Au terme d’une course passionnante, Warren Barguil a remporté le titre de champion de France. Il a réglé ses derniers compagnons d’échappée pour s’emparer de son premier maillot tricolore chez les professionnels. Un succès non loin de sa Bretagne natale, alors que, très critiqué, il avait songé à lâcher le cyclisme.

C’est un grand cri de joie. Un bonheur immense. Peut-être même un soulagement. Car, franchement, il y avait de quoi se dire qu’Arkéa – Samsic avait la poisse. Et que Warren Barguil, deux ans après son maillot à pois gagné sur les routes du Tour de France, sous d’autres couleurs, n’avait plus les mêmes jambes. Qu’il ne reviendrait peut-être pas, et que son retour à la maison était, peut-être, une mauvaise idée. Mais à sa manière, Barguil a mis fin à ces pensées. Il a montré à tout le monde qu’il faudrait encore compter avec lui. Qu’enfin, peut-être, la malchance était derrière lui.

Dans le vignoble nantais, la course s’emballe assez tôt, avec des tentatives avortées. Alexandre Geniez (AG2R La Mondiale) et Loic Chetout (Cofidis) sont les premiers fuyards. Ils sont vite rattrapés. Même sort pour Romain Seigle (Groupama – FDJ) et Nans Peters (AG2R La Mondiale), passés avec une trentaine de secondes d’avance sur le peloton à la fin du premier tour.

Le coup de jour ne se fait pas à deux, mais à 37. Un large groupe, qui se détache à la suite d’une cassure. Il compte plus de trois minutes sur le peloton, et fait office d’échappée du jour. Et des clients se retrouvent devant. Se trouvent dans ce groupe David Gaudu, Valentin Madouas, Marc Sarreau – actuel leader de la Coupe de France –, Romain Seigle, Benjamin Thomas – nouveau champion de France du chrono –, Léo Vincent pour la Groupama – FDJ ; François Bidard, Geoffroy Bouchard, Dorian Godon, Quentin Jauregui et Pierre Latour pour AG2R ; Mathieu Burgaudeau, Paul Ourselin, Perrig Quemeneur et Angelo Tulik pour Total Direct Énergie ; Warren Barguil, Romain Hardy, Benoit Jarrier, Kévin Ledanois, Amaël Moinard et Florian Vachon pour Arkéa – Samsic : Cyril Gautier, Justin Mottier, Quentin Pacher et Pierre Rolland pour Vital – Concept ; Cyril Lemoine, Emmanuel Morin, Pierre-Luc Périchon, Julien Simon et Damien Touze pour Cofidis ; Tony Hurel (Saint-Michel Auber 93), Rémy Rochas (Delko Marseille Provence), Julien Antomarchi et Pierre Idjouadienne pour Roubaix Lille Métropole, ainsi que Fabien Doubey et Guillaume Martin pour Wanty Groupe Gobert.

Thibaut Pinot avait les jambes

Le peloton est emmené par Total Direct Énergie, et maintient l’écart aux alentours des trois minutes, un peu plus, un peu moins. À un peu moins de 100 km de l’arrivée, l’écart baisse fortement sous l’impulsion de Damien Gaudin (Total Direct Énergie). Le coureur, dont la commune d’origine se situe à une trentaine de minutes de La Haye-Fouassière, imprime un gros tempo. Cela a pour conséquence de ramener le peloton à moins de deux minutes. Mais lorsque son relais se termine, Benjamin Thomas lance une accélération dans le groupe de tête. Un flottement s’opère derrière, et l’avance des fuyards remonte à 3 minutes et 30 secondes.

La sélection s’opère par l’arrière. L’échappée perd quelques éléments, comme Marc Sarreau notamment. Plusieurs accélérations viennent troubler l’entente chez les coureurs de devant, sans avoir d’incidence sur l’écart. À 50 km du dénouement, celui-ci est toujours au-dessus des trois minutes. De quoi donner de l’espoir à ceux qui ont accroché le wagon, malgré le travail des hommes de Jean-René Bernaudeau. Les 23 coureurs encore en tête y croient, mais dans le peloton, la bataille commence.

C’est Anthony Turgis (Total Direct Énergie) qui lance la première banderille. Un quatuor se forme alors, avec Thibaut Pinot (Groupama – FDJ), Benoît Cosnefroy (AG2R) et Élie Gesbert. L’allure s’accélère une nouvelle fois, et les hommes de tête perdent leur avance, au point de n’avoir plus qu’une minute trente à 35 bornes, moment où les quatre poursuivants sont repris. Mais le groupe de tête à portée de main pour le peloton, cela donne des idées à d’autres.

Dernier tour de folie

Avant d’entamer l’avant-dernier tour, un nouveau coup sort du peloton. Dans ses rangs, le champion de France sortant, Anthony Roux, accompagné par deux autres Groupama – FDJ : Matthieu Ladagnous, et Thibaut Pinot. Rémi Cavagna (Deceuninck – Quick-Step), à l’initiative, se retrouve aussi dans le groupe. Les AG2R s’agitent, et lancent la chasse. Mais celle-ci se désorganise, à la suite d’une chute, mettant à terre bon nombre d’éléments. La tête de course tient bon, et garde un peu plus d’une minute d’avance sur les poursuivants, parmi lesquels Thibaut Pinot est intenable. À l’entame du dernier tour, le leader de la Groupama – FDJ est en chasse, avec Pierre Rolland dans sa roue. Ils naviguent à 45 secondes d’un groupe où ils ne sont plus qu’une douzaine à résister.

Les réactions après la course

L’ultime boucle est haletante. Échappés depuis plus de 200 km, ils tentent, tour à tour, de se défaire de leurs compagnons. Valentin Madouas le premier. Il se montre le plus rumuant. Paul Ourselin également, lance une offensive, suivi par Warren Barguil. C’est dans le dernier passage du mur de Saint-Fiacre que Valentin Madouas semble prendre la mesure de ses adversaires. Il compte, seul, cinq secondes d’avance sur les six derniers coureurs du groupe matinal. Pinot, lui, ne reprend rien. À moins de 5 km, il comprend qu’il ne reviendra pas, et coupe son effort.

Madouas repris, il reste quatre kilomètres. Guillaume Martin tente à son tour, mais ne fait pas l’écart. Puis, c’est Barguil qui en place une. Dans la dernière bosse, le coureur d’Arkéa – Samsic semble avoir fait le plus dur, mais il coupe son effort. Tous sont cuits. Touzé et Simon, deux coureurs de Cofidis, peuvent faire jouer le surnombre, alors qu’un sprint se profile. Simon et Tulik semblent alors au coude à coude. Et entre les deux, Warren Barguil surgit. Le Breton l’emporte. C’est son premier titre national chez les professionnels.