A Sisteron terme de la cinquième étape de Paris-Nice, le coureur de la Direct Energie Jérôme Cousin est venu cueillir son plus beau bouquet chez les professionnels. Une victoire obtenue au sprint dans un final mano à mano avec l’allemand de la Katusha-Alpecin, Nils Politt. Pour battre ce dernier, Cousin a joué de roublardise pour s’imposer sur cette étape en laissant tout le travail à son adversaire (qui a bien voulu le faire soit dit en passant). Voilà ce qui a déclenché l’ire de certains sur les réseaux sociaux où décidément il n’est plus questions de lieu (certes virtuel) de partage, mais d’un véritable tribunal. Ce dernier point me rend parfois un peu las, notamment de Twitter où il n’y a quasiment plus aucune mesure dans l’expression des sentiments ou des opinions. Pour les « rageux » (histoire de reprendre une expression à la mode sur les réseaux sociaux) rappelons que rien n’interdit dans les règlements de ne pas prendre de relais dans un final de course, d’ailleurs ceci permet de ré-ouvrir un débat fondamental (et fortement inspiré par Thierry Ardisson) : est-ce que sucer la roue, c’est tromper ?

Revenons d’abord à notre vainqueur d’étape. Jérôme Cousin n’a pas fait que jouer avec les nerfs de Nils Politt dans le final, il est aussi allé le chercher à la pédale dans la côte de la marquise du pied de laquelle l’allemand s’est extirpé pour se défaire de ses compagnons de fugue, avec qui il était échappé depuis le départ de cette étape, Nicolas Edet, Julien El-Farès et donc, Jérôme Cousin. Ce dernier est donc revenu au sommet de la dernière difficulté et plutôt que de tout donner comme il l’a fait à chaque fois qu’il s’est retrouvé en échappé, il a cette fois-ci joué au plus fin, ce qui lui a réussi ! Avant de tomber sur lui à bras raccourcis, certains feraient bien de se rappeler comment un Gilbert Duclos-Lassalle a remporté Paris-Roubaix en 1993. Le béarnais avait lui aussi mis sous pression le regretté Franco Ballerini, pour le battre à notre plus grand bonheur sur le vélodrome roubaisien. A l’époque on ne parlait pas de suceur de roue, mais bien d’un coup de maître. Doit-on vraiment reprocher à un coureur d’être plus malin ?

Une victoire au nez et à la barbe de son adversaire (© ASO/ Alex Broadway)

Mais voilà qu’au tribunal de Twitter, certains procureurs chargent aussi le coéquipier de Cousin, Jonathan Hivert vainqueur il y à deux jours à Châtel-Guyon, en laissant disent-ils tout le travail à Luis Leon Sanchez. Encore un suceur de roue ! Sur ce coup-ci, certains semblent oublier que dans une course à étapes, il y à plusieurs courses dans la course. En l’occurrence, Sanchez avait tout intérêt à se mettre à la planche en vue du classement général d’une course qu’il a déjà gagné et dont il allait prendre le maillot jaune. Là-aussi, Hivert a été malin. Après tout, il n’a pas demandé à l’espagnol d’aller chercher Rémi di Grégorio à chaque fois que celui-ci attaquait dans le final. Hivert à joué sur du velours et il s’est imposé. Laurent Jalabert ne s’y était pas pris autrement dans les derniers hectomètres du Tour de Lombardie en 1997 où Michele Bartoli s’était dépensé sans compter pour assurer sa victoire en coupe du monde, le français n’ayant plus qu’à se concentrer sur le sprint final, pour battre les Lanfranchi, Casagrande et donc Bartoli. Doit-on ici reprocher aux coureurs de nouer des alliances de circonstances ?

Mais en fait, au lieu de se demander si sucer la roue c’est tromper, ne doit-on pas se poser d’autres  questions? Ne préfère-t-on pas voir les coureurs français jouer à nouveau la gagne? Ne devrait-on pas se réjouir de les voir être plus malins ou encore, acteurs importants d’une alliance de circonstance ? Ou bien doit-on continuer à se satisfaire de les voir dans ces échappées au long court, souvent publicitaires que de nombreuses personnes proclament comme inutiles ? Après quelques années de vaches maigres, je me demande si vraiment on doit se poser ce type de question? Et puis histoire de conclure sur une note plus légère, franchement? Une petite gâterie de temps en temps, ça ne peut pas faire de mal…