Cet avant dernier dimanche d’avril marque un tournant dans la saison cycliste, il sonne la fin des classiques de printemps pour se diriger vers les courses à étapes. On passe donc des courses aux scenarii imprévus à celles qui en possèdent un plus prévisible, où courir au millimètre est un art quand on veut gagner le général final. Liège-Bastogne-Liège, la doyenne des classiques, joue finalement le rôle de course de transition. Elle fait partie de la race des classiques, mais son déroulement ressemble à celle des courses par étapes où les protagonistes jouent les épiciers pour gagner.

Mais ne blâmons pas le vainqueur de cette 103e édition de Liège-Bastogne-Liège, Alejandro Valverde, qui rejoint aujourd’hui dans l’histoire de cette course, l’italien Moreno Argentin (vainqueur en 1985,1986,1987 et 1991) en gagnant pour une quatrième fois la doyenne (2006, 2008,2015 et 2017). L’espagnol se retrouve ainsi à une longueur du recordman de victoires absolu, Eddy Merckx (1969, 1971, 1972, 1973 et 1975), voilà pour les chiffres bruts. Non, celui qui réalise une saison tonitruante a tout simplement maîtrisé la course. Sûr de lui, il n’avait qu’a attendre le dernière montée à Ans et les 200 mètres de ligne droite de la rue Jean Jaurès pour porter l’attaque décisive tant il est irrésistible en ce moment. Non, ce sont ses adversaires qui sont à pointer du doigt. D’abord en sous-estimant quelque peu l’échappée matinale, dont les derniers rescapés, Anthony Pérez puis Stéphane Rossetto de la Cofidis ont rendu les armes bien tard. Pérez perclus de crampes d’abord, puis Rossetto rattrapé par Tim Wellens aux abords de la côte de Saint-Nicolas, tout près du stade de Sclessin, l’antre du Standard de Liège.

Ensuite en ne bougeant pas une oreille dans la côte de la Redoute, en tentant des escarmouches timides dans la Roche-aux-Faucons et enfin en offrant un peu de mouvement dans la côte de Saint-Nicolas où naguère, Frank Vandenbroucke parachevait son œuvre en 1999. Mais rien de décisif, jusqu’à Ans où Davide Formolo a bien cru aller chercher un premier succès de très grande envergure après une victoire d’étape sur le Tour d’Italie il y à deux ans. C’était avant que Dan Martin accélère, pensant rééditer sa victoire de 2013, mais Valverde attentif bondissait littéralement dans sa roue avant de le déborder sans difficultés dans la ligne droite finale.

Un parcours à pointer du doigt

Outre les adversaires de Valverde dont le manque d’initiatives est à regretter, c’est aussi le parcours que l’on peut pointer du doigt. Nous le disions déjà ici l’an dernier, nous le répétions encore à l’occasion de l’Amstel Gold Race dimanche dernier, planter une banderole d’arrivée au sommet d’une côte pousse les favoris à retarder l’échéance pour flirter avec la victoire. Le contrat liant la ville d’Ans à ASO (société organisatrice de la Doyenne) courant jusqu‘en 2018, il est à craindre que nous soyons une nouvelle fois déçu l’an prochain par le déroulement de la course. Il faudra suivre les discussions concernant la future convention qui décidera du prochain lieu d’arrivée de la course. Quelques rumeurs font état d’une arrivée dans le quartier de Belle-Île à Liège, tout près d’un centre commercial qui présenterait les mêmes avantages logistiques que l’arrivée à Ans (vastes parkings, autoroute à proximité) mais qui permettrait pourquoi pas de rapprocher la côte de la Redoute d’une bonne dizaine de kilomètres de la ligne d’arrivée. Mais tout ceci n’est que spéculations, en février dernier la presse belge donnait un clair avantage à la ville d’Ans pour signer une nouvelle convention de cinq ans, permettant l’arrivée de la doyenne jusqu’en 2024 là-bas. Et pourtant, l’épreuve gagnerait à retrouver les rues de la cité ardente pour le final de sa course emblématique.

En attendant, ce Liège-Bastogne-Liège ne restera donc pas dans les mémoires, si ce n’est dans celle des supporters d’Alejandro Valverde qui voient là le murcian s’imposer pour une neuvième fois dans une classique ardennaise et qui le porte ainsi dans la légende cycliste. Un Liège-Bastogne-Liège évidemment marqué par le souvenir de Michele Scarponi, en mémoire duquel le peloton et le public de la place Saint-Lambert à Liège ce matin, offrait une minute d’applaudissement rendant là hommage à la jovialité du champion italien, qui manquera cruellement au peloton. Et en voyant l’émotion de Valverde au micro de Sébastien Piquet pour l’Eurovision, ou encore en apprenant avant la course qu’il comptait, quoi qu’il devait arriver, offrir ses primes aujourd’hui à la famille du défunt, on peut se dire que parfois le sens du mot famille n’est en rien galvaudé quand on parle de celle du cyclisme.