[dropcap size=big]C[/dropcap]et été pendant le Tour, le Dérailleur vous ramène vingt-cinq en arrière avec le Tour de France 1991. Avec une nouveauté cette année, le cahier d’histoire sur ce Tour sera quotidien. Au jour le jour, nous vous ferons revivre cette 78ème édition de la grande boucle, avec pour démarrer aujourd’hui, la présentation de la course.

La fiche de de l’épreuve

78ème Tour de France du samedi 6 juillet au dimanche 28 juillet 1991

3914,4 km répartis en 22 étapes (dont deux demis étapes) et un prologue

Grand départ : Lyon

Arrivée finale : Paris-Champs Elysées

Trois contre-la-montre individuels, un par équipes, quatorze étapes de plaine, quatre étapes de haute-montagne et une de moyenne montagne.

198 partants répartis en 22 équipes de 9 coureurs

Le contexte

LeMond candidat naturel

Avec un parcours rendant à portion congrue les étapes de montagne, deux dans les Pyrénées et trois dans les Alpes et faisant la part belle au contre-la-montre, ce Tour de France 1991 s’annonçait assez ouvert. Bien sûr, un favori sortait du lot, l’américain Greg LeMond. Celui-ci devait plus son statut à ses victoires dans les deux dernières éditions, plutôt qu’à son début de saison disons-le médiocre. Ceci ne l’inquiétait outre-mesure, tout frais trentenaire LeMond nous avait habitué en 89 et 90 à ses débuts de saisons fantomatiques. Inexistant au Giro, qu’il abandonna en cours de route et où l’on nota à peine une deuxième place dans une étape de plaine, LeMond se présentait toutefois en grand favori, à la conquête d’un quatrième sacre sur le Tour, en champion des temps modernes ne visant dans la saison que le Tour de France et les championnats du monde. Le leader de l’équipe Z mettait en avant que son corps ne lui permettait plus d’être présent tout au long de l’année depuis son terrible accident de chasse en 1987, où son beau-frère accidentellement lui envoya un décharge de plomb. Il tentait bien de faire croire que le Giro était aussi un objectif, mais ses déclarations tenaient plus de la politique qu’autre chose, car il fallait bien caresser le co-sponsor italien de la Z en Italie (les glaces Sanson) dans le sens du poil. Officieusement le Giro lui servait de préparation pour affiner sa condition. Néanmoins, malgré ce retrait en début de saison, LeMond avait un avantage psychologique sur quelques adversaires. Ne pouvait-il pas se targuer d’être invaincu sur le Tour car depuis 1986, il n’avait plus été battu sur la grande boucle du fait de son absence en 1987 et 1988 et de ses victoires en 1986, 1989 et 1990.

Bugno, Chiappucci, Breukink rivaux annoncés

Qui pouvait donc battre LeMond ? Gianni Bugno d’abord. L’italien, numéro un mondial en 1990, notamment après avoir écrasé le Giro (leader de bout en bout) avait fait du Tour son unique objectif de l’année, ceci expliquant sa quatrième place sur le Giro (trois victoires d’étapes tout de même). A 27 ans, le leader de la Gatorade apparaissait en mesure de ramener la maillot jaune à Paris, vingt-six ans après Felice Gimondi. Son compatriote Claudio Chiappucci entendait bien contester LeMond ou Bugno. Deuxième en 1990, au bénéfice de l’échappée du Futuroscope (10 minutes prises à tous les favoris), celui qui se faisait appeler l’homme bionique venait tout simplement de réaliser un début de saison monstrueux. Vainqueur de Milan-San Remo, après une échappée monumentale, il remporta facilement le Tour du Pays-Basque et venait de terminer deuxième du Giro. Ne nourissant aucun complexe, il clamait à haute voix que LeMond était fini et qu’il était en mesure de battre l’américain. Faible lors des contre-la-montre, on l’attendait donc comme un dynamiteur de la course. Autre grand favori annoncé, le hollandais Erik Breukink. Révélé sur le Giro en 1988, le leader d’une très grosse équipe PDM (avec Kelly ou Alcala en lieutenant de luxe), sortait d’un début de saison discret, à la LeMond en quelque sorte. Ni Vuelta, ni Giro disputés, mais une victoire au Dupont Tour (course par étapes disputées aux Etats-Unis) pendant la Vuelta, étaient à relever en guise de préparation. Sa force principale résidant dans ses atouts face au chrono, le parcours de ce Tour de France lui allait à merveille avec pas moins de 135 km de contre-la-montre individuel sur cette 78ème édition. Vainqueur dans l’exercice à Villards-de-Lans et au Lac de Vassivière en 1990, Breukink jouait sur du velours sur cette grande boucle, de quoi en faire pour LeMond, son adversaire principal.

Delgado et Indurain en duo

Face à ses prétendants, on se demandait qui du côté espagnol pouvait leur damer le pion. Pedro Delgado, vainqueur en 1988 était annoncé comme leader de l’équipe de Banesto à chances égales avec Miguel Indurain. Le ténébreux navarrais était l’atout principal de Jose Miguel Echavarri le patron de l’équipe, selon les spécialistes. Ces derniers se basaient sur l’édition précédente où Indurain se montra supérieur à Delgado, mais bridé par une tactique de course favorisant le vainqueur du Tour 1988. Seul bémol à ce sujet, le résultat de la Vuelta où Indurain fut battu par Melchior Mauri au classement final. Indurain possèdait-il la caisse pour gagner le Tour ? C’était un des enjeux de cette 78ème édition.

La carte officielle de la 78ème édition du Tour de France (Vélo Sprint 2000 277/Collection Olivier Perrier)
La carte officielle de la 78ème édition du Tour de France (Vélo Sprint 2000 277/Collection Olivier Perrier)

Les bleus dans le creux de la vague

Et les français ? Ils n’apparaissaient pas en mesure de jouer la gagne, tout juste leur accordait-on les capacités de viser les victoires d’étapes. Les meilleurs chances au général ? Difficile à dire. Laurent Fignon arrivait à Lyon en annonçant son divorce avec Cyrille Guimard ! Cette nouvelle fit grand bruit à l’époque, le double vainqueur du Tour n’ayant couru chez les pros qu’avec le technicien breton. Pas de quoi entamer le Tour dans les meilleurs conditions chez Castorama. Charly Mottet, quatrième en 1987 et sixième en 1989 ne voulait plus entendre parler de classement général, le drômois visait désormais les victoires d’étapes. Distancé en montagne dans le Tour de France en 1990, il s’était offert une étape à Revel et avait ainsi remarqué que l’on tirait plus de satisfaction de cela, plutôt que de s’accrocher en montagne et de finir péniblement dans un top 10. Autre tricolore à s’être distingué au classement final les éditions précédentes, Jean-François Bernard semblait enfin s’être débarrassé de ses pépins physiques récurrents qui le punissaient depuis sa troisième place en 1987. Transféré dans l’équipe Banesto en début de saison, celui que l’on présentait comme le successeur de Bernard Hinault, se retrouvait au service de Delgado et Indurain. Une situation qui lui convenait à merveille, car le rôle de lieutenant lui allait parfaitement et il se tenait prêt à suppléer ses leaders si le besoin se faisait sentir. Enfin, on tenait à l’œil Gilles Delion, meilleur jeune en 1990 aux portes du top 15. Le chambérien devait désormais confirmer son statut et les promesses entrevues les deux saisons précédentes, avec notamment une victoire sur le Tour de Lombardie. Avait-il les épaules pour tenir ce rang ? C’est une des nombreuses questions qui agitaient la caravane du Tour de France à Lyon d’où il prenait son envol.

Les engagés

Z (Fra)

LeMond (EUA), Boyer, Casado, Cornillet, Duclos-Lassalle, Kvalsvoll (Nor), Lemarchand, Millar (GB), Simon

Carrera (Ita)

Chiappucci, Abdoujaparov (URSS), Bontempi, Gianelli, Maechler (Sui), Pavlic (You), Perini, Poulnikov (URSS), Zaina

PDM-Concorde (Pb)

Breukink, Alcala (Mex), Boden (All), Earley (Irl), Kelly (Irl), Raab (All), Van Aert, Van-Poppel, Verhoeven

Banesto (Esp)

Delgado, Alonso, Arnaud (Fra), Bernard (Fra), Indurain, Luquin, Philipot (Fra), Rodriguez, Rondon (Col)

Once (Esp)

Lejarereta, Chozas, Diaz Zaballa, FUerte, Hodge (Aus), Martinez Torres, Mauri, Villanueva, Weltz (Dan)

Gatorade-Château d’Ax (Ita)

Bugno, Calcattera, Giovannetti, Gusmeroli, Passera, Santaromita, Schur (All), Tebaldi, Zanatta

Lotto-Superclub-MBK (Bel)

Bruyneel, De Clercq, Moreels, Museeuw, Nevens, Redant, Van Den Abbeele, Van Slycke, Verschueren

Motorola (EUA)

Hampsten, Anderson (Aus), Bauer (Can), Bishop, Carter, Kiefel, Lauritzen (Nor), Yates (Gb), Zimmerman (Sui)

Amaya Seguros (Esp)

Parra (Col), Esnault (Fra), Guerricagoitia, Le Clerc (Fra), Montoya, Murguialday, Pedersen (Dan), Pensec (Fra), Quevedo

Castorama (Fra)

Fignon, Arnould, Bagot, Lavainne, Leblanc, Marie, Riis (Dan), Simon, Vichot

Helvetia (Sui)

Delion (Fra), Demierre, Gianetti, Krieger (Alla), Manders (PB), RRichard, Rué (Fra), Stevenhaagen (PB), Winterberberg

Ryalcao-Postobon (Col)

Herrera, Camargo, Cardenas, Chaparro, Jaramillo, Mejia, Moncada, Montoya, Vargas

Ariostea (Ita)

Argentin, Cassani, Cenghialta, Conti, Elli, Golz (All), Lelli, Lietti, Sorensen (Dan)

RMO-Mavic-Liberia (Fra)

Mottet, Caritoux, Claveyrolat, Laurent, Lino, M.Madiot, Y.Madiot, Ribeiro (Bre), Vermote (Bel)

TVM-Sanyo (PB)

Theunisse, Barth (All), Harmeling, Jdanov (URSS), Konishev (URSS), Schurer, Siemons, Skibby (Dan), Uslamine (URSS)

Panasonic-Sportlife (PB)

Dhanens (Bel), Ekimov (URSS), Fondriest (Ita), Ludwig (All), Nulens (Bel), Sergeant (Bel), Van Lancker (Bel), Van Orsouw, Zhdanov (URSS)

Weinmann- Eddy Merckx (Bel)

Wegmuller (Sui), Achermann (Sui), Bomans, Dernies, Goessens, Jaermann (Sui), Stutz (Sui), Verdonck, Willems

Histor-Sigma (Bel)

Ampler (All), De Wilde, Holm (Dan), Kappes (All), Lilholt (Dan), Peeters, Stumpf (All), Van Itterbeeck, Virvaleix (Fra)

Toshiba (Fra)

Jalabert, Abadie, Bourguignon, Chaubet, Gayant, Lance, Louviot, Lurvik (Dan), Roux

Buckler (PB)

Rooks, De Vries, Maassen, Nijdam, Poels, Solleveld, Van Hooydonck (Bel), Vanderaerden (Bel), Veenstra

Tonton Tapis-Corona-GB (Bel)

S.Roche (Irl), Carlsen (Dan), Colotti, De Wolf, Jacobs, Moreau (Fra), Pedersen (Dan), Pillon (Fra), L.Roche (Irl)

Clas-Cajastur (Esp)

Ruiz Cabestany, Dominguez, Duch Ballestar, Edmonds (Bel), Espinosa, Gaston, Leanizbarrutia, Mauleon, Oliveira