[dropcap size=big]O[/dropcap]n avait tout lu, tout entendu. Ce mondial au Qatar devait être une catastrophe, le symbole du vélo fric, l’UCI étant accusé de ne vouloir prendre qu’un gros chèque en attribuant les championnats du monde 2016 à la ville de Doha. Il faut dire que bon nombre d’arguments sont venus confirmer cette impression, comme ce compromis au niveau du calendrier pour qu’il puisse se dérouler dans de bonnes conditions. Certes, dans des proportions moindres que la coupe du monde de football que la FIFA décalera au cœur de l’hiver en 2022, afin que les rencontres se disputent sous une météo acceptable, l’UCI a donc déplacé ses championnats du monde à la mi-octobre, histoire d’éviter la fournaise que le Qatar subit aux dates habituelles du mondial sur route. Jusqu’au dernier moment d’ailleurs, on a pu craindre des aménagements pour la course élite qui faillit bien être réduite au rang de quasi critérium, toujours à cause de cette chaleur qui risquait de nous priver de désert, en guise de hors d’œuvre de l’épreuve reine.

Avouons-le, jusqu’à ce dimanche, nous étions nombreux parmi les esprits chagrins à aller dans ce sens. Il faut dire que le circuit tracé sur le site de la Perle du Qatar à Doha était de l’avis de tous, terriblement insipide et même indigne d’une course au maillot arc-en-ciel. Mais fort heureusement, John Lelangue, mandaté par le comité d’organisation pour tracer les épreuves, eut la bonne idée pour la course élite d’aller faire une boucle dans le désert donc, histoire d’aller tâter le terrain qui fait du tour du Qatar en début de saison, une course si singulière que les flahutes aiment bien arpenter pour se préparer aux joutes printanières. C’est donc dans cette partie en ligne de 150 kilomètres que s’est dessiné le scénario final de ce championnat du monde élite 2016, avec un coup de bordure magistral, mais tellement prévisible en voyant le vent souffler en début d’épreuve.

C’est une vraie partie de manivelles qui a permis de dégager une grosse vingtaine de prétendants seulement au maillot arc-en-ciel alors qui restait plus de 170 kilomètres à parcourir, dans laquelle manquèrent l’ensemble des forces vives du contingent tricolore, à l’exception du seul William Bonnet, dont nous aurions aimé qu’au moins un de ses deux leaders (Démare et Bouhanni) ne quitte pas la roue arrière de la journée, histoire de se mêler à cette très belle bataille. C’est finalement pour nous le seul regret de cette belle journée de vélo, le fait que les leaders tricolores n’aient pu faire en sorte d’être en position de figurer dans le meilleur éventail. Voilà qui alimentera le moulin de ceux qui firent de la composition de l’équipe nationale, un débat d’envergure.

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© UCIDoha2016 / Pauline Ballet

Saluons plutôt l’équipe belge qui depuis longtemps avait décidé que ce mondial qatari ne devait pas s’offrir aux seuls sprinteurs, avec à sa tête un valeureux Tom Boonen dont certains auraient aimé cette année qu’un cinquième Paris-Roubaix ou un deuxième titre mondial ornent un palmarès déjà prestigieux. Une équipe d’outre-Quiévrain qui crut jusqu’au bout en Tommeke, le champion olympique Greg Van Avermaet compris, faisant en sorte de garder uni le groupe de tête sur le circuit final de Doha pour favoriser une arrivée et ce, en dépit de la présence de Cavendish dans le groupe de tête. Hélas pour eux, c’était sans compter sur l’homme de la saison cycliste, nous parlons bien évidemment de Peter Sagan.

Nous savons que depuis bientôt vingt ans il est difficile de porter aux nues ceux qui dominent notre sport, mais force est de constater que le charisme de Peter Sagan arrive à nous faire passer outre ces retenues que nous avons pu observer depuis le début du vingt-et-unième siècle. Il n’y à que voir le slovaque sur un vélo, partir à l’offensive par exemple pour consolider un maillot vert qu’il chipe depuis 2012 aux purs sprinteurs sur le Tour de France, ou encore faire la décision sur les pentes du Paterberg lors du dernier Tour des Flandres pour cueillir son premier monument. Mais à côté de cela, et depuis son titre mondial à Richmond l’an passé, Sagan est devenu un gagnant hors pair. Jamais depuis Boonen, un champion du monde n’avait été aussi prolifique. Quatorze victoires cette saison, en comptant son deuxième sacre mondial, le tout assorti du port du maillot jaune sur le Tour de France, voilà de quoi faire voler en éclat la fameuse malédiction du maillot arc-en-ciel. Certains regretteront son choix d’aller sur le VTT lors des derniers Jeux Olympiques plutôt que sur la route, dans une course remportée par son meilleur ennemi, Greg Van Avermaet. Mais ne le regrettons pas, bien au contraire, laissons ce type considérer le cyclisme comme un jeu. C’est parce qu’il donne l’impression qu’il n’a rien à perdre qu’il nous régale quasiment à chaque fois qu’il se retrouve en course. La victoire de Sagan au Qatar, c’est le point d’orgue d’une journée où les détracteurs de ces mondiaux cru 2016 se sont finalement mis le Doha dans l’œil .