En s’imposant, dimanche 14 avril, sur le vélodrome de Roubaix, le Belge Philippe Gilbert a empoché son quatrième monument. Il ne lui reste désormais que Milan-San Remo a mettre dans son palmarès pour rentrer encore un peu plus dans l’histoire de son sport.

En 2011, quand il triomphe chez lui, à Liège, sur la Doyenne des classiques, rares sont ceux qui l’imaginaient, huit ans plus tard, lever les bras sur le vélodrome de Roubaix. Sauf lui, peut-être. Une époque qui semble loin, mais pas tant que ça. Philippe Gilbert était alors dans ses années fastes. Il signait, en 2011, le triplé en gagnant l’Amstel Gold Race, la Flèche Wallonne, et Liège-Bastogne-Liège. Devant un public acquis à sa cause, le coureur belge mettait la main sur son deuxième monument, après avoir conquis à deux reprises le Tour de Lombardie.

Et le revoilà, huit ans plus tard. Le visage un peu vieilli, mais pas tant que ça. Philippe Gilbert continue d’engranger et d’ajouter des lignes à son palmarès. Et quelle ligne ! Sur ce Paris-Roubaix 2019, l’ancien champion du monde était le plus fort. En menant une offensive à un peu plus de soixante bornes de l’arrivée, il a lancé, indirectement les hostilités. La tête de course, il ne l’a plus jamais quittée. Et, deux heures plus tard, c’est lui qui réglait Nils Politt et levait les bras, devant un public chaud bouillant, dans le froid du Nord.

91e de la Flèche Wallonne en 2016

Et donc, il y a huit ans, Philippe Gilbert semblait loin de ce succès sur l’Enfer du Nord. Réputé puncheur, il brillait sur les Ardennaises, et autres arrivées en côtes. Au moment où sa carrière traversait une phase plus délicate, il ne paraissait plus dans les hauteurs des classements. En 2016, il termine 81e de l’Amstel, 91e de la Flèche Wallonne, et ne participe pas à Liège-Bastogne-Liège. Il reprend le titre de champion de Belgique, avant de partir de chez BMC pour rejoindre Quick-Step. Une renaissance, une fois !

2017 sonne le retour aux affaires de Gilbert. Avec son maillot de champion national, il s’offre la classique si chère aux Belges, si chère aux Flandriens. Un troisième monument, en enlevant le Tour des Flandres, après un raid solitaire d’une cinquantaine de kilomètres. De quoi faire naître d’autres espoirs. Car les grands champions ne meurent jamais. En 2018, il vient sur Paris-Roubaix pour la deuxième fois de sa carrière. Il tente, dans la trouée d’Aremberg. De trop loin, sans doute. Il tombe sur trop fort. Parti trop tôt.

Le parapet, puis le pavé

Et sa carrière, elle aurait pu prendre un tout autre tournant, lorsque sur le Tour de France, alors à l’attaque, il rate une trajectoire, heurte un parapet, et subit une vilaine chute. Il aurait pu voir ses espoirs s’envoler. Mais le Belge s’accroche, et revient, encore plus fort. Jusqu’à ce dimanche froid d’avril. Où Philippe Gilbert a glané un nouveau monument. Le quatrième différent. De quoi rendre heureux une grande partie des suiveurs. Lui, le Belge, reste l’un des coureurs les plus aimés dans le peloton. Sa victoire sur le vélodrome résonne comme un succès pour le cyclisme. Et Philippe Gilbert, lui, s’affirme comme étant un monument à lui tout seul.