Demain nous attaquerons le mois d’avril, un mois sacré en cyclisme avec ses classiques de printemps. Tout au long de celles-ci, le Dérailleur vous propose de partir en pèlerinage sur les lieux mythiques de ces courses qui font la légende de ce sport. Premier rendez-vous avec le Vieux Quaremont un des monts incontournables du Tour des Flandres.

Si le cyclisme doit être considéré comme une religion, il n’est pas incongru de se considérer en quinzaine sainte à l’occasion des flandriennes. Ce dimanche, c’est jour de grand-messe avec le célèbre «Ronde Van Vlaanderen», le Tour des Flandres. Difficile pour le Ronde de choisir un lieu mythique, tant son parcours et son histoire en est parsemé avec notamment, le Mur de Grammont, le Koppenberg, le Taaienberg etc… Désormais placé dans le final, le Vieux Quaremont fait évidemment parti de ces lieux emblématique de l’épreuve, comme nous le raconte Jacky Durand qui nous servira ici de guide. Qui mieux que le mayennais incarne aujourd’hui en France, le Tour des Flandres? Il est avec Louison Bobet (1955) et Jean Forestier (1956), le seul français à s’être imposé là-bas. Consultant sur Eurosport depuis 2005, Jacky connaît cette classique sur le bout des doigts.

« C’est le plus emblématique des Flandres, car il est utilisé sur de nombreuses épreuves. Ce n’est pas le plus pentu mais le plus long, ce qui le rend usant. » 

Situé dans les Ardennes Flamandes, sur la commune de Kluisbergen et sur le massif des Monts des Flandres, le Vieux Quaremont (Oude Kwaremont en version originale) est un mont atypique. Alors que les Koppenberg, Mur de Grammont ou Paterberg se signalent par une montée courte mais très pentue, le Vieux Quaremont ne se distingue pas par la forte déclivité de sa pente (4,2 % de moyenne seulement), mais par la longueur de celle-ci (2200 mètres). Si les 600 premiers mètres sont asphaltés, il s’en suit un secteur pavé (classés depuis 1993) de 1600 mètres. Pour Jacky Durand, c’est un mont à part : « C’est le plus emblématique des Flandres, car il est utilisé sur de nombreuses épreuves (Tour des Flandres, Het Nieuwsblad, Kuurne-Bruxelles-Kuurne, le GP E3 ou encore à Travers la Flandre jusque l’an dernier). Ce n’est pas le plus pentu mais le plus long, ce qui le rend usant. » Présent sur le Tour des Flandres depuis 1974, il a d’abord ouvert le secteur stratégique des monts sur le Tour des Flandres. Dans les années 80, il fut souvent situé entre le Molenberg et le Koppenberg, avant d’être suivi ensuite, dans les années 90 par le Paterberg, ce qui en fit un enchaînement redoutable et écrémant singulièrement le peloton. Depuis 2012 et le changement de parcours, il est escaladé à 3 reprises dont 2 fois dans les 55 derniers kilomètres, enchaîné d’abord avec le Paterberg et le terrifiant Koppenberg puis, avec le seul Paterberg lors du dernier passage « Dans les années 90, le Vieux Quaremont pouvait désigner ceux qui perdaient le Tour des Flandres. Aujourd’hui, même s’il n’est peut-être pas le mont le plus décisif, son enchaînement dans le final avec le Paterberg fait qu’à son somment on sait quasiment qui sera le vainqueur » nous dit Jacky Durand.

« En 2012 pour fêter les 20 ans de ma victoire aux Flandres, j’ai participé à la cyclo organisée la veille de la course. Et là, j’ai fait un truc que je ne pouvais pas faire en tant que coureur. Dans l’ascension du Quaremont, je me suis arrêté au bar installé pendant le week-end pour y boire une bonne bière. C’était un moment vraiment sympa.»

Participant une première fois au Tour des Flandres en 1991, Jacky Durand a gardé un mauvais souvenir de sa première rencontre avec le Vieux Quaremont « Dans le peloton, ça se battait comme des chiffonniers pour être bien placé. Cela roulait vite et frottait énormément, ensuite on subissait l’ascension et au sommet, on faisait les comptes. J’étais très loin pour ma part et j’ai mis la flèche au 2ème ravitaillement ». L’année suivante, hors de question pour Durand de subir à nouveau le passage au Quaremont « J’en avais tellement eu peur en 1991 et eu de mauvais souvenir, qu’en 1992 je voulais me glisser dans l’échappée matinale et avoir 4 ou 5 minutes d’avance pour aborder ce mont. » Un objectif atteint dès la première heure de course. Durand se retrouvant échappé avec le suisse Thomas Wegmuller et les belges Hervé Meyvisch et Patrick Roedlandt, ce dernier étant très vite lâché. Rapidement l’échappé prend beaucoup de champs, jusqu’à 21 minutes d’avance au 110ème kilomètre et Durand pouvait affronter sereinement ce mont qui l’avait tant fait souffrir l’année précédente : « Au pied, j’étais soulagé de le monter plus tranquillement et dans l’ascension j’ai été pris de frissons, nous raconte-t-il. Le Vieux Quaremont est le mont où il y a le plus de spectateurs au bord de la route. Certains sont là depuis tôt le matin et certains carburent beaucoup à la bière, si bien que leur voix porte très loin ! Et bien que nous devancions les ténors nous étions follement encouragés et paradoxalement, alors que je commençais à être fatigué au pied, je n’avais plus mal aux jambes dans la montée tant on était portés par les spectateurs ! »

Quand on demande aujourd’hui à Jacky Durand, un mot pour caractériser le Vieux Quaremont, sa réponse fuse : « La fête ! Bien que les coureurs, eux, n’y soient pas à la fête glisse-t-il, malicieusement. Là-bas, il y a une ambiance de folie ». Pour illustrer ses propos, Jacky Durand nous livre une dernière anecdote savoureuse. « En 2012 pour fêter les 20 ans de ma victoire aux Flandres, j’ai participé à la cyclo organisée la veille de la course. Et là, j’ai fait un truc que je ne pouvais pas faire en tant que coureur. Dans l’ascension du Quaremont, je me suis arrêté au bar installé pendant le week-end pour y boire une bonne bière. C’était un moment vraiment sympa.» Une façon, comme une autre, de communier avec ces fans qu’on imagine encore très nombreux ce dimanche sur les pentes de ce mont de légende. Sans doute vérifieront-ils si le Vieux Quaremont désigne le successeur de Philippe Gilbert, auteur d’une véritable démonstration l’an dernier sur les pavés du Ronde.

Propos de Jacky Durand recueillis par l’auteur en mars 2015 pour le compte du site vélopro.fr (remerciements à Antoine Plouvin de nous permettre de les reprendre pour la réalisation de cet article)