Et dire que l’on se dirigeait vers un Milan-San Remo au scénario désormais classique. Une (très) longue échappée, menée par Nico Denz (Ag2r), Mattia Frapporti (Androni), Mirco Maestri (Bardiani) , Toms Skujins, William Clarke (Cannondale-Drapac), Ivan Rovny (Gazprom), Alan Marangoni (Nippo), Umberto Poli (Novo Nordisk), Federico Zurlo (Abu Dhabi) et Julen Amezqueta (Willier-Triestina) qui vient mourir dans la zone des Capi, quelques escarmouches d’outsiders dans la Cipressa et un peloton qui vient affronter groupé, les pentes du Poggio. Nous nous résignions à un quinzième sprint en 20 ans à San Remo avant que Peter Sagan vienne nous rappeler qu’il était décidément un des meilleurs ambassadeurs que le cyclisme puisse posséder depuis de longues saisons.

Le double champion du monde en titre, qui possède plus que jamais cette Primavera dans les cannes, est venu réhabiliter les dernières pentes de la Classicissima, celles du Poggio. Là où il y à désormais plusieurs décennies Eddy Merckx aimait construire ses victoires, avant de voir Fondriest, Furlan ou Jalabert faire de la sorte dans les années 90, Sagan a placé une accélération foudroyante à un kilomètre du sommet de la dernière difficulté de la course. Rejoint dans un second temps par Michal Kwiatkowski et par Julian Alaphilippe, Peter Sagan venait tout simplement de provoquer la décision finale du premier monument de la saison. Mais seulement voilà, le slovaque s’est retrouvé avec un de ses bourreaux les plus efficients, son prédécesseur au palmarès du championnat du monde, le polonais Kwiatkowski. Et lorsque ces derniers s’affrontent directement, le coureur de la Sky sort souvent vainqueur. Comme sur les Strade Bianche 2014 ou le GP E3 l’an dernier, c’est Kwiatkowski qui s’impose face à Sagan. Dans un sprint haletant sur la Via Roma, le polonais aligne de justesse le slovaque dans un rush où Julian Alaphilippe a crânement défendu ses chances face à deux des meilleurs coureurs de classiques de la décennie à venir peut-être. A ce propos, il ne serait pas incongru de voir l’auvergnat compter parmi cette catégorie de coureur, mais pour cela il lui faudra en gagner une belle très vite. Le mur de Huy fera un excellent tremplin dans un mois.

Avec ce podium de grande classe, le printemps des classiques débute de la plus belle des manières. Un printemps qui promet, où l’on risque de bien de voir du tricolore dans les premiers rangs ( trois français dans le top 10 de la Primavera, du jamais vu depuis 1989!), où Peter Sagan pourrait bien nous régaler car, même perdant en Italie, il ne changera pas sa façon de courir et continuera de provoquer la course. Enfin, en voyant hier Tom Boonen tirer un dernier bout droit avant le Poggio, nous avons commencé à réaliser que celui-ci va tirer sa révérence dans trois semaines seulement au vélodrome de Roubaix. Oui, Boonen va prendre sa retraite dans moins d’un mois et rien que cela, ça peut rendre ce printemps 2017 à part.