Glens Falls, ce petit village de l’État de New-York d’environ quinze mille habitants, est une ville singulière aux États-Unis car si de prime abord sa faible population laisse supposer à une banale commune comme une autre, elle est considérée, d’après Look Magazine, comme le « Hometown USA » de par l’atmosphère régnant à l’intérieur des dix kilomètres carrés de la ville et de par les infrastructures qui la compose. C’est d’ailleurs dans cette ville qu’est né Edward C. Prescot, Prix Nobel de l’économie, en 2004, avec Finn E. Kydland « pour leurs contributions à la macroéconomie dynamique sur l’incohérence temporelle des décisions de politique économique et les forces économiques responsables des fluctuations conjoncturelles ». Ce village jumelé avec la ville de Saga au Japon a également vu passer des athlètes de haut niveau comme l’ancien skieur Thomas Jacobs, les anciens joueurs MLB[1]  David Palmer, Dave LaPoint, vainqueur des World Series[2] en 1982 avec les Saint Louis Cardinals, ou le basketteur Jimmer Fredette qui, s’il n’a pas connu la carrière que sa 10eplace à la Draft[3] NBA[4] 2011 laissait présager, fait aujourd’hui les beaux jours de la Ligue Chinoise. C’est également ici que se sont éteints l’ancien joueur NHL[5] Lionel Hitchman, vainqueur à deux reprises de la Stanley Cup[6] avec les Ottawa Senators en 1923 et les Boston Bruins en 1929, « Big Ed » Reulbach, double vainqueur des World Series avec les Chicago Cubs en 1907 et 1908, ainsi que la légende Johnny Podres, vainqueur à quatre reprises des World Series en 1955 (dont il fut le MVP[7]), 1959, 1963 et 1965 et All Star[8].

À l’image de nombreux sportifs, c’est d’abord pour la natation que Megan Guarnier prit passion, mais, suite de récurrentes blessures à l’épaule, l’Américaine se consacra au triathlon ce qui lui permit de continuer à nager malgré une distance moindre à parcourir. Puis, après avoir reçu des conseils de certains camarades de promo, elle se consacra au cyclisme, pour ne plus jamais le quitter. C’est en 2004, à l’occasion d’une course organisée par son université que Megan Guarnier va indirectement lancer sa carrière de cycliste de haut niveau. Cette épreuve était décomposée en quatre courses : la A pour les hommes, la A pour les femmes, qui étaient réservées à l’élite. Puis, la B pour les hommes et la B les femmes, qui étaient consacrées pour des personnes débutant sur un vélo. Le parcours était humide, la route menant au sommet du Philo Mount étroite. C’est un peloton universitaire constitué majoritairement de futurs hommes et femmes d’affaires, juristes ou autres doctorants, qui se fit face, eux plus Megan.Sur l’épreuve féminine B, pendant que toutes les concurrentes mettaient pied à terre, une resta assise sur sa machine tout au long de l’ascension de cet inconnu Philo Mount : Megan Guarnier. Trop forte pour ses adversaires d’un jour, « Meg » créa un écart insurmontable. Au sommet de cette montée ensevelit de pluie ce jour-là, elle ne put lever les deux bras pour célébrer sa victoire, elle n’en était pas encore capable.Si de prime abord cette victoire ne porte aucun prestige, elle permit de faire naître l’une des plus grandes cyclistes des années 2010 et l’une des plus grandes figures du cyclisme américain. « Je suis presque sûre d’avoir essayé de prouver que j’étais forte toute la journée. Je me souviens qu’il pleuvait et qu’il faisait froid ce jour-là également. Cela vous incite à vous placer à l’avant, » confiait l’Américaine à Vélo News. C’est à Middlebury College, une petite université située dans le Vermont, que l’Américaine fit ses études en neuroscience. Chez les Panthers, surnom de la faculté, elle côtoya des cyclistes comme Ted King (professionnel de 2005 à 2015), ou Lea Davison (troisième de la Coupe du Monde de VTT en 2015 et double médaillée au championnat du monde). C’est également dans cette faculté qu’est sorti l’actuel General Manager de la franchise NBA des Cleveland Cavaliers : Koby Altman. Pas encore professionnelle, l’Américaine boucla ses études summa cum laude [9]. Après avoir obtenu des résultats universitaires intéressants, vice-championne nationale derrière Mara Abbott lors des championnats nationaux, elle fut invitée en 2008 par USA Cycling pour un camp d’entraînement qui se déroula à Colorado Springs. Lors de ce training camp, l’Américaine n’est pas celle qui dégagea le plus de puissance mais celle qui surmonta le mieux la douleur comme le dévoilera plus tard Corey Hart, qui n’était pas encore son entraîneur : « Ce n’est pas la fille qui va développer 5,5 watts par kilogrammes à Cheyenne Canyon (parc régional situé à Colorado Springs) en s’économisant. Ce sont sa personnalité, sa volonté d’apprendre qui lui ont permis d’atteindre ses capacités et d’aller au-delà de ce que nous avions prévu à l’époque. »

Après avoir passée cette année 2008 chez ProMan et les U23 de l’équipe nationale, Chris Georges, salarié au sein de USA Cycling la contacta et lui annonça qu’une équipe française recherchait une coureuse et qu’elle pouvait en faire partie. L’opportunité était belle pour Meg, en rejoignant l’Europe, elle rejoignait la Mecque du cyclisme, là où se déroulent les plus prestigieuses courses du calendrier. Au sein de l’équipe Bourgogne Cyclisme Féminin (équipe où sont passées des coureuses comme Roxanne Fournier et Aude Biannic), l’Américaine obtint quelques résultats intéressants, elle s’imposa notamment sur le Grand Prix d’Amancey et prit la deuxième place lors de Cholet-Pays De Loire. Néanmoins, le rêve européen tourna court pour Megan, qui était alors logée à Limoux. En effet, maintenant qu’elle était en France, elle n’avait plus la possibilité de revenir aux États-Unis en cours de saison et surtout, un problème de taille se posait : la barrière de la langue. Si l’Américaine parlait couramment l’italien et ressortait de huit années à parler espagnol, elle dut se résoudre à apprendre la langue de Molière. De plus, aucune de ses coéquipières ne parlait anglais, compliquant un peu plus son adaptation. Après une année en France, elle fut contactée par la formation TIBCO, l’équipe dirigée par Linda Jackson qui souhaitait faire courir ses protégées sur le vieux continent. Il n’en fallait pas plus pour Megan qui rejoignit alors la formation étasunienne afin de réaliser son rêve américain.

TIBCO, le rêve américain

C’est en 2011 que l’Américaine se révéla. Après un apprentissage de la Coupe du Monde, Megan prit la neuvième place, devançant notamment Jeannie Longo, du Grand Prix de Gatineau au Canada, dans lequel figurait notamment des coureuses comme Giorgia Bronzini (lauréate de cette édition), Joëlle Numainville, Leah Kirchmann ou Karol-Ann Canuel (sa future coéquipière chez Boels-Dolmans). Deux mois après les championnats des États-Unis, dans lesquelles elle prit la quatorzième place du contre la montre dont le plateau était digne d’un championnat du monde (à l’époque, Evelyn Stevens, Amber Neben, Kristin Armstrong, Amanda Miller, Alison Tetrick et Carmen Small composaient le top 6 de l’épreuve), Megan traversa l’Atlantique et se rendit en France pour prendre part au Trophée d’Or et au Grand Prix de Plouay dans lesquels elle prit la quatorzième et dix-huitième place. C’est ensuite aux Pays-Bas, pour le compte du Profile Ladies Tour que Megan et la TIBCO s’envolèrent. Si la première étape de l’épreuve néerlandaise fut remportée par une Marianne Vos à son prisme, Megan elle, dut concéder deux minutes et trente-quatre secondes sur la future quintuple médaillée d’argent aux Mondiaux. Le lendemain, lors du contre la montre de vingt kilomètres cinq cents autour de Gemert, l’Américaine montra de belles dispositions dans l’exercice chronométré en finissant à la septième place, à cinquante et une secondes d’Ellen van Dijk et en devançant des coureuses comme Lisa Brennauer, qui sera sacrée championne du monde de l’exercice trois ans plus tard, Regina Bruins ou Loes Gunnewijk, anciennes championnes des Pays-Bas de la spécialité, Carmen Small ou Trixi Worrack. C’est lors de la dernière étape que l’Américaine s’illustra. Entre Bunde et Berg en Terblijt, Megan fait partie des plus fortes et termina juste derrière un groupe constitué de Giorgia Bronzini, Emma Johansson, Annemiek van Vleuten (qui remporta la Coupe du Monde cette année-là) ou Claudia Lichtenberg. Arrive alors le Tour de Toscane. Après le contre la montre par équipe inaugural et une étape de transition pour se mettre en jambe, les choses sérieuses commencèrent lors de la troisième étape entre Pontedera et Volterra où Megan termina à trois secondes seulement du duo allemand Judith Arndt-Claudia Lichtenberg. Au lendemain d’une nouvelle étape de transition (à nouveau remportée par l’Allemande Ina Yoko-Teutenberg), elle montra de nouveau ses bonnes dispositions dans l’exercice chronométré en prenant la deuxième place, à cinq secondes de Judith Arndt qui filait vers son premier maillot arc-en-ciel dans l’effort solitaire, du très court contre la montre de deux kilomètres deux cents autour de Campi Bisenzio. Lors de l’étape suivante, entre Segromigno in Piano et Capannori, l’Américaine profita de l’abandon de Judith Arndt (non-partante) pour sécuriser sa victoire finale en terminant, en compagnie de Svetlana Stolbova à cinquante-deux secondes de Trixi Worrack. Derrière, les autres candidates au général concédèrent une minute et onze secondes sur la coureuse allemande. Lors de la dernière étape, celle de tous les dangers, si Charlotte Becker s’imposa devant la Russe Svetlana Stolbova, deuxième comme la veille, Claudia Lichtenberg piégée, perdit toute chance de renverser Megan Guarnier qui termina dans un groupe à trente-trois secondes de la vainqueur de l’étape. Bien qu’elle n’ait pas remporté d’étape durant ce Tour de Toscane 2011, Megan Guarnier s’était comportée comme une patronne en étant toujours au bon endroit au bon moment. Au final, elle l’emporta avec cinquante secondes d’avance sur Claudia Lichtenberg et une minute et trente-deux secondes sur la Lituanienne Rasa Leleivyte. Ce Giro Toscana Internazionale fut la dernière course de l’année pour Megan. Alors que l’Américaine triomphait en Italie une semaine avant les championnats du monde de Copenhague, elle ne fut pas sélectionnée pour le Mondial danois, l’équipe américaine étant alors composée de : Theresa Cliff-Ryan, Shelley Olds, Evelyn Stevens, Amber Neben, Amanda Miller et Robin Farina. Les États-Unis ne pesèrent d’ailleurs que très peu dans la course à l’arc-en-ciel chez les élites dames, Amber Neben terminait à dix-sept secondes du podium sur le contre la montre et Theresa Cliff-Ryan finissait dix-huitième du sprint massif pour le titre mondial.

En 2012, l’Américaine réalisa sa saison la plus aboutie sous le maillot de la TIBCO, pour ce qui était sa dernière année au sein de la formation étasunienne. Dès le Samyn, sa première course de l’année, elle fut dans le coup, mais dut se contenter de la cinquième place d’un sprint remporté par la Néerlandaise Adrie Visser. Elle prit ensuite la dixième place de la Drentse 8 Van Dwingeloo, remportée au sprint par Chloe Hosking. Lors du Tour des Flandres, elle termina dans le peloton qui se disputa au sprint la troisième place, mais dut se contenter de la vingt-et-unième place. Sur l’Energiewacht Tour, elle s’illustra sur la dernière étape en terminant quatrième, en étant simplement devancée par la légende britannique Nicole Cooke, la Belge Evelyn Arys et l’Allemande Sarah Düster. Une semaine plus tard, elle compléta le podium de la quarante-septième édition du Ronde van Gelderland où Suzanne de Goede triompha. Sur la Flèche Wallonne, elle fit partie des plus costaudes sur le Mur du Huy et termina l’épreuve à la septième place en compagnie de Judith Arndt, à l’issue d’une course remportée par sa compatriote Evelyn Stevens. Trois jours plus tard, elle prit à nouveau la septième place sur l’EPZ Omloop van Borsele en terminant à la dernière place du groupe qui s’est disputé la gagne et qui fut réglé par Ellen van Dijk. Elle termina de nouveau à cette place lors du Festival Luxembourgeois Elsy Jacobs. À son retour en Amérique, l’Américaine monta progressivement en régime. Elle prit la onzième place du Chrono Gatineau au Canada, terminant à une minute et quarante-cinq secondes de Clara Hughes, vainqueur de l’épreuve. Lors de l’épreuve en ligne, elle termina à une anecdotique trentième place. Sur l’Exergy Tour, Megan commença difficilement, concédant une minute et quarante-trois secondes sur le contre la montre, mais progressa dès le lendemain en terminant troisième de l’étape puis en prenant la cinquième place de la dernière étape, lui permettant ainsi de conclure l’épreuve en dixième position. Lors des championnats nationaux organisés à Augusta, patrie du légendaire tournoi de Golf et terre de naissance d’Hulk Hogan, Megan prit rendez-vous avec son destin. Sur le contre la montre, l’Américaine, hors du coup, termina à plus de deux minutes et vingt-trois secondes d’Amber Neben qui l’emporta pour une seconde sur sa coéquipière de la Specialized Lululemon : Evelyn Stevens. Lors de l’épreuve sur route, Megan parvint à s’isoler en compagnie de Lauren Hall, Carmen Small, Alison Powers, Samantha Schneider, Lauren Stephens, Amber Neben, Jade Wilcoxson, Amber Pierce, Ruth Winder et Kristin Mcgrath. Dans ce groupe de onze coureuses, qui se disputa la gagne, Guarnier fut la plus forte et l’emporta. L’Américaine s’adjugeait alors son premier maillot de championne nationale. Auréolée de son stars and stripes jersey, Megan poursuivit sa bonne lancée en terminant quatrième du Trophée d’Or, à six secondes du podium, dans lequel elle fut systématiquement aux avant-postes : cinquième de la première étape, septième de la troisième, deuxième lors de la quatrième et sixième lors de l’ultime jour de course. En Bretagne, elle terminant en compagnie des battues à plus de quatre minutes de Marianne Vos, fraîchement auréolée de son titre olympique à Londres et qui était en mission pour récupérer un maillot arc-en-ciel qui lui passe sous le nez depuis cinq saisons. Pour son retour en Toscane où elle devait défendre son titre. Megan prit la deuxième place du prologue à Campi Bisenzio, à une seconde d’Annemiek van Vleuten. Elle enchaîna ensuite avec une dixième place lors de la deuxième étape puis termina deuxième lors de la troisième étape avant de conclure l’épreuve italienne sur une quatrième place à Firenze, terre des Mondiaux en 2013. Finalement, Megan dut se résoudre à rendre sa couronne mais terminait l’épreuve à la cinquième place. Appelée au championnat du monde qui se déroulait à Valkenburg, l’Américaine, termina impuissante face à Marianne Vos et dut se contenter d’une anecdotique trente-troisième place. Il était désormais temps pour Megan de franchir l’étape supérieure et donc, de retourner en Europe.

2013, Rabobank, une coureuse parmi tant d’autre…

Lorsque l’opportunité de signer au sein de la banque néerlandaise s’est présentée à Megan, cette dernière n’a pas hésité un seul instant : « C’est la meilleure équipe du monde et tout le monde le sait, » avait-t-elle déclaré à Cycling News, avant d’ajouter : « j’ai toujours rêvé de courir à plein-temps en Europe, alors quand cette opportunité se présente dans votre assiette, il faut la saisir, c’est l’opportunité de toute une vie. » Au sein de la formation néerlandaise, l’Américaine dut se faire une place au milieu du duo Marianne Vos–Annemiek van Vleuten qui règne en maître sur la Coupe du Monde depuis 2009 et l’étoile montante du cyclisme international Pauline Ferrand-Prévot.

Pour sa première course au sein de la célèbre banque néerlandaise, l’Américaine se mit en valeur. Sur les routes du Het Nieuwsblad, elle s’isola en compagnie de l’Australienne Tiffany Cromwell. Dans le final, la « Aussie » plus explosive, ne laissa aucune chance à Megan qui prit tout de même une prometteuse deuxième place. Ensuite, elle épaula sa leader, Marianne Vos lors de la Drentse 8 van Dwingeloo, où la championne du monde s’imposa. Lors des quatre premières manches de Coupe du Monde, l’Américaine fut également de la partie lorsqu’il fallait épauler la « Cannibale. » Si elle termina à des anecdotiques quarante-et-unième, vingt-cinquième, dix-huitième et vingt-quatrième place sur le Tour de Drenthe, le Trophée Alfredo Binda, le Tour des Flandres et la Flèche Wallonne, la donne fut systématiquement la même, car à chaque fois, Marianne Vos, la leader, triompha. Elle l’épaula également lors du Festival Elsy Jacobs. C’est lors de l’Energiewacht Tour qu’elle put prendre ses premières responsabilités lors des courses à étapes. Si elle ne pesa pas au classement général, elle prit une intéressante treizième place lors du contre la montre de 21 kilomètres autour de Winsum, qu’Ellen van Dijk survola (Megan lui concéda 2 minutes et 23 secondes) et où elle devança des spécialistes de la discipline comme Annemiek van Vleuten, Anna van der Breggen ou Mieke Kröger.

Sur les nationaux qui se déroulaient à Chattanooga, quatrième ville du Tennessee, la coureuse de la Rabo-Liv termina à près de deux minutes de Carmen Small sur le contre la montre et à quatre minutes et trente secondes de Jade Wilcoxson, victorieuse de l’épreuve sur route. À son retour en Europe, Megan monta crescendo. D’abord sur l’Emakumeen Euskal Bira, où après des dixièmes place sur la deuxième étape autour d’Aretxabaleta et sur le contre la montre d’Orduna, elle prit la cinquième place de l’ultime étape, en terminant en compagnie de Marianne Vos, pour finir à la septième place du général, à quatre minutes et quinze secondes d’Emma Johansson. Lors du Giro, Marianne Vos, alors double tenante de l’épreuve ne put rien face à Mara Abbott. De son côté, Guarnier, qui épaulait la Néerlandaise, terminait quinzième du général, faisant d’elle la deuxième coureuse de son équipe la mieux classée sur l’épreuve. C’est ensuite en France où l’Américaine obtint des résultats intéressants en frôlant à plusieurs reprises le top 10. Sur la Route de France, elle termina seizième, à douze secondes de sa bourrelle du Het Nieuwsblad : Tiffany Cromwell, dixième de l’épreuve. Sur le Trophée d’Or, elle termina à moins d’une minute d’Annemiek van Vleuten, sa coéquipière, qui conclut le top 10. Enfin, lors du Grand Prix de Plouay, elle obtint son meilleur résultat en Coupe du Monde en prenant la douzième place de l’épreuve bretonne en terminant dans le groupe des battues. C’est aux Pays-Bas, sur le Boels Ladies Tour que Megan abordait son ultime répétition avant les Mondiaux de Firenze, il s’agissait également de sa dernière course au sein de la Rabobank. Sur la traditionnelle épreuve néerlandaise qui symbolise la fin de saison, c’est la dernière étape entre Bunde et Berg en Terblijt qui eut le rôle de juge de paix. Si Tatiana Guderzo remporta l’étape devant Annemiek van Vleuten, la leader de Megan, Ellen van Dijk déroba le maillot de leader à Trixi Worrack qui l’avait porté durant la quasi-intégralité de la course. Neuvième de l’étape, l’Américaine terminait à la même place au classement général final, faisant d’elle une potentielle outsider pour les championnats du monde. À Florence, les États-Unis bénéficiaient d’une bonne équipe avec des coureuses comme Evelyn Stevens ou Mara Abbott pouvant jouer les trouble-fêtes à la victoire « promise » à Marianne Vos. Si, sans surprise, la Néerlandaise conserva son titre, c’est l’ancienne banquière de Lehman Brothers, Evelyn Stevens qui termina première coureuse étasunienne en finissant à la cinquième place. Megan, quatorzième quant à elle, termina entre ses coéquipières Pauline Ferrand-Prévot et Annemiek van Vleuten.

Au terme de cette saison 2013, Megan termina à une anecdotique 46eau classement CQ Ranking. Elle ne resta qu’une année au sein de la formation néerlandaise. En effet, la faute à la « Cannibale » Vos, l’Américaine ne pouvait prétendre à beaucoup d’opportunité comme le signalait Danny Stam à Velo Nation, le directeur de la Boels-Dolmans, l’autre grande formation néerlandaise : « Je pense que Megan est un bel ajout à notre équipe parce qu’elle peut obtenir de bons résultats aussi bien sur les classiques que sur les courses à étapes. Alors qu’elle travaillait pour Marianne Vos, elle termina quinzième du Giro Rosa, cela en dit long sur son potentiel. Nous lui donnerons l’opportunité chez Boels-Dolmans, d’avoir ses propres responsabilités sur ce type de courses. Nous sommes convaincus qu’elle renforcera notre équipe sur les courses à étapes et l’améliorera sur les classiques. » À cela s’ajoute les montées en puissance de Pauline Ferrand-Prévot et Katarzyna Niewiadoma ainsi que l’arrivée de la nouvelle venue : Anna van der Breggen ne laissaient plus aucune marge de manœuvre à l’Américaine. Cinq années plus tard, l’audace et le pari de Danny Stam seront récompensés par l’éclosion d’une des meilleures cyclistes de sa génération.

2014-2018, Boels-Dolmans, la consécration

En rejoignant Boels-Dolmans en 2014, Megan Guarnier fit probablement le meilleur choix de sa carrière. Au sein de ce qui allait devenir l’équipe de référence du peloton, l’Américaine allait former avec la Britannique Elizabeth Armitstead, devenue par la suite Deignan, un duo de légende. Durant sa première année sous les couleurs de la formation néerlandaise, l’Américaine va progressivement monter en régime. Après un début d’année timide au Benelux, Megan enchaîna les résultats intéressants : septième de Cholet Pays de la Loire, onzième du Trophée Alfredo Binda et huitième du Tour des Flandres. Si elle fut moins à la fête durant ce mois d’avril 2014, l’Américaine se reprit outre Atlantique. Tout d’abord lors des championnats Panaméricains, qui se déroulaient à Puebla de los Ángeles, à une centaine de kilomètres de la Ciudad de México, où elle prit la troisième place du contre la montre, derrière sa compatriote Evelyn Stevens et la Colombienne Sérika Guluma qui se montre toujours redoutable lors de cet événement. Sur la course en ligne, c’est cette fois la médaille d’argent qu’enrôla Megan qui ne fut battue que par la prodige cubaine Arlennis Sierra. Lors des championnats nationaux, ce sont à nouveau des accessits qui s’offrirent à la future lauréate du World Tour. Tout d’abord, elle prit la sixième place du contre la montre, remporté par Alison Powers et dont le plateau était digne d’un championnat du monde. Lors de l’épreuve sur route, elle dut, comme au Mexique, se contenter de l’argent, la faute à Alison Powers, intouchable au pays de la bannière étoilée cette année-là. De retour en Europe, elle prit la sixième place du difficile Emakumeen Euskal Bira, qui avait été survolé par le brelan magique de la Rabo-Liv (Ferrand-Prévot, Vos, van der Breggen) cette saison-là. En fin de saison, Megan enchaîna les tops 10 sur les courses à étapes : septième du Giro Rosa, cinquième du BeNe Ladies Tour et dixième du Boels Rental Ladies Tour.

C’est réellement en 2015 que Megan s’immisça parmi les références du peloton. Dès le début de saison, l’Américaine prit la direction de l’Australie et annonça la couleur en se classant deuxième du Tour Down Under. Après avoir refroidi le moteur en Belgique, Megan devint la toute première lauréate des Strade Bianche chez les dames en reléguant Elizabeth Armitstead, alors patronne du peloton, à près de quarante secondes. Après être rentrée dans le rang lors du mois d’avril (elle épaula tout de même Elizabeth Armitstead lors de sa victoire sur le Trophée Alfredo Binda), Megan prit la troisième place de la Flèche Wallonne où seules les Néerlandaises Anna van der Breggen et Annemiek van Vleuten parvinrent à la distancer dans le Mur du Huy. De retour outre-Atlantique, elle prit la dixième place du contre la montre autour de Santa Clarita pour le compte du Tour de Californie, terminant à trente secondes de sa coéquipière et compatriote Evelyn Stevens. Lors des nationaux, si elle acheva le contre la montre à plus de deux minutes de la double championne olympique de la discipline : Kristin Armstrong. Megan retrouva le bonheur de porter le maillot étoilé en s’adjugeant la course en ligne en devançant notamment la prodige Coryn Rivera. Auréolée de sa nouvelle tunique, c’est tout naturellement que l’élément fort de la Boels-Dolmans prit part à la Philly Cycling Classic, course dans laquelle elle permit à Lizzie Armitstead de récupérer le leadership au classement de la Coupe du Monde.

De retour en Europe, Megan échoua au pied du podium lors de l’Emakumeen Bira, mais ce n’était que partie remise pour ce qui allait advenir de sa saison… Après avoir fait tourner les jambes lors de l’Aviva Women’s Tour, c’est en tant que leader de la Boels-Dolmans que Megan Guarnier abordait le Giro Rosa. Dès le troisième jour de course, lors de la deuxième étape amenant les coureuses de Gaiarine à San Fior, l’Américaine s’isola en compagnie de Anna Van der Breggen, Katarzyna Niewiadoma, Mara Abbott, Elisa Longo Borghini, Evelyn Stevens, Karol-Ann Canuel et Ashleigh Moolman et se permit le luxe de faire coup double en remportant l’étape et en s’emparant de la maglia rosa. Après deux étapes n’ayant que très peu influé dans la quête du classement général, les choses sérieuses arrivèrent. Sur la cinquième étape, entre Trezzo sull’Adda et Aprica, l’Américaine prit la deuxième place de l’étape, derrière la championne du monde de l’époque : Pauline Ferrand-Prévot, et renforçait un tout petit peu son avance au général par le biais des bonifications. Le lendemain, lors de la sixième étape entre Tresivio et Morbegno, si la Japonaise Mayuko Hagiwara s’imposa en solitaire, derrière la nipponne se trouvait un groupe constitué des favorites de l’épreuve comme Ashleigh Moolman, Anna van der Breggen, Katarzyna Niewiadoma, Elisa Longo Borghini ou autre Mara Abbott… (cette dernière perdit tout de même trois secondes dans le final de l’étape) et Megan. Ce groupe de poursuite sera réglé par… l’Américaine qui continuait à grappiller des bonifications. Petit à petit, seconde après seconde, la championne des États-Unis se construisait une petite avance et sa nouvelle deuxième place le lendemain à Loano lui permit d’aborder le contre la montre de près de vingt-deux kilomètres entre Pisano et Nebbiuno avec un petit matelas de seize secondes d’avance sur Ashleigh Moolman et dix-sept secondes sur Anna van der Breggen. Sur ce contre la montre, la Néerlandaise qui n’aura jamais été aussi forte dans l’exercice qu’en cette année 2015, écœura la porteuse de la maglia rosa depuis le troisième jour de course. C’est durant ces vingt-deux kilomètres que van der Breggen s’en alla construire sa première victoire finale sur le Giro Rosa, en reléguant sa première dauphine à plus d’une minute et comme lors des trois précédentes étapes, ce fut Megan qui s’incliner face à plus forte que soi. Lors de la dernière étape, l’Américaine perdit même sa deuxième place au général au profit de sa compatriote Mara Abbott. La double lauréate de l’épreuve en 2010 et 2013 leva les bras à San Domenico di Varzo et passa de la cinquième à la seconde marche du podium.

Un mois plus tard, Megan s’adjugea le Tour de Norvège où elle construisit sa victoire dès le premier jour. Après des anecdotiques Crescent Vargarda et Grand Prix de Plouay où elle aida néanmoins Elizabeth Armitstead à conserver sa couronne en Coupe du Monde, Megan prit la sixième place du Boels-Rental Ladies Tour en vue des Mondiaux de Richmond, chez elle aux États-Unis. Sur ces Mondiaux, c’est au sprint que s’est jouée la couronne arc-en-ciel, si Elizabeth Armitstead l’emporta devant Anna van der Breggen, Megan Guarnier prit la troisième place, devenant la première cycliste étasunienne à remporter une médaille lors de l’épreuve sur route des championnats du monde sur route depuis Jeanne Golay en 1994, à l’époque ce fut la Norvégienne Monica Valvik qui fut parée d’or à Agrigente.

2016 est l’année de Megan. Si les premières courses de la saison furent timides, elle dut se contenter de la sixième place sur les Strade Bianche dont elle était la tenante du titre, au terme d’une course survolée comme le début de saison 2016 par Elizabeth Armitstead. C’est sur le Trophée Alfredo Binda que la championne des États-Unis lança véritablement sa saison en prenant la deuxième place de l’épreuve en étant simplement devancée par sa leader :  Lizzie Armitstead. En Belgique, l’Américaine monta en régime, après une anecdotique onzième place sur Gent-Wevelgem, elle prit la deuxième place de la Pajot Hills Classic où seule la revenante Marianne Vos se montra plus véloce qu’elle lors de l’emballage final. Puis, sur le Tour des Flandres, elle termina au pied du podium d’un Ronde que les Boels-Dolmans auront survolé (Armitstead vainqueur, Blaak troisième, Guarnier quatrième, van Dijk sixième). C’est au Pays basque et plus précisément à Durango que Megan leva pour la première fois les bras en déjouant Elisa Longo Borghini au sprint pour le compte de la traditionnelle préparation à l’Emakumeen Bira. Sur la prestigieuse épreuve basque, l’Américaine s’imposa de nouveau lors de la dernière étape et prit la deuxième place de l’épreuve derrière la Suédoise Emma Johansson, qui avait construit sa victoire lors des deux premières étapes. Sur la Flèche Wallonne, Megan est l’une des plus costaudes sur le Mur de Huy mais ne peut empêcher deux des anciennes lauréates de l’épreuve : Evelyn Stevens (en 2012) et Anna van der Breggen (en 2015) de se disputer la gagne. Comme l’année précédente, c’est la troisième marche du podium qui s’offrit à la championne des États-Unis. Les mois suivants, Megan retrouva ses États-Unis natals pour prendre part au triptyque Tour de Californie – championnat national – Philadelphia International Cycling Classic. Sur ses trois épreuves, l’Américaine réalisa tout simplement le grand chelem. Sur la première étape de l’épreuve californienne, qui se déroulait autour de South Lake Tahoe, la coureuse de la Boels-Dolmans l’emporta pour quatre secondes sur Emma Johansson et dix sur Kristin Armstrong. Elle conserva ensuite son leadership malgré la défaite surprise de sa formation, à l’occasion du contre la montre par équipe autour de Folsom, puisque, survoltée à domicile, l’équipe TWENTY16 – Ridebiker de Kristin Armstrong s’imposa. Si les deux dernières étapes de l’étape furent propices aux sprinteuses : Marianne Vos sur la troisième étape et Kirsten Wild sur la quatrième étape, Megan s’adjugea le général d’une épreuve dominée par les locales puisqu’en plus de composer l’intégralité du podium (Kristin Armstrong prit la deuxième place du général et Evelyn Stevens la troisième), seules deux étrangères figurèrent parmi ce top 10 à la bannière étoilée : Marianne Vos quatrième et Emma Johansson huitième. Sur les nationaux, Guarnier, prouva qu’elle était bien la patronne du cyclisme américain en conservant son titre, à nouveau devant Coryn Rivera. En Pennsylvanie, la championne des États-Unis profita d’un fabuleux travail de sa coéquipière canadienne Karol-Ann Canuel pour placer une attaque décisive dans le final et venir s’imposer avec son maillot de leader au classement World Tour qui venait remplacer celui de la Coupe du Monde, de quoi aborder le Giro Rosa en confiance…

En Italie, elle se mit dans le coup dès le prologue de Gaiarine. Sur les deux premiers kilomètres de la vingt-septième édition du Tour d’Italie féminin, l’Américaine se plaça en embuscade en terminant à trois secondes de la Canadienne Leah Kirchmann. Le lendemain, entre Gaiarine et San Fior, l’Américaine s’isola en compagnie des autres favorites de l’épreuve : Mara Abbott, Claudia Lichtenberg, Evelyn Stevens (sa coéquipière), Katarzyna Niewiadoma ou encore Tatiana Guderzo. Si la victoire revint à Giorgia Bronzini, Megan deuxième, s’empara de la maglia rosa. Sur la deuxième étape entre Tarcento et Montenars, la championne des États-Unis céda du temps sur d’autres favorites à la victoire finale. Lors de la montée finale, la maillot rose fut reléguée à 24 secondes de sa compatriote Evelyn Stevens, victorieuse devant Elisa Longo Borghini et Kasia Niewiadoma. Après deux étapes de transition, remportées au sprint par les Australiennes Chloe Hosking et Tiffany Cromwell, les choses sérieuses reprirent lors de la cinquième étape entre Grosio et Tirano avec l’ascension du légendaire Mortirolo au programme. Sur les pentes de la Cima Coppide ce Giro Rosa, Mara Abbott s’isola, mais manqua de tuer définitivement la course. Dans la descente, la leader de la Wiggle High5 chuta sans gravité, s’empara du maillot rose, mais n’obtint que dix secondes d’avance sur Megan qui, si elle ne fut pas aussi en réussite que l’année précédente, courait à la perfection. C’est lors de la sixième étape, entre Andora – Alassio et Madonna della Guardia que la leader de la Boels-Dolmans construisit sa victoire finale. Dans le final de l’étape, Anna van der Breggen, tenante de l’épreuve, attaqua, mais se fit contrer par le duo américain de la Boels-Dolmans. Si la victoire revint à nouveau à Evelyn Stevens, Megan Guarnier retrouvait la maglia rosa. Le lendemain, lors du contre la montre, l’ex-salariée de Lehman Brothers remit le couvert et s’adjugea sa troisième étape sur ce Tour d’Italie 2018 mais Guarnier, quatrième conservait sa tunique rose pour trente-quatre secondes. Après une huitième étape remportée au sprint par Girogia Bronzini, la dernière étape vit les baroudeuses s’octroyer un bon de sortie et cela sourit à Thalita de Jong, alors championne du monde de cyclo-cross. Megan elle, put savourer, en terminant en compagnie des favorites de l’épreuve, l’Américaine s’adjugeait le Giro Rosa pour trente-quatre secondes d’avance sur Evelyn Stevens et une minute et cinquante-trois secondes sur Anna van der Breggen. Favorite pour la course en ligne des Jeux olympiques de Rio, l’Américaine termina seulement à la onzième place d’une course où le rêve étoilé de sa compatriote Mara Abbott prit fin dans les derniers hectomètres de l’épreuve. Lors du Grand Prix de Plouay, l’Américaine avait de bonnes jambes mais ne parvint pas à s’échapper. Elle prit la cinquième place de l’épreuve bretonne, remportée au sprint par Eugenia Bujak. Présente à Madrid dans le cadre de la Madrid Challenge by la Vuelta, l’Américaine clôtura sa saison en devenant la toute première lauréate du classement World Tour chez les femmes, qui venait remplacer le classement général de la Coupe du Monde. Également présente à Doha pour les Mondiaux, elle prit une anecdotique vingt-septième place sur une épreuve qui ne correspondait pas à ses qualités premières et qui a vu sa coéquipière Amalie Dideriksen s’imposer.

Si 2016 fut l’année de tous les succès, 2017 sera d’un moins bon acabit, la faute à des chutes incessantes. Le début de saison de l’Américaine fut poussif, vingt-et-unième du Het Nieuwsblad, elle abandonna lors de l’Omloop van het Hageland et des Strade Bianche, finit quarante-deuxième de l’Amstel Gold Race, vingt-septième de la Flèche Wallonne, douzième de Liège-Bastogne-Liège. Néanmoins, la Doyenne la remit sur les bons rails puisqu’une semaine plus tard, elle prit la septième place du Festival Elsy Jacobs, cette épreuve célébrant la toute première championne du monde sur route (en 1958 à Reims), remportée à domicile par sa coéquipière Christine Majerus. De retour au pays de la bannière étoilée, Megan retrouvait son terrain de prédilection sur le Tour de Californie. D’abord sur la première étape qu’elle remporta au sprint devant Anna van der Breggen, qui ressortait d’un triplé retentissant sur les Ardennaises, et Arlennis Sierra, une autre coureuse en forme dans cette première partie de saison 2017. Elle dut cependant céder sa tunique jaune de leader le lendemain. À South Lake Tahoe, Katie Hall s’imposa en solitaire et fit coup double. Si les deux dernières étapes furent remportées par des sprinteuses, Coryn Rivera et Giorgia Bronzini, Megan elle, déchanta, alors troisièmeau général, elle chuta et perdit sa place sur le podium, terminant à plus de cinq minutes de la double championne du monde italienne. Si elle ne parvint pas à réitérer sa victoire de l’an passé, le titre resta à la maison des Boels-Dolmans puisqu’Anna van der Breggen, par le jeu des bonifications, détrôna Katie Hall lors de la dernière étape pour une seconde. De retour en Europe, l’Américaine revenait défendre son titre acquit sur le Giro Rosa. Sur le contre la montre par équipe inaugural qui se déroulait entre Aquileia et Grado, son équipe Boels-Dolmans assuma pleinement son statut de championne du monde de la discipline en s’imposant avec dix-neuf secondes d’avance sur la Sunweb et vingt-deux sur la Orica Scott d’Annemiek van Vleuten. Le lendemain, entre Zoppola et Mantereale Valcellina, pour ce qui était de l’étape reine de cette vingt-huitième édition du Tour d’Italie, l’Américaine fut impuissante face au trio composé d’Annemiek van Vleuten, Elisa Longo Borghini et sa coéquipière Anna van der Breggen. Finalement, elle concéda presque deux minutes, tout comme Shara Gillow, Amanda Spratt ou Katarzyna Niewiadoma. Si les deux étapes suivantes permirent aux sprinteuses de s’exprimer, Hannah Barnes et Jolien D’Hoore s’imposant sur les deuxième et troisième étapes, le contre la montre de douze kilomètres autour de Sant’elpidio a Mare devait permettre d’y voir plus clair au général. Si Annemiek van Vleuten survola cette étape en reléguant toutes ses rivales, à l’exception de van der Breggen (reléguée à quarante et une secondes), à plus d’une minute et quinze secondes. Dans l’affaire, Guarnier, cinquième, concéda une minute et cinquante-trois secondes sur la Néerlandaise. Si la suite de ce Giro 2017 fut terne, la dernière étape permit à Megan de se remettre sur le devant de la scène. La vainqueur sortante s’adjugea l’ultime étape en réglant au sprint un groupe constitué des patronnes de cette édition : Amanda Spratt, Elisa Longo Broghini, Katarzyna Niewiadoma, Annemiek van Vleuten et Anna van der Breggen. Cette dernière permit à la Boels-Dolmans de conserver la maglia rosaà la maison. Ensuite, dans la lignée de son bon Giro, Megan était, en compagnie d’Elizabeth Deignan, la leader de sa formation pour la Course by le Tour new-look qui quittait les strasses et les paillettes des Champs Élysées pour laisser place à l’enfer de l’Izoard. Tout au long de la montée finale, Megan fit partie des meilleures et fut l’une des dernières à se faire distancer par une Annemiek van Vleuten survoltée ce jour-là. Au final, elle termina son ascension au pied du podium à près d’une minute et trente secondes de la Néerlandaise. Puis, elle s’envola en Suède pour prendre part au Crescent Vargada. Si elle ne prit pas part au contre la montre par équipe, elle prit la quinzième place lors de l’épreuve sur route d’une épreuve remportée au sprint par la Finlandaise Lotta Lepistö. Elle poursuivit son périple scandinave pour le compte du Tour de Norvège. Après avoir terminé à quatre secondes de la géante Ellen van Dijk lors du prologue, elle profita de la dernière étape pour venir régler un groupe de costaudes composé de Marianne Vos, Lotta Lepistö, Tiffany Cromwell et autre Giorgia Bronzini et grimper à la deuxième place du général de l’épreuve remportée par Marianne Vos. Après être revenue en France où elle aida Elizabeth Deignan à s’adjuger un second Grand Prix de Plouay en trois ans, Megan s’en alla en Belgique pour y disputer le Tour national qu’elle courra avec son équipe nationale. Sur le prologue, elle céda neuf secondes à Jolien D’Hoore. Ensuite, elle prit la neuvième place de la première étape en concédant deux secondes sur Marianne Vos. Après la deuxième étape remportée au sprint par Jolien D’Hoore, la dernière étape autour de Geraardsbergen allait être décisive au général. Sur cette ultime étape, Anouska Koster déjoua les pronostics. Guarnier cinquième de l’étape à près d’une minute et vingt secondes de la Néerlandaise termina quatrième d’un classement général survolé par les WM3 et les USA (Anouska Koster première, Marianne Vos troisième, Ruth Winder deuxième, Megan quatrième et Coryn Rivera sixième). De retour en Scandinavie, à Bergen plus précisément, pour le compte des championnats du monde, elle et son équipe ne parvinrent pas à conserver leur titre acquis l’an dernier sur le contre la montre par équipe, la faute au final tonitruant de la Sunweb, qui allait réaliser un doublé inédit sur l’épreuve (l’équipe masculine fut sacrée quelques heures plus tard). Puis, lors de la course en ligne, une chute l’a contraint à l’abandon. A nouveau, le maillot arc-en-ciel allait s’offrir à une coureuse de la Boels-Dolmans puisque Chantal Blaak s’en empara pendant tout 2018.

C’est en Toscane sur les Strade Bianche qu’elle initia son ultime périple. Si elle termina à une anecdotique douzième place entre les championnes du monde italiennes : Marta Bastianelli (en 2007 à Stuttgart) et Tatiana Guderzo (en 2009 à Mendrisio), la victoire revint à sa coéquipière Anna van der Breggen. Après le Trophée Alfredo Binda où elle tourna les jambes pour se préparer en vue des Ardennaises, l’Américaine se rendit en Belgique pour prendre part à Gent-Wevelgem. Une semaine plus tard, lors du Tour des Flandres, elle s’en alla compléter le top 10 après avoir protégée Anna van der Breggen, auteure d’un numéro sur ce Ronde. S’en suivit alors le triptyque ardennais, après une Amstel Gold Race qui vit sa coéquipière Chantal Blaak s’imposer vêtue de son maillot arc-en-ciel, l’Américaine retrouva son terrain de jeu à l’occasion de la Flèche Wallonne où elle prit à nouveau la troisième place, la troisième en quatre saisons, au terme d’une ascension du Mur de Huy où elle fit jeu égal avec Anna van der Breggen, Ashleigh Moolman et autre Annemiek van Vleuten. Sur Liège-Bastogne-Liège, elle termina en compagnie du peloton des favorites, à une honorable huitième place. C’est en Grande-Bretagne, lors du Tour du Yorkshire que Megan goûta au plaisir de lever les bras. Sur la deuxième et dernière étape entre Barnsley et Ilkley, l’Américaine écœura ses adversaires : Alena Amialusik, Ane Santesteban, Elisa Longo Borghini, pour ne citer qu’elles, et fit coup double en s’imposant sur l’étape et en s’adjugeant le général de l’épreuve. Après un printemps intéressant, son retour aux États-Unis fut moins prolifique que les années précédentes. D’abord sur le Tour de Californie où elle termina vingtième, puis lors des Nationaux où elle dut s’incliner face à la nouvelle bandieradu cyclisme US : Coryn Rivera. De retour en Italie pour le Giro Rosa, Megan était la leader désignée de sa formation pour le général, Anna van der Breggen, tenante du titre et présente sur le podium des quatre dernières éditions ayant décidé de faire l’impasse sur l’épreuve italienne pour se consacrer au VTT. Sur le contre la montre par équipe inaugural autour de Verbania, la Boels-Dolmans prit la troisième place à douze secondes des Sunweb de Lucinda Brand et onze des Mitchelton Scott d’Annemiek van Vleuten. Il fallut ensuite patienter jusqu’à la sixième étape pour voir les favorites passer à l’action. Entre Sovico et Gerola Alta, l’Australienne Amanda Spratt se montra la plus forte, reléguant à près de trente secondes sa coéquipière Annemiek van Vleuten. Megan, dans le coup, termina quatrième, à trois secondes de la Néerlandaise en compagnie des Espagnoles Ane Santesteban et Margarita Victoria Garcia. Ensuite, elle prit à nouveau la quatrième place de la cronoscalata, entre Lanzada et Diga di Campo Moro, survolée par Annemiek van Vleuten qui relégua Ashleigh Moolman, sa première dauphine à deux minutes et vingt-huit secondes et Lucinda Brand à presque trois minutes. Au total, l’Américaine concéda trois minutes et seize secondes sur la championne du monde de l’effort solitaire. Lors de l’avant-dernière étape, qui empruntait le terrible Monte Zoncolan, Annemiek van Vleuten survola à nouveau les débats en laissant Ashleigh Moolman à quarante secondes. L’addition fut beaucoup plus lourde pour le reste des favorites puisque ce sont près de trois minutes qu’elles durent concéder à l’impériale Néerlandaise. Megan, cinquième de l’étape, perdit quatre minutes pile dans l’escarcelle. Si Annemiek van Vleuten, la grande dame de ce Giro Rosa 2018 mit un point d’honneur à remporter, vêtue de la maglia rosa, l’ultime étape. Les autres concurrentes, reléguées à une trentaine de secondes, se battirent pour les accessits. Megan fit à nouveau parler sa pointe de vitesse en se classant troisième du groupe des battues. Au final, la lauréate de l’édition 2016 boucla son dernier Giro à la cinquième place, à plus de neuf minutes de van Vleuten. À nouveau outsider en France pour la cinquième édition de la Course by le Tour, l’Américaine prit la cinquième place au Grand Bornand, terminant à près de deux minutes et vingt secondes d’Annemiek van Vleuten, auteure ce jour-là d’un retour dantesque dans le final sur Anna van der Breggen. Le mois suivant, elle n’était pas du contre la montre par équipe du Crescent Vargarda, que la Boels Dolmans remporta pour la troisième année consécutive, mais elle prit toutefois part à la course sur route où elle termina trente-septième. Toujours présente en Scandinavie, elle et son équipe prirent la sixième place du contre la montre par équipe du Tour Norvège et acheva ce dernier en dix-huitième position. Sur le Grand Prix de Plouay, elle accompagna les meilleures dans le final qui se disputa la gagne en petit comité. Si la victoire revint à sa coéquipière Néerlandaise : Amy Pieters, fille du pistard Peter Pieters, Megan prit la onzième place de l’épreuve. Soudain, la nouvelle tomba. Le 28 août, lors du Boels Ladies Tour, la course financée par le sponsor de sa formation, Megan annonça qu’elle dira stop à l’issue des Mondiaux d’Innsbruck en Autriche. Pour sa dernière sous les couleurs de sa formation Boels-Dolmans (elle ne prit pas part au contre la montre par équipe des Mondiaux où son équipe prit la deuxième place derrière Canyon SRAM) elle prit la quatorzième place. Lors de ses derniers coups de pédales sous le maillot de l’équipe nationale, le même avec lequel elle a fait ses débuts, elle conclut sa carrière en terminant à la seizième place des championnats du monde, finissant avec les battues d’une épreuve ou les favorites se seront toutes fait piéger par Anna van der Breggen et Amanda Spratt.

Quatorze années se sont écoulées entre 2004 et 2014, la jeune Meg a quitté le Mont Philo et sa pluie pour devenir Megan Guarnier, une des plus grandes coureuses de son époque, qui a su se faire un nom au sein d’un cyclisme féminin de plus en plus hétérogène. Lentement mais sûrement, l’Américaine a su s’épanouir et se développer en faisant de sa passion sa profession, comme elle le confiait à Velo News : « Je ne cours pas pour l’argent, je pense que si je le faisais pour l’argent et recevoir de l’attention, ce serait une autre histoire. Je le fais pour m’épanouir, pour continuer à m’améliorer. »

Crédit photos :

Roxanne King

Casey B. Gibson

AP Photo : Rich Pedroncelli

[1]MLB : Major League Baseball

[2]Les World Series sont le nom attribué à la finale de la MLB, la ligue de baseball américaine

[3]La Draft permet à chacune des franchises disposant d’un choix de sélectionner un sportif universitaire, européen ou provenant du lycée dans les sports américains.

[4]NBA : National Basketball Association

[5]NHL : National Hockey League

[6]La Stanley Cup est le nom des finales de NHL

[7]MVP : Most Valuable Player, cette récompense est décernée au meilleur joueur de la saison régulière ou d’un match événement comme une finale ou un All Star Game

[8]Aux États-Unis, un All Star, est un joueur sélectionné pour le All Star Game de son sport (NBA, NHL, MLB), cet événement regroupe les meilleurs sportifs de la saison régulière.

[9]Plus haute mention à niveau universitaire