Dans une histoire riche d’une centaine d’éditions, de nombreux duels ont émaillés la légende du Tour de France.

Alors que l’on s’attend à en vivre un, durant le 101ème Tour de France qui s’élance demain, opposant Froome et Contador, le dérailleur vous propose de vous replonger  50 ans en arrière, avec un un duel qui marqua à jamais l’histoire du Tour, celui qui opposa Jacques Anquetil et Raymond Poulidor. Ce duel allait diviser la France en deux et allait offrir un scénario incroyable au Tour de France.

Les prémices du duel

Au contraire d’un Eddy Merckx ou d’un Bernard Hinault plus tard, Jacques Anquetil ne prétendait pas tout gagner. Mais comme le rappelait le journaliste Pierre Chany, lorsque le normand se fixait un objectif, il détestait le rater. En cette année 1964, il prit pour but de remporter le Tour d’Italie, avant de songer au doublé Giro-Tour que seul Fausto Coppi avait réussi jusque-là et que Maître Jacques avait loupé en 1961. Cette année-là, il échoua dans le Tour d’Italie avant de gagner le Tour de France et il ne se le pardonnait pas. En visant un tel doublé, Anquetil veut affirmer sa supériorité sur le cyclisme international et…national. Et oui, dans l’hexagone un coureur s’affirme de plus en plus, Raymond Poulidor. Le limousin, 3ème du Tour en 1962 (parcouru  pour moitié,  la main plâtrée), sifflé en 1963 au Parc des Princes l’année suivante, devient le chouchou du public. Au contraire d’un Anquetil, dont les victoires à outrances suscitaient plus d’envie que d’admiration, Poupou le besogneux, perdant magnifique, s’attirait déjà tous les suffrages. Ce qui avait le don d’irriter Anquetil.

La métamorphose de Poulidor

Mais en 1964, Poulidor commençait à meubler sérieusement son palmarès. Au Critérium National, couru à Revel, il s’offre un succès de prestige là où Anquetil abandonne, au sommet du col de Mallemort. Ensuite, l’élève d’Antonin Magne se rendit sur le Tour d’Espagne où il s’appliqua à user la méthode Anquetil. Poulidor mit au placard le panache, pour laisser place au calcul. Il laissa à ses adversaires le sens de l’initiative et se contenta de les contrôler avant de les battre contre-la-montre. Façon Anquetil vous dis-je et cela fut une réussite. Poulidor s’empara de la Vuelta et la méthode utilisée par ce dernier, n’échappa point à Anquetil qui commençait à modifier son opinion sur son adversaire

Le défi d’Anquetil

Si Poulidor monte en puissance, le normand file en Italie à la conquête du Tour d’Italie. Un Giro des plus durs de l’histoire, une météo capricieuse et des adversaires remuants se chargeant de rendre la victoire d’Anquetil encore plus belle. Mais une victoire qui laissa des traces, son équipe dû s’employer comme jamais et lui-même s’employa dans les terribles Dolomites pour assurer sa victoire. A quelques jours du Tour, beaucoup pensait que cette débauche d’énergie serait préjudiciable. Lui-même le reconnaissait : « Dans l’état où nous sommes, il ne faudra pas compter sur moi pour contrôler la course. Moi je viens de gagner le Giro et ceux qui voudront du maillot jaune, devront se retrousser les manches. Que l’on ne compte pas sur nous pour tirer le tapis. Je suis disposé à perdre ! »

Un parcours de costauds

De Rennes au Parc des Princes, la course proposait un parcours très relevé avec 22 étapes, dont 3 chronos individuels. Des Alpes solides avec le Galibier par sa face nord, dans la terrible étape entre Thonon-les-Bains et Briançon ou encore Vars et Restefonds sur la route de Monaco. Les Pyrénées n’étaient pas en reste avec l’Envalira entre Andorre et Toulouse avant la classique Bagnères-de-Luchon – Pau avec  Peyresourde, Aspin, Tourmalet et Aubisque et ce, à la veille d’un chrono de 42,6 km entre Peyrehorade et Bayonne. Pour clôturer les festivités, on retrouvait  le Puy de Dôme et sa terrible arrivée au sommet deux jours avant le final au Parc des Princes, le 14 juillet. Un menu très corsé auquel on ajoutera des bonifications présente à chaque étape, y compris contre-la-montre, de quoi promettre une course échevelée.

Les forces en présence et l’ombre de la malédiction

132 coureurs prirent le départ de ce 51ème Tour de France répartis en 12 équipes de 11 coureurs. 5 françaises (St-Raphaël, Mercier-BP, Peugeot, Margnat-Paloma, Pelforth-Lejeune), 3 belges (Wiel’s, Solo-Superia et Flandria), 2 espagnoles (Kas et Ferrys), 1 hollandaise (Televizer) et 1 italienne (Salvarini). Et parmi les têtes d’affiches, outre Anquetil et Poulidor, nous retrouvions Bahamontes, Jimenez, Adorni, Van Looy, Anglade ou Simpson. Mais ce n’est pas cette belle brochette de beaux coureurs qui faisait peut-être moins peur à Jacques Anquetil, mais certainement le célèbre mage Belline. Avant le Tour de France, dans les colonnes du journal France-Soir, Belline annonça que Jacques Anquetil allait connaître un problème sur la route de la 14ème étape entre Andorre et Toulouse. Et même si le normand aime afficher sa maîtrise des événements, il se murmurait qu’il prenait très au sérieux les prédicitions du mage.

Tous les ingrédients étaient donc réunis pour nous offrir le Tour du siècle. Et les 3 semaines qui suivirent le démontrèrent. Rendez-vous le semaine prochaine, sur le Dérailleur avec les 8 premières étapes de ce Tour de France 1964

Ouvrages références « La fabuleuse histoire de Tour de France (Pierre Chany – Thierry Cazeneuve) éditions Minerva et le Compte-Tours (Serge Laget-Claude Maignan) éditions Ccommunication