[dropcap size=small]N[/dropcap]ous l’avons appris il y a peu, la nouvelle équipe de Marianne Vos et Katarzyna Niewiadoma s’appellera Fortitude Cycling prenant ainsi la suite de la Rabobank, désireuse de prendre du recul au sein du monde de la « Petite Reine ». Depuis son retour dans le peloton féminin en 2012, la formation sponsorisée par la plus célèbre des banques néerlandaises a laissé une emprunte indélébile dans le cyclisme féminin, au point même d’être en partie responsable de son développement.

2012 : Le début de règne

VALKENBURG, NETHERLANDS - SEPTEMBER 22: Marianne Vos of the Netherlands celebrates winning the Elite Women's Road Race on day seven of the UCI Road World Championships on September 22, 2012 in Valkenburg, Netherlands. (Photo by Bryn Lennon/Getty Images)
(Crédit photo : Bryan Lennon/Getty Images)

2012 est une année charnière, c’est en quelque sorte le changement de politique de la Rabobank qui vit sa dernière année chez les hommes après 17 saisons de bons et loyaux investissements et qui fait son retour dans le cyclisme féminin, après y avoir déjà jeté son dévolu durant les années 90. L’équipe, dirigée  alors par le double vainqueur d’étape sur les routes du Tour de France, Jeroen Blijlevens, prend la succession de la Nederland Bloeit et garde du même coup sa colonne vertébrale, celle qui lui a permis de triompher à 4 reprises lors des 5 dernières Coupes du Monde : le duo Marianne Vos (lauréate en 2007, 2009, 2010) – Annemiek van Vleuten (lauréate en 2011). A cela s’ajoute Sarah Düster et Liesbet De Vocht qui vont être avec Vos et van Vleuten, les 4 dernières survivantes de la désormais défunte Nederland Bloeit.

C’est une équipe à forte consonance néerlandaise qui voit le jour en 2012. En effet, pas moins de 8 des 13 coureuses qui la compose proviennent du pays des tulipes : Thalita de Jong, Roxanne Knetemann, Iris Slappendel, Sabrina Stultiens, Rebecca Talen, Annemiek van Vleuten, Sanne van Paassen et Marianne Vos. Les 3 autres coureuses (en plus de Sarah Düster et Liesbet De Vocht) sont un mélange d’insouciance et d’expérience puisque les talentueuses Lauren Kitchen et Pauline Ferrand-Prévot, ainsi que la solide rouleuse Tatiana Antoshina viennent compléter les rangs d’une formation qui a déjà de l’allure sur le papier.

C’est comme un symbole, à l’occasion de l’ouverture de la Coupe du Monde, qui avait lieu à domicile lors du Tour de Drenthe que la Rabobank va triompher pour la première fois, par l’intermédiaire de son emblème : Marianne Vos, qui l’emporte au sprint. D’ailleurs, une certaine Pauline Ferrand-Prévot viendra compléter le top 10 de l’épreuve, confirmant ainsi les espoirs placés en elle suite à ses bons résultats acquis chez les jeunes. La même Vos, alors aux prémices d’une année historique, s’adjugera, au lendemain de son premier succès de la saison, la Novilon Eurocup. Deux semaines plus tard, la Néerlandaise remet ça lors du Trophée Alfredo Binda, qu’elle remporte en solitaire cette fois-ci, et conforte par la même occasion son avance au  classement général de la Coupe du Monde qu’elle s’en va remporter pour la 4ème fois. L’ouragan Vos se calme quelque peu durant la période avril-mai. En effet, un rhume vient l’empêcher de prendre part au Tour des Flandres qui est alors l’une des rares courses qui manque à son palmarès, et voit son règne sur la Flèche Wallonne prendre fin, la faute à une Evelyn Stevens des grands jours sur les pentes du Mur de Huy. Sur le Ronde, c’est Pauline Ferrand-Prévot qui est la première coureuse de son équipe, la Champenoise termine aux portes du top 10 d’une course remportée par Judith Arndt. Par la suite, Annemiek van Vleuten va prendre le relais de la Cannibale Vos. La lauréate sortante de la Coupe du Monde triomphe lors du Prijs Stad Roeselare et s’adjuge deux des trois étapes du Festival Luxembourgeois du cyclisme féminin Elsy Jacobs dans lequel elle  prend la 2ème place, battue par Marianne Vos justement… S’en suit alors un triplé retentissant lors du GP Comune di Cornaredo. Iris Slappendel réalise alors un numéro pour l’emporter devant ses leaders, cela deviendra une marque de fabrique, notamment en 2014. Entre temps, Liesbet de Vocht avait levée les bras à deux reprises chez elle à l’occasion du Knokke-Heist – Bredene (où la Rabobank avait placé deux autres de ses coureuses dans le top 5) et du Gooik-Geraardsbergen-Gooik. Le mois de mai s’achèvera par deux nouvelles victoires d’Annemiek van Vleuten lors du Parkhotel Valkenburg Hills Classic (remporté devant Marianne Vos) et au 7-Dorpenomloop Aalborg (où trois autres Rabobank figureront dans le top 10). Van Vleuten s’adjuge également la 4ème étape de l’Emakumeen Euskal Bira après avoir réglé Emma Johansson et Trixi Worrack. Elle finira même à la 3ème place de l’épreuve finalement remportée par l’Allemande Judith Arndt. Quatre jours plus tard, Iris Slappendel continue de satisfaire son sponsor en étant la plus rapide lors du prologue du Rabo Ster Zeeuwsche Eilanden dans lequel elle doit se contenter d’une 4ème place au final. Arrive alors les championnats nationaux, et ce sont deux maillots bleu-blanc-rouge qui viennent embellir la formation néerlandaise, le premier acquis lors du championnat de France contre la montre par Pauline Ferrand-Prévot, le second sur la course en ligne du championnat des Pays-Bas écrasé par le duo van Vleuten-Vos (c’est la première citée qui fut titrée). L’avantage de ces championnats nationaux c’est qu’ils présentent-là un bon entraînement pour la plus grosse course du calendrier : le Giro Donne, un Tour d’Italie qui va être dévoré par la seule Marianne Vos qui va écoeurer toute concurrence, remportant 5 des 9 étapes et conservant ainsi son titre acquis un an plus tôt. Par la suite, juste avant de s’envoler pour Londres afin de mettre fin à cette malédiction qui la touche avec le maillot « Oranje, » puisqu’elle a toujours échoué à la 2ème place lors des cinq derniers Championnats du Monde à la 2ème place Marianne Vos passe par la case Tour du Limousin dans lequel elle gagnera 2 des 4 étapes et où seules Anna van der Breggen et Lucinda Brand trouveront la solution pour battre la Merckx féminine, les mêmes Brand et van der Breggen qui participeront activement, quelques années plus tard, aux grandes heures de la Rabo-Liv. En mission durant cette année de fin du monde, la championne du monde 2006 parvient à décrocher l’Or Olympique pour la seconde fois de sa carrière (elle avait été titrée lors de la course aux points à Pékin) en réglant Elizabeth Armitstead et Olga Zabelinskaya au sprint, mettant ainsi fin à cette fameuse malédiction qui touche tant de Néerlandais qui, malgré leur domination, sont victimes de leur force et échouent régulièrement au moment de franchir la dernière marche. De Londres à la lumière il n’y a qu’un pas et il mène en Suède, à Vargarda plus précisément où Iris Slappendel poursuit sa belle saison en remportant sa première manche de la Coupe du Monde en devançant Hanka Kupfernagel et la nouvelle championne Olympique désireuse d’asseoir son avance au classement de la Coupe du Monde. Six jours plus tard, Marianne Vos remet le couvert à Plouay où elle s’adjuge, pour la première fois de sa carrière, la seule classique française figurant au calendrier World Tour aussi bien chez les hommes que chez les femmes, comme un symbole, c’est en Bretagne que la Rabobank remporte sa 29ème victoire de la saison. Van Vleuten suivra en s’adjugeant le prologue du Tour de Toscane, quant à Vos, après s’être préparée sur le Ladies Tour dans lequel elle a gagné 2 étapes, en plus du général, c’est avec une immense pancarte de favorite qu’elle abordait les Championnats du Monde, ses Championnats du Monde, dans le temple du cyclisme néerlandais à Valkenburg : l’ascension du Cauberg, final de l’Amstel Gold Race (qui s’ouvrira d’ailleurs aux dames en 2017). Auréolée de son titre Olympique, la Cannibale réalise l’exploit que Nicole Cooke avait fait quatre ans plus tôt, lui privant alors d’un deuxième sacre en arc-en-ciel, Vos s’impose en patronne et brandit ce drapeau néerlandais, la malédiction Oranje est rompue.

2012 aura donc posé les bases d’une équipe devenue mythique dès sa première saison et aura permis, par la même occasion à Marianne Vos de renforcer sa légende mais à force de gagner autant, l’indigestion devrait commencer à se sentir. En effet, nombreux sont les sportifs qui sont rentrés dans le rang après une année où tout leur souriait. Passée l’heure du règne, il était temps d’agrandir l’empire.