L’an I après Tom Boonen. Il s’agit en effet de la première campagne flandrienne sans Tommeke depuis seize ans, l’ombre du belge reste néanmoins toute proche, la semaine dernière l’équipe Lotto-Soudal annonçait que le quadruple vainqueur de Paris-Rouaix allait assurer pour eux un rôle de conseiller et d’ambassadeur. Le destin de Boonen est assez particulier sur les deux courses qui composent le week-end d’ouverture de ces classiques et semi-classiques flandriennes. Si il est le recordman des victoires, trois succès (2007, 2009 & 2014) sur Kuurne-Bruxelles-Kuurne, le Het Nieuwsblad (anciennement Het Volk) s’est toujours refusé à lui, échouant de très peu à de nombreuses reprises (7 top 10 dont 4 podiums). Mais un autre belge focalise l’attention au départ de Gand, en l’absence de Peter Sagan, tous les regards sont tournés vers Greg Van Avermaet. Brillant au printemps 2017 le coureur de la BMC est en passe de réaliser le triplé sur l’Omloop Het Nieuwsblad et de devenir le premier coureur à réaliser cette performance, à la condition de lever les bras à Merelbeke.

La 73e édition du Het Nieuwsblad innove, ou recycle c’est selon, les derniers 60 kilomètres de la course sont quasiment identiques au final du Tour des Flandres tel qu’il était jusqu’en 2011, plaçant donc le Mur de Grammont et le Bosberg dans les 15 derniers kilomètres mais faisant craindre à certains une course moins emballée. Trois petits degrés au thermomètre mais dix courageux qui prennent l’échappée matinale dont les deux belges de la Cofidis Kenneth Vanbilsen et Michael Van Stayen ainsi que le jeune danois Michael Carbel de Fortuneo-Samsic. À 77 kilomètres de l’arrivée le premier à bouger est Philippe Gilbert, même si le pensionnaire de la Quick Step semble plus avoir envie de se tester que réellement de dynamiter le peloton. Il est imité peu après par Zdenek Stybar, preuve de la multitude d’options dont dispose l’équipe de Philippe Lefévère et de son envie de peser sur la course avec un Dries Devenyns menant le peloton.

Il faut attendre le Molenberg pour que le rythme de la course devienne plus soutenu, une accélération de Greg Van Avermaet avec dans la roue Bryan Coquard et Zdenek Stybar fait se détacher un groupe de favoris comprenant Wellens, Démare ou encore le champion de Belgique Naesen. C’est alors un de ses coéquipiers qui fait parler de lui : Silvan Dillier place une attaque. Un peu éclipsé par le transfert de Tony Gallopin l’arrivée du champion de Suisse reste néanmoins une très belle addition au collectif d’AG2R La Mondiale, capable de briller sur plusieurs terrains, très bon rouleur et équipier de qualité, Dillier sera à surveiller au cours de cette saison.

Astana menacée, mais à la bagarre!

L’ancien coureur de la BMC est vite repris par le peloton qui fond ensuite sur le reste de l’échappée matinale dont le seul rescapé se nomme Aleksejs Saramontins, le coureur de Bora-Hansgrohe. Tour à tour vont alors attaquer deux coureurs de la Lotto-Soudal : Tim Wellens puis Tiesj Benoot, le second se détache finalement, comptant 30 secondes d’avance sur un groupe où l’on trouve les principaux favoris (Van Avermaet, Vanmarcke, Colbrelli, etc) au sommet du Valkenberg. La chasse est alors menée par AG2R La Mondiale et son trio Denz, Gougeard, Vandenbergh. Les ciel et terre relayés par Astana en tête de ce groupe, après avoir repris Benoot, ce peloton arrive groupé au pied du Mur de Grammont. La formation kazakhe dont l’existence dans le peloton professionnel semble menacée, dû à des problèmes financiers avec le non-versement des subventions du gouvernement du Kazakhstan, montre le maillot et roule fort en tête de course.

Jempy Drucker lance alors les hostilités mais c’est surtout Sep Vanmarcke qui prend les devants et bascule en tête, rejoint peu après par Zdenek Stybar. Fausse alerte, la jonction se fait rapidement sous l’impulsion de Naesen. Le Bosberg ne changera pas la donne. Une douzaine de coureurs filent donc vers la ligne d’arrivée, s’observent, ne sachant trop quoi faire. Le premier à essayer se nomme Michael Valgren, vite repris ; Vanmarcke tente à son tour, même punition. Peu après Valgren retente sa chance, personne dans le groupe ne se décide alors à prendre en chasse le danois d’Astana, lui laissant le champ libre pour rallier la ligne d’arrivée le premier. Derrière lui Lukas Wisniowski termine deuxième et Sep Vanmarcke, dont il doit se demander quelle malédiction le poursuit, complète le podium.

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On prend les mêmes et on recommence, la liste des participants est quasiment identique à celle de la veille pour ce Kuurne-Bruxelles-Kuurne, le froid intense est lui aussi toujours de la partie. La course se joue là aussi dans un lieu mythique du Ronde, à 86 kilomètres de l’arrivée dans le Vieux Quaremont, le peloton se scinde en deux avec dans le premier groupe les favoris dont Van Avermaet, Stuyven ou encore Arnaud Démare, le champion de France qui si il a raté le bon coche hier a souvent été en tête de groupe et semble être en bonne forme, il effectue d’ailleurs de longs relais pour ce groupe dont ne fait pas partie Olivier Naesen, gêné par un chute.

Comme hier le collectif Astana se met en évidence et roule pour rattraper le groupe des favoris malgré la présence dans celui-ci d’un de ses coureurs, Truls Korsaeth. Il faut dire que les deux leaders Cort Nielsen, auteur d’un bon début de saison, et Valgren se sont fait piégés. Le dernier mont de la journée le Nokereberg voit Jasper Stuyven et Daniel Oss se détacher, le duo compte jusqu’à 45 secondes d’avance sur le peloton mais une crevaison de Daniel Oss à 33 kilomètres de l’arrivée. Stuyven, 4e hier, vainqueur en 2016 et 2e en 2017 poursuit son effort. Derrière chutent Lutsenko et Cort Nielsen, Astana relâche ainsi son effort mais est relayée par Lotto-Soudal qui reprend le belge de Trek-Segafredo à 19 kilomètres du terme de la course.

On reparlera de Wisniowski

À 10 kilomètres de l’arrivée Julien Duval tente sa chance. Si AG2R ne signe pas de résultat significatif sur ce week-end d’ouverture il faut noter leur capacité à être acteur ou en tout cas peser sur la course, où chaque coureur s’est mis en évidence avec notamment Gediminas Bagdonas et Nico Denz sur ce Kuurne-Bruxelles-Kuurne. Duval est rejoint par Julien Vermote, ex-Quick-Step et recrue de Dimension Data puis par Loïc Vliegen. Malgré un écart très faible le trio résiste alors que derrière la FDJ met en route. Vermote essaye de sortir au kilomètre mais cette édition 2018 de Kuurne-Bruxelles-Kuurne se jouera au sprint, c’est Arnaud Démare qui lance le premier mais il a dans sa roue Dylan Groenewegen, plus rapide, qui vole vers sa quatrième victoire de la saison. Deuxième place pour le champion de France, Sonny Colbrelli, huitième hier, se hisse sur la dernière marche du podium et peut remercier Bahrain-Merida auteur d’un gros travail sur ses deux jours. Belle surprise de ce week-end, le coureur de la Sky Lukas Wisniowski fait huitième.

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Il est souvent attendu que Kuurne-Bruxelles-Kuurne se termine par une victoire au sprint mais celle-ci était incertaine jusqu’au dernier vu le déroulement de la course, bien plus surprenante et palpitante que le Het Nieuwsblad de la veille. Petit week-end pour les formations belges Quick-Step et Lotto-Soudal, avec en cumulé un seul top 10 sur les deux courses (Philippe Gilbert 5e sur le Het Nieuwsblad). Déception et incompréhension pour Greg Van Avermaet, si le champion olympique a été un acteur clé et toujours en tête sur les deux courses, il a totalement disparu dans le final finissant les deux courses au-delà de la 50e position. Heureusement pour lui les occasions de se rattraper et de lever les bras ne risquent pas de manquer dans les semaines à venir, avec les Strade Bianche dès samedi prochain où il avait finit deuxième l’an passé.