Ce samedi 11 juillet se déroulait en Bretagne la 8ème étape du Tour de France reliant Rennes à Mûr-de-Bretagne. Cette étape longue de 180 kilomètres promettait un nouveau duel entre les quatre fantastiques et nous avons été servi ! Un Froome dominateur et Nibali qui agonise en passant par la victoire de Vuillermoz, retour sur une étape 100% bretonne !

ALORS, CETTE ÉTAPE ?

Quatre fuyards en tête

Dès le kilomètre 6, deux coureurs prennent la poudre d’escampette, il s’agit de Sylvain Chavannel (IAM) et du Polonais Bartosz Huzarski (Bora). Ces deux coureurs verront trois kilomètres plus tard deux compagnons les rejoindre, ces deux coureurs sont le Français Romain Sicard (Europcar) et forcément, cela aurait été étonnant de ne pas voir un coureur de  Bretagne-Séché Environnement en tête, il s’agit de Pierre Luc Périchon! Nous avons donc quatre coureurs et pas un de plus dans l’échappée. Derrière, c’est les Lotto-Soudal qui décident de maintenir l’écart. L’échappé elle aura jusqu’à quatre minutes d’avance, c’est tout ce que Thomas De Gendt acceptera de concéder aux fuyards!

Un sprint intermédiaire explosif !

Le peloton accélère, le sprint intermédiaire approche ! Malgré le passage en tête de Pierre Luc Périchon devant son public, beaucoup de points restent à prendre, et c’est le maillot vert André Greipel en personne qui prendra la cinquième et meilleure place du peloton. D’habitude les sprinteurs récupèrent de leurs violents efforts et le peloton se réorganise, mais Pierre Rolland en a décidé autrement et place une grosse giclette, suivi par un groupe d’une dizaine de coureurs dont le champion du monde en titre, Michal Kwiatowski. Mais c’est l’autre Polonais d’Etixx, Michal Golas, qui fera la jonction avec le groupe de tête avant de repartir avec Huzarski, rescapé de l’échappé matinale, et le Danois Lars Bak (Lotto Soudal). Trois hommes en tête donc qui tentent le tout pour le tout.

Cocorico à Mûr !

À 15 kilomètres du terme, les hommes de la Cannondale-Garmin reviennent à 30 secondes des échappés. Tandis qu’Huzarski abdique, les deux derniers hommes de tête survivront jusqu’à huit kilomètres de l’arrivée. Dès lors c’est une autre course qui démarre ! Les Lotto-Soudal roulent pour Gallopin, relayés par la Tinkoff-Saxo puis par la BMC, ça joue des coudes dans le peloton ! Deux kilomètres, ça y est c’est parti ! Vuillermoz se fait déjà remarquer avec Adams Yates (Orica Green Edge), derrière Froome accélère, » le Kenyan Blanc » se déchaine sur sa machine et étrangle Nibali qui agonise. Froome est déterminé, il rattrape Vuillermoz et Yates et se met en danseuse avant de se ranger. Alexis Vuillermoz dans une attaque de la dernière chance creuse l’écart et Daniel Martin (Cannondale-Garmin) sent le coup lui échapper et part en contre attaque! 5oo mètres plus tard COCORICO!! Le Jurassien s’impose devant l’Irlandais Daniel  Martin et Alejandro Valverde, qui règle au sprint le petit groupe des favoris.

Résumé de l’étape signé Gaulthier Lenôtre.

L’HOMME DU JOUR : Alexis Le Grand !

Déjà impressionnant au printemps dernier sur la Flèche Wallonne, qu’il avait terminée à la 6ème place malgré une belle gamelle juste avant le final, puis tout près de réussir l’exploit dans le Mur de Huy lundi, seulement battu par Purito Rodriguez et Chris Froome, Alexis Vuillermoz a finalement signé aujourd’hui à Mûr-de-Bretagne une victoire en vrai patron. Après l’émergence de Julian Alaphilippe il y a quelques semaines, le cyclisme tricolore tient là un nouveau puncheur à la sauce ardennaise, brillant tacticien au parcours tortueux.

Excellent vététiste dans ses jeunes années (vice-champion du monde Espoirs en 2009), le Jurassien découvre le cyclisme professionnel sur route en 2013 chez Sojasun, et se fait déjà remarquer sur le Tour par son culot en montagne lors d’une troisième semaine alpestre pourtant relevée. Il signe sa première victoire en 2014 sur le Tour du Gévaudan, déjà grâce à ses qualités de puncheur, avant de confirmer son potentiel cette saison, d’abord à la Flèche puis au Grand Prix de Plumelec, où il aura su maitriser parfaitement la côte finale de Cadoudal, qui sera d’ailleurs demain la rampe finale du contre-la-montre par équipes.

Lui qui nous confiait en avril 2014 avoir encore certaines lacunes tactiques a fait preuve aujourd’hui d’un sang-froid chirurgical pour aller chercher en deux temps la porte de sortie que Chris Froome ne semblait pourtant vouloir offrir à personne. La suite du Tour s’annonce alléchante chez les AG2R : Péraud se refait la cerise de jour en jour, tandis que Bardet se retrouve en deuxième rideau au général, ce qui lui permettra sans doute de bénéficier d’une petite marge de manœuvre de la part des cadors. Espérons qu’il en fera bon usage et qu’il saura, comme « Jicé » Péraud, utiliser au mieux les qualités et la forme incroyables de leur équipier « Pikachu » Vuillermoz, qui s’est hissé à Mûr-de-Bretagne au rang des meilleurs coureurs français.

L’HOMME À SUIVRE : Un Colombien peut en cacher un autre…

Le moins que l’on puisse dire, c’est que Christian Prudhomme et ses équipes ont eu le nez creux en bâtissant il y a plusieurs mois le parcours de ce 102ème Tour de France. La première semaine de course était conçue pour être un piège à favoris, et plusieurs d’entre eux ont failli : Nibali et Quintana ont pris un sacré courant d’air dès dimanche en Zélande (et on a encore vu l’Italien à la peine à Mûr-de-Bretagne), tandis que Pinot, encore un peu tendre pour ces batailles, a joué de malchance les jours suivants.
A contrario, Contador et Froome sont eux bel et bien dans les starting-blocks avant le chrono par équipes. En plus de ce duo de cadors, deux outsiders discrets ont également traversé ces huit premiers jours sans encombre pour s’installer tranquillement en candidats de plus en plus crédibles au podium final. On pense bien sûr à Tejay Van Garderen – cinquième l’an passé et qui progresse d’années en années, couvé par une équipe BMC qui pourrait l’installer encore un peu plus haut dans le classement dès demain – mais aussi et surtout à Rigoberto Uran.

Depuis les aventures de Lucho Herrera, qui a terminé meilleur grimpeur à deux reprises dans les années 80, la Colombie se passionne pour la Grande Boucle. Deuxième derrière Chris Froome en 2013, Nairo Quintana est l’élu annoncé, celui qui deviendra un jour le premier « Cafetero » vainqueur du Tour. Mais Rigoberto Uran marche fort depuis Utrecht, et on peut penser qu’il a bien envie de profiter lui aussi de l’émulation patriotique qui règne autour de Quintana. Uran ne sera pas en jaune à Paris, mettons-nous d’accord là-dessus. Cela-dit, il pourrait être un sacré caillou dans la godasse des Sky dès les Pyrénées : comment réagira Froome, dominateur pour l’instant, s’il doit à la fois décrocher le chewing-gum Uran collé à sa roue et surveiller les Nibali, Contador et compagnie, adeptes des grandes offensives? Grimpeur efficace, le leader d’Etixx est capable dans un grand jour de résister aux meilleurs, et ses deuxièmes places sur les Giro 2013 et 2014 sont autant de preuves que les grands Tours ne l’effraient pas. Et si les outsiders déçus de ces derniers jours viennent à se résigner, nul doute que « l’autre » Colombien saura tirer son épingle du jeu…