Combien de coureurs se seraient remis à 37 ans d’une chute impressionnante entraînant une fracture de la rotule ? Combien de coureurs seraient revenus à leur meilleur niveau après une suspension de deux ans pour dopage ? Combien de coureurs arriveraient à rester au même niveau de performance chaque année depuis quinze ans désormais  ? Alejandro Valverde y arrive. C’est devenu une rengaine, une routine, Valverde gagne. De février à novembre, il gagne, encore et toujours. Et ce depuis le début de sa carrière professionnelle en 2003. Tel un phénix il arrive toujours à se réinventer, à réapparaître, à renaître de ses cendres à chaque fois.

D’une Klasika Primavera à l’autre ; en 2003 c’est sur cette épreuve espagnole que Valverde, alors sous les couleurs de la Kelme, lève les bras pour la première fois de sa carrière professionnelle. Dimanche dernier il finit deuxième de cette même course, privilège des grands, laissant la victoire à son coéquipier Andrey Amador. L’espagnol de la Movistar culmine à 117 victoires en professionnel, il est le troisième coureur en activité dans le classement du plus grand nombre de victoires total, seulement devancé par les sprinters André Greipel et Mark Cavendish, 146 bouquets chacun.

Mi phénix – Mi caméléon

Mais Valverde est également un caméléon, capable de s’adapter et d’être performant sur n’importe quel terrain. La preuve en est, son début de saison 2018 en boulet de canon. Vainqueur de courses à étapes avec le Tour de la Communauté de Valence, le Tour d’Abu Dhabi et le Tour de Catalogne, mais également sur les courses d’un jour : vainqueur du Grand Prix Miguel Indurain, 2e du Tour de Murcie, 4e des Strade Bianche ainsi qu’une 3e et 4e places sur deux manches du Challenge de Majorque. Il s’est même essayé à une épreuve flandrienne avec À Travers la Flandres. À l’avant tout le long de la course il franchit la ligne d’arrivée avec une très honorable onzième place. Un caméléon on vous dit.

Son palmarès est l’un des plus conséquents du XXIe siècle, dès son galop d’essai en 2003 Alejandro Valverde annonce la couleur : un podium ainsi que deux étapes sur la Vuelta et une médaille d’argent sur les championnats du monde d’Hamilton au Canada, épreuve du sacre de son coéquipier Igor Astarlosa. S’en suivent cinq victoires sur le Flèche Wallone, quatre sur Liège-Bastogne-Liège, deux Clásica San Sebastián, trois Tours de Catalogne, deux Critérium du Dauphiné, deux titres de champion d’Espagne, un Tour d’Espagne en 2009 avec au total sur la Vuelta neuf étapes et cinq podiums, une troisième place et une victoire d’étape à Andalo sur son seul Tour d’Italie en 2016 et quatre étapes sur la Grande Boucle avec un podium en 2015. Il est aussi le recordman des victoires finales sur le Classement ProTour/UCI avec quatre triomphes en 2006, 2008, 2014 et 2015. Une salle des trophées ne suffit pas pour le coureur ibérique, un château entier doit être nécessaire pour entasser toutes ces récompenses.

Le plus complet de sa génération

L’ancien coureur de la Caisse d’Épargne reste malgré tout indéfinissable. Est-ce un coureur de classiques ? Un grimpeur ? Un coureur de Grands Tours ? Un puncheur ? En fait il est tout ça à la fois et même encore plus avec des qualités de rouleur et une belle pointe de vitesse lors des arrivées en comité réduit. Alejandro Valverde est le coureur complet par excellence. Il est difficile de le comparer à un autre coureur tant ses caractéristiques semblent singulières. Lors des premières années de sa carrière, un autre coureur du même profil émerge en parallèle à savoir l’italien Damiano Cunego. Si l’italien semble plus précoce avec un Giro dans la poche dès 2004 et se démarque également sur les classiques Ardennaises, sa carrière semble prendre une pente descendante vers la fin des années 2000. Il est aussi possible de penser à Paolo Bettini mais le double champion du monde n’est pas un homme de cols ou de Grands Tours. Vincenzo Nibali lui aussi est présent du début au terme de la saison chaque année mais le Requin de Messine ne s’est jamais vraiment distingué sur les Ardennaises et affiche un palmarès bien plus garni sur les épreuves de trois semaines. Si l’on doit absolument trouver un jumeau à Valverde ce serait peut-être finalement Laurent Jalabert avec qui il partage un palmarès conséquent, un profil de coureur complet et cette faculté à être performant sur l’intégralité d’une saison.

Il aurait été possible de penser un temps à Joaquim Rodriguez mais celui-ci se distingue plus sur des pourcentages très élevés. Rodriguez, un temps coéquipier de Valverde à la Caisse d’Épargne, mais il n’arrive pas alors à se sortir de son ombre et file chez la Katusha pour enfin être le leader incontesté d’une équipe. Cette question du leadership semble également ne pas être tout à fait claire à la Movistar. Sur les éditions 2013, 2015 et 2016 du Tour de France l’équipe espagnole se présente avec Nairo Quintana en plus de Valverde sur la ligne de départ. En 2013 c’est la révélation de Quintana et Valverde alors victime de malchance se mue en équipier de luxe pour le colombien. Mais en 2015 et 2016 c’est justement Quintana qui est attendu pour le classement général, Alejandro Valverde est alors là pour l’épauler et saisir des occasions si elles se présentent. Mais à chaque fois l’espagnol semble ne pas assumer complètement ce rôle d’équipier, cherchant plus à obtenir lui aussi une bonne place au classement général que d’essayer des coups d’éclats pour déstabiliser ou mettre en danger Christopher Froome, vainqueur de ces deux éditions, et ainsi aider Nairo Quintana à revêtir le maillot jaune. Égoïsme d’athlète ou consignes d’équipes peu inspirées, cela reste à définir néanmoins. La Movistar va emmener ses trois leaders, Quintana, Valverde et le nouveau venu Mikel Landa, sur la prochaine Grande Boucle, difficile alors de ne pas les imaginer se marcher sur les pieds. Surtout que malgré ses trente-sept printemps Alejandro Valverde semble toujours autant d’attaque.

Au palmarès rempli cité plus haut il manque néanmoins une distinction. Même dans ses défaites l’espagnol établit des records. Valverde avec six médailles mondiales est le coureur de l’histoire avec le plus du podiums sur les Championnats du Monde, mais sans jamais réussir à s’emparer du maillot arc-en-ciel. Pourquoi ne pas changer la donne en septembre prochain à Innsbruck sur un terrain favorable aux grimpeurs. Il manque également une autre épreuve au palmarès du coureur espagnol à savoir l’Amstel Gold Race, ça tombe bien il peut y remédier aujourd’hui à Valkenburg.