Traduction parut en 2018 du livre original : « Thomas Dekker Mijn Gevecht » coécrit par Thijs Zonneveld et l’intéressé et publié en 2016. « Thomas Dekker Mi Lucha » (Mon combat, en français) est le récit de l’ancien grand espoir du cyclisme néerlandais et international. Dans ce livre, Thomas Dekker raconte le dangereux chemin qu’il a pris afin de satisfaire sa démesurée ambition. Après des débuts où il émerveilla les plus fins observateurs, en remportant le Tirreno-Adriatico en 2006, alors qu’il n’était âgé que de 21 ans et du Tour de Romandie l’année suivante, le natif de Dirkshorn, une ville des plus normales selon ses dires, rentra dans une spirale négative alimentée par sa grandissante notoriété, la pression des résultats, l’argent… Dans ce livre, l’ancien diamant de la Rabobank nous parle de sa vie entre les courses, les poches de sang, les médicaments et les prostituées. Et il n’était pas le seul dans cette situation, à l’époque où le cyclisme était traumatisé par l’ère de l’Érythropoïétine (plus connue sous le diminutif d’EPO).

« Après un quart d’heure, le docteur Fuentes se leva de la chaise. Il me sortit l’aiguille du bras et me nettoya le sang avec un coton. Il me donna un marqueur et me dit : « Je vais te donner un numéro : Vingt-quatre, deux-quatre. Tu dois l’écrire ici. » Ainsi commença mon combat. »

Dès son début de carrière, Thomas se retrouve avec son idole Michael Boogerd dont il est devenu un fan lors du Tour de France 1998. Lors d’un Tour de Pologne à l’hôtel, il emmena une prostituée dans sa chambre. Erik Breukink, directeur sportif de la Rabobank, dut le rappeler à l’ordre. Néanmoins, cela ne l’empêcha pas de continuer d’en fréquenter par la suite.

En 2008, après la très bonne période de classique du Néerlandais (5e de l’Amstel Gold Race et de la Flèche Wallonne, 6e de Liège-Bastogne-Liège), les choses vont s’envenimer. Il ne le savait pas encore, mais le sommet de sa carrière était atteint, sa descente n’en fut que plus dure.

« Fin mai (2008), je reçois un appel de Jean-Paul van Mantgem (l’un des médecins de l’équipe Rabobank). L’UCI a informé l’équipe que les valeurs sanguines qui apparaissaient sur mon passeport biologique étaient irrégulières. (…) J’avais rendez-vous dans une salle de réunion qui se trouvait dans un hôtel proche d’Aigle (ville où se situe le siège social de l’UCI) (…) l’UCI est représentée par Mario Zorzoli qui me dit : « Nous avons vu vos valeurs sur votre passeport biologique et il y a 99.9% de chances que vous ayez usé de produits dopants. » Il me regardait. Je ne savais pas quoi dire. Mon avocat répondit alors : « 99.9% ce n’est pas 100%, donc mon client a encore le droit de courir n’est-ce pas ? »

Mis dehors par la Rabobank (qui a déboursé plus d’un million d’euros pour se séparer de son prodige devenu toxique) quelques temps après sa non-sélection surprise lors du Tour de France où il devait épauler Denis Menchov. Thomas dut retrouver une nouvelle équipe. Après des rendez-vous n’ayant pas aboutis chez Garmin et Vacansoleil, Thomas Dekker trouva finalement refuge chez Silence-Lotto qui était alors bien décidée à monter une artillerie lourde pour épauler Cadel Evans en vue du Tour de France 2009 suite au fiasco Yaroslav Popovych l’année précédente.

« Lors de notre rencontre, Marc Sergeant m’a dit : « Nous sommes une équipe propre. » Je ne comprenais alors pas pourquoi il m’avait recruté ainsi que Bernhard Köhl. » L’Autrichien, 3e du Tour de France 2008, dont il fut le meilleur grimpeur, sera rattrapé par la patrouille quelques semaines après sa signature au sein de l’équipe belge.

A une semaine du départ du Tour 2009, ce sera au tour de Thomas de tomber.

« Allo.

– Bonjour, je suis bien avec Thomas Dekker ?

– Oui

– Bonjour Thomas, je suis Anne Gripper de la commission antidopage de l’UCI. Je t’appelle pour te dire que tu as été contrôlé positif.

– Quoi !? Positif !? Mais positif à quoi ?

– Dynepo (une forme révolutionnaire d’EPO qui à l’époque était indétectable)

– C’est impossible

– Nous avons pratiqué de nouveaux tests sur d’anciens échantillons. Nous avons détecté de la Dynepo dans des échantillons d’urine datant d’il y a un an et demi.

– Quand ?

– Le 24 décembre 2007. Tu as jusqu’à seize heures pour en informer ton équipe, ta famille et tes proches. Nous rendrons cette information publique après.

– Merci de ruiner ma vie

De retour de suspension, l’arrogant Thomas Dekker est devenu un autre homme ne souhaitant plus faire souffrir ceux qui l’ont toujours accompagné. Néanmoins durant sa phase de rédemption, le Néerlandais continua ses frasques : suspension de permis de conduire, conduite sans permis en état d’ébriété, il continua même de fréquenter des prostitués… Lors de son nouvel entretien avec Jonathan Vaughters, ce dernier demanda au Néerlandais de se libérer de ses précédents pêchés lui racontant ce qu’il avait pris. L’ancien coéquipier de Lance Armstrong fut choqué de voir tout ce que son futur coureur a pu user durant sa jeunesse. Thomas Dekker dut également le dire à ses coéquipiers ainsi qu’au propriétaire de Garmin, le sponsor principal de l’équipe américaine.

Durant sa seconde carrière, le Néerlandais prend de moins en moins de plaisir, il n’est plus le coureur invulnérable d’autre fois, il n’est plus aussi passionné par son sport. Là où avant il aurait fait une sortie de six heures lorsqu’on lui demandait de n’en faire que cinq, il ne fait désormais que ce que son programme d’entraînement lui indique de faire. Après avoir vu son contrat non prolongé par Garmin, une tentative de record de l’heure où il échoua à battre la performance de Rohan Dennis (alors détenteur du record), et des pourparlers qui n’ont pas aboutis pour diverses raisons chez Roompot. Thomas Dekker mis fin à sa carrière.

Thijs Zonneveld qui a rédigé l’ouvrage est revenu sur sa rencontre avec Thomas Dekker et cela marque bien la métamorphose de l’ancien coureur. « Lors de notre première rencontre, il portait un pantalon gris et il m’a dit « il m’a coûté à peu près 600€, il est 100% cachemire. » Quelques années plus tard, je suis revenu le voir, il portait encore un pantalon gris, je lui demanda si c’était à nouveau du cachemire et il m’a répondu : « non, je l’ai acheté 15.95€ chez H&M. » Son rire fut plus fort que le mien. »

« Thomas Dekker Mi Lucha » (version espagnole) ou « Thomas Dekker The Descent » (version anglaise) contient 190 pages et est disponible ici ou ici (lien amazon en).