Et si ce 99ème Ronde van Vlaanderen ne s’était pas joué aujourd’hui, en ce dimanche pascal sec et ensoleillé, mais plutôt il y a quelques semaines, sur les routes de Paris-Nice, ou bien encore fin mars dans le GP E3? Les forfaits successifs de Tom Boonen et Fabian Cancellara, épouvantails des Flandriennes ces dernières saisons, ne pouvaient que laisser place à une course de transition, un scénario d’attente, dans lequel personne ne se découvrirait vraiment et personne ne prendrait la course à son compte. Accumulation d’outsiders ne signifie pas émergence de favoris et ce matin, au départ de Bruges, il y a certainement un sacré paquet de coureurs qui devaient croire très fort en leurs chances de s’imposer aujourd’hui.

Mais présumer de tout ça, c’était oublier qu’un homme et un seul écrase tout et tout le monde depuis le début de la saison. En l’absence de Spartacus et Tornado Tom, qui d’autre qu’un surpuissant Viking pour venir à bout du Ronde ?! Personne évidemment.

Les temps forts

Mais où sont passés les nuages ?

Dès le premiers hectomètres de la course, ça flingue dans tous les sens, avant qu’un petit groupe ne se détache. On y retrouve Bak (Lotto-Soudal), Brammeier (MTN), Frapporti (Androni), Gaudin (AG2R), Groenewegen (Roompot), Matzka (Bora) et Jesse Sergent (Trek), qui sera finalement renversé par une voiture de dépannage ! Parmi ces sept-là, Bak et Gaudin s’affirment progressivement comme les moteurs du groupe, notamment dans les berg. Ils feront d’ailleurs un bout de route en duo après s’être détachés dans le Kaperij.
Pendant ce temps-là, le peloton est emmené par les Sky et Sa Majesté Bradley Wiggins, venu sur le Ronde servir d’équipier à Geraint Thomas, espérant probablement un juste retour des choses la semaine prochaine à Roubaix… Toujours est-il que les conditions climatiques plus que clémentes n’auront pas causé les chutes tant redoutées et parfois cruelles pour les favoris, même si Wiggo, arrivé un peu vite dans un virage serré aura été un des premiers à mettre les fesses par terre, sans gravité. Mis à part quelques ennuis mécaniques pour Sagan, Degenkolb ou Pozzato, les 180 premiers kilomètres auront été tranquilles pour les prétendants à la victoire. Mais rassurez-vous, ça n’a pas duré…

Un écrémage progressif

Il aura fallu que les « locaux de l’étape » mettent le nez à l’avant pour que la course se décide (enfin) à se décanter. Après une première tentative un peu prématurée de Van Hecke, c’est Vanspeybrouck, autre coureur de Topsport Vlaanderen, qui sort du troupeau et déclenche les premiers mouvements. Il reste alors environ 70km à parcourir, et les équipiers des leaders lui emboitent le pas ; on voit tour à tour Greipel (Lotto-Soudal), Van Keirsbulck (Etixx-Quick Step) ou Dillier (BMC) accélérer le rythme à quelques encablures du deuxième passage au tant redouté Vieux Quaremont. Pas d’attaque franche qui vienne marquer une vraie rupture dans l’allure du peloton, mais une sélection progressive commence à s’opérer. Au pied du Oude Kwaremont, c’est au tour d’Offredo, Lampaert, Schär et Debusschere de durcir la course, avant que Chavanel ne s’en charge dans le Paterberg.

A 50 bornes de la ligne, c’est un peloton regroupé d’une cinquantaine de coureurs qui s’apprête à s’attaquer au Koppenberg, après avoir récupéré Bak et Gaudin en route. C’est une nouvelle fois à Greipel que revient le rôle de lièvre, alors que derrière lui Devolder accélère, suivi de près par tous les autres costauds. Thomas semble alors facile dans la roue de l’ancien double vainqueur du Ronde, mais les équipiers commencent déjà à lui manquer. Après des tentatives timides de Lutsenko, puis de Greipel, Chavanel (encore eux!) ou Leukemans avant le Taaienberg, il faudra finalement attendre le Kruisberg, dernier mont avant l’enchainement final Vieux Quaremont-Paterberg, pour voir les favoris se découvrir franchement.

Kristoff plus fort que le suspense

Alors que le tout jeune Tiesj Benoot, équipier de Roelandts, fait crânement le tempo en tête de groupe, ça se regarde beaucoup parmi les costauds, avant que Terpstra et Kristoff ne se fassent la malle, l’air de rien ! Le duo prend vite une bonne trentaine de secondes d’avance sur leurs poursuivants, parmi lesquels on ne retrouve pas Sep Vanmarcke, seul grand piégé dans cette affaire. La chasse est menée par Greipel et Rowe, dernier équipier de Thomas, mais après avoir déjà beaucoup bossé tout la journée, leurs relais sont bien moins tranchants que ce qui serait nécessaire pour reprendre les deux fuyards.

Arrive alors le Vieux Quaremont, troisième et dernière édition. Thomas en met une bonne, mais Stybar est vigilant ; ça plafonne, Boom, Sagan, Degenkolb et les autres rentrent sur le sommet, alors qu’entre Terpstra et Kristoff l’entente est parfaite, pour l’instant… Zdenek Stybar continue de marquer de près tous ses adversaires, protégeant ainsi la fuite de Tersptra, mais dans le Paterberg Van Avermaet et Sagan sont les plus forts, et ni Thomas ni Degenkolb ne peuvent résister. Devant, Kristoff semble plus à l’aise que Terpstra. Le Néerlandais est même à deux doigts de perdre la roue du Norvégien dans les derniers mètres du Paterberg !

Alexander et Niki sont dans un bateau... photo ANP
Alexander et Niki sont dans un bateau… photo ANP

A partir de là, il n’y a plus beaucoup de doutes possibles : Terpstra tente de la jouer à l’intox, passe moins de relais, essaie de récupérer avant la grande bagarre finale, mais rien n’y fait : Kristoff est imperturbable, il maintient à lui seul l’allure du duo et règle son adversaire au sprint sans sourciller! Derrière eux, Van Avermaet finit par se débarrasser de Sagan pour monter sur la troisième marche du podium, tandis que Benoot vient réaliser une performance hallucinante : première saison professionnelle, 5ème du Ronde van Vlaanderen !

Le vainqueur

par Olivier

Avec ce succès aujourd’hui sur le Tour des Flandres, Alexander Kristoff a obtenu son Graal. Celui que l’on a catalogué comme sprinteur a démontré aujourd’hui qu’il était un véritable routier-sprinteur. Kristoff et les Flandres, c’est un coup de foudre né il y a trois ans. Dans Vélo Magazine d’Avril 2014 il expliquait « En 2012, dès mon arrivée chez Katusha, je finis 15ème du Tour des Flandres en travaillant pour Oscar Freire, qui termine 12ème. Ce jour-là, j’ai réalisé que je pouvais être autre chose qu’un sprinteur, une donnée que j’avais du mal à entrevoir jusque-là. » 2012 et son arrivée chez Katusha correspondent à un nouveau départ dans la carrière du norvégien. De la même génération de celui que l’on a présenté comme une pépite, son compatriote Edvald Boasson-Hagen, Kristoff était jusque-là un sprinteur honorable dont le principal fait d’arme fut d’aligner le grand Thor Hushovd au championnat de Norvège 2007 à seulement 19 ans. Pas de quoi susciter cependant l’envie chez les équipes Pro-Tour de l’époque de se pencher sur le cas de ce coureur évoluant dans l’ombre de Boasson-Hagen. Ce n’est qu’en 2010 qu’il rejoindra un Top Team en signant chez BMC.

C'est qui le boss? photo Katusha/Tim de Waele
C’est qui le boss? photo Katusha/Tim de Waele

A nouveau champion national (2011), l’éclosion se fait attendre même si l’on peut noter une 4ème place sur la Vattenfall Cyclassics d’Hambourg, ce qui a tendance à décevoir ses dirigeants « Je n’étais pas assez endurant pour jouer un rôle sur les grandes courses et ça énervait en interne, admettait le Norvégien dans Vélo Magazine. Mes deux Paris-Roubaix, en 2010 et en 2011, je les bâche au 2ème ravito. Hincapie en était même énervé contre moi, mais je ne pouvais en faire plus. » Katusha le recrute donc, mais surtout pour en faire un poisson-pilote pour le sprinteur russe Galimzyanov, mais au début de saison 2012, le Russe est contrôlé positif et voilà le Norvégien propulsé sprinteur n°1 de l’équipe. Le succès commence par arriver, aux Trois jours de la Panne déjà où il gagne la 3ème étape avant son top 15 dans les Flandres. Médaillé de bronze aux JO de Londres, Kristoff passe un cap en 2013 en signant 7 succès mais surtout en rentrant dans le top 10 de monuments tels que Milan-San Remo (8ème), le Tour des Flandres (4ème) ou Paris-Roubaix (9ème). Entraîné par celui qui est aussi son beau-père, Stein Orn, Kristoff continue son bonhomme de chemin en 2014 en s’offrant son premier monument en s’imposant sur la Primavera. Une saison faste, 14 victoires dont 2 étapes du Tour de France et la Vattenfall, qui en font une véritable valeur sûre.

Si l’on comparait volontiers Degenkolb à Olaf Ludwig, on peut aussi bien le faire avec Kristoff en le faisant avec Hushovd. Ces deux-là jouent dans la même cour à ceci près que le coureur de Katusha réussit là où Hushovd avait échoué, c’est-à-dire sur le terrain des monuments cyclistes. Et comme pour Degenkolb, ce n’est qu’un début. Dès dimanche prochain, ces deux-là seront les favoris de Paris-Roubaix et plus tard dans la saison, mon petit doigt me dit que le maillot vert et le maillot arc-en-ciel pourraient aussi se jouer entre ces deux-là. On parie ?

La révélation

Une bonne tête de vainqueur
Une bonne tête de vainqueur

On vous parlait ici-même il y a quinze jours de Niccolo Bonifazio, jeune prodige de la formation Lampre-Merida qui s’est classé 5ème de Milan-San Remo pour sa première participation à la Primavera. S’il était engagé aujourd’hui sur les routes des Flandres, l’Italien a laissé le statut de révélation (et de 5ème du classement) à un autre coureur qui sera très attendu sur les classiques dans les années à venir : Tiesj Benoot. Le Flamand, qui vient de fêter ses 21 ans, n’en est qu’à sa première saison chez les pros, mais ses résultats en disent déjà beaucoup sur ses qualités de Flahute : 4ème du Samyn, 6ème d’A Travers la Flandre et 18ème du GP E3, il a signé aujourd’hui une performance remarquable, qui serait déjà d’un haut niveau pour un coureur plus expérimenté. Il a bouffé du vent toute la journée pour son leader Roelandts, et il a su garder suffisamment de lucidité dans le final pour devancer le sprint des battus et Lars Boom, sorti avec lui sous la flamme rouge ! 5ème de Liège-Bastogne-Liège et 3ème du Tour des Flandres chez les Espoirs, on tient peut-être là le véritable héritier de Tom Boonen, n’en déplaise à Sep Vanmarcke et à Patrick Lefévère, le patron des Etixx-Quick Step, dont on se demande bien comment il a pu laisser un tel phénomène signer chez ses ennemis de Lotto-Soudal…

« ça mouline »

par Olivier

Damien Gaudin : à une semaine de Paris-Roubaix, voici que pointe son nez le rouleur d’Ag2r. Et c’est une bonne nouvelle, pourquoi ? Parce que c’est peut-être sur lui que nos meilleures chances tricolores reposeront, sur les pavés du nord. Pour nous en convaincre, il a été le dernier repris de l’échappée matinale après le deuxième passage du Vieux Quaremont. Une longue échappée qui aura permis à celui qui fut 5ème à Roubaix en 2013, de décrasser le moteur et de se mettre en jambes sur la longue distance des classiques. A lui de courir comme en 2013 et de savoir profiter d’une course qui sera bien plus ouverte que ces dernières saisons, à suivre…

André Greipel : ce qu’il nous fait plaisir le gorille de Rostock quand il sort de son registre comme aujourd’hui. Redoutable sprinteur, aujourd’hui Greipel a joué aux baroudeurs, en tentant de s’échapper à plusieurs reprises dans les 50 derniers kilomètres. Pour jouer la gagne ? Non, mais pour préparer le terrain à son leader du jour, Jurgen Roelandts. Il sera une des cartes de la Lotto-Soudal sur Roubaix dimanche prochain où sa puissance pourrait lui permettre de créer une belle surprise, si la météo se montre clémente.

Les Etixx-Quick Step : on a suffisamment pointé les errements de l’équipe belge depuis le début de saison, notamment au Het Nieuwsblad. Aujourd’hui, si elle n’a pas fait parler la poudre ou sa puissance comme à l’accoutumée, elle aura su manœuvrer de façon plus subtile peut-être. Ses deux leaders (Stybar et Terpstra) étaient là quand la course est entrée dans le Money-Time. Le Hollandais, échappé dans le final avec Alexander Kristoff, a su collaborer intelligemment avec le Norvégien pour éviter le retour de Van Avermaet et Sagan, tout en ne le relayant plus ou peu dans les 5 derniers kilomètres se sachant inférieur au sprint. Lefévère est connu pour savoir remobiliser ses troupes quand le bateau tangue, cela pourrait porter ses fruits dimanche prochain.

« ça déraille »

par Olivier

L’assistance neutre Shimano : un scandale, pas d’autres mots possibles. Demandez à Jesse Sergent ou Sébastien Chavanel ce qu’ils en pensent. Le pilote de la voiture bleue avait-il besoin de se lancer dans un dépassement aussi périlleux de l’échappée, alors que le peloton pointe à 4 minutes ? Clairement, non ! En fauchant en plein virage le coureur de l’équipe Trek (dont la clavicule s’est brisée) en plein virage et devant les caméras de la télévision flamande, les souvenirs de la terrible chute d’Hoogerland et Flecha sur le Tour 2011 se sont rappelés à nos mauvais souvenirs. Visiblement cet épisode n’a pas servi de leçon. Et pour couronner le tout, la deuxième voiture Shimano elle, s’est distinguée en emboutissant avec vigueur la voiture de Marc Madiot qui allait s’arrêter pour dépanner Sébastien Chavanel. Incrédule, Madiot souffre de quelques douleurs aux dos, mais salue le port de sa ceinture de sécurité évitant de plus sérieuses blessures. Avec ces incidents-là, pas impossible que les voitures jaunes Mavic succèdent aux bleues de chez Shimano pour la centième édition du Ronde.

elle va beaucoup moins bien marcher maintenant... Image Eurosport
Elle va beaucoup moins bien marcher maintenant… Image Eurosport

 

La météo : il y a 30 ans, la pluie avait rendue le succès d’Eric Vanderarden légendaire. Depuis, rien…Quelques averses en 1989 ou 1999 mais rien de signifiant. Là, c’est même le soleil ou la douceur qui se sont présentés à Oudenarde. Alors qu’on raille les Flandres pour sa météo capricieuse et mauvaise, force est de constater que sur le Ronde pluie et tempête ne prennent plus de dossards. Et pourtant, avec le Gand-Wevelgem de dimanche dernier, il y avait de l’espoir… M’enfin et la légende bordel ? Elle ne se fait pas sous le soleil des Flandres. Ce n’est plus ce que c’était le nord…

Les Sky : Stannard au Nieuwsblad, Thomas au GP E3. Et aujourd’hui ? Wiggo au tapis et surtout une omniprésence en tête de peloton dans les monts à 80 kilomètres de la ligne d’arrivée pour quoi ? Une 14ème place de Geraint Thomas, présenté comme ultra-favori. Comme quoi, la tactique rouleau compresseur qui peut marcher dans les cols, s’appliquent mal aux monuments que sont les grandes classiques. La victoire ici dans les Flandres ne se jouent à coup de watts, mais bien en sentant la course. C’est ce qu’il manque à l’équipe Sky, un coureur ou un directeur sportif qui à du nez. Et les gars, Bjarne Riis est au pôle-emploi ! Bon ok, je sors… Sans aller jusqu’à un tel recrutement, il faudrait se remettre en question chez les Britanniques et se donner vraiment les moyens de gagner sur les monuments du nord. A moins que Wiggo à Roubaix nous inflige un joli doigt d’honneur dont il a le secret.

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