels n’en crurent pas leurs yeux et la stupéfaction commençait à naître. 2 minutes et 40 secondes après l’heure départ, Pedro Delgado se présentait sur la ligne de départ et s’élançait dans la précipitation. Quel épisode rocambolesque !  Si, compte tenu de son état de forme, on ne pouvait encore l’écarter de la victoire finale, le contre la montre par équipes semblait scellé  son sort. L’espagnol n’était pas en mesure de donner la réplique à ses équipiers, si bien que la formation Reynolds finissait bonne dernière alors que l’équipe Super U de Laurent Fignon remporta l’épreuve. Voici Delgado à plus de 7 minutes de Laurent Fignon après 2 jours de courses seulement, inouï ! Le français ne portait pas le maillot jaune pour autant car au cours de l’étape matinale, Acacio Da Silva, le plus luxembourgeois des portugais, s’était emparé de la précieuse tunique en gagnant sur ses terres d’adoptions. Le Tour était bel et bien lancé.

Tableau d’honneur

Vainqueur d’étape

Maillot jaune

Maillot vert

Maillot à pois

Casquettes jaunes

Prologue Luxembourg

7,8 km

Erik Breukink

 (PB-Panasonic)

Erik Breukink

(PB-Panasonic)

Erik Breukink

(PB-Panasonic)

Peter Stevenaagen

 (PB-Helvetia)

Super U (Fra)

1re étape Luxembourg-Luxemboug

138,5 KM

Acacio Da Silva (Por -Carrera)

Acacio Da Silva (Por -Carrera)

Acacio Da Silva (Por – Carrera)

Acacio Da Silva (Por – Carrera)

Carrera (Ita)

2ème étape Luxembourg-Luxembourg

 46 km

(clm par équipes)

Super U (Fra)

Acacio Da Silva (Por – Carrera)

Acacio Da Silva (Por – Carrera)

Acacio Da Silva (Por – Carrera)

Super U (Fra)