[dropcap size=small]A[/dropcap]lors que l’an 2000 a nourri de nombreux fantasmes sur nos modes de vies ou de transport, force est de constater qu’il n’en fut rien et que dans la dernière année du précédent millénaire, il fallait encore deux jambes pour faire avancer son vélo. Et si certains rêvaient d’épreuves inédites ou exotiques, il convient de remarquer que les piliers du calendrier cyclistes, les épreuves historiques occupaient encore le devant de la scène. Une des plus belles classiques (sinon la plus belle), le Tour des Flandres allait nous offrir pour son édition 2000 un déroulement haletant en consacrant un très grand champion.

La fiche de l’épreuve

84ème Tour des Flandres
2ème manche de la Coupe du monde UCI
De Bruges à Meerbeke-Ninove, 270 km
185 partants ; 96 classés

Le contexte

Deux après son terrible accident sur les pavés de Wallers-Arenberg et après une saison où il retrouva petit à petit son niveau, Johan Museeuw se présente au départ de Bruges avec l’ambition de devenir le recordman absolu des victoires avec 4 succès sur le Tour des Flandres. Le lion des Flandres est plutôt bien entouré car dans son équipe Mapei, on retrouve Tafi, Bartoli, Zanini, Peeters ou encore Steels soit l’effectif d’une équipe d’épouvantail. Face à lui, son grand rival du moment et tenant du titre, Peter Van Petegem curieusement bredouille en ce début de saison mais qui fait tout de même de favori incontournable. Enfin, un troisième belge complète le tableau des favoris, Andreï Tchmil. Ce citoyen du monde, né en Russie a choisi en 1998 d’opter pour la nationalité belge « Parce que se lever à 5 heures du matin pour aller faire la queue à la police afin d’obtenir un visa, ce n’est pas quelque que je veux imposer à mes enfants plus tard » avait-il dit pour justifier son choix. Pour les observateurs c’est sûr, le vainqueur sera l’un des trois.

Les temps forts

Cette édition 2000 fut des plus surprenantes par son déroulement. Si bien sûr un coureur se dévoua pour remplir le rôle ingrat de l’échappé matinal, le belge Erik De Clercq (un temps accompagné par son compatriote Wesley Huvaere), l’épreuve ne sembla pas vouloir se décanter rapidement. Peu avant le mont de l’Enclus, un premier contre de 4 coureurs reprend De Clercq. Dans ce quatuor on trouve Ortenzi, Michaelsen, Vierhouten et le vétéran danois Skibby. Ce dernier fait un premier forcing dans l’ascension du Vieux Quaremont, ce qui disloque un moment l’échappée.

Tafi lance les favoris

Derrière dans le peloton, c’est l’italien Andrea Tafi qui bouge le premier dans ce même Vieux Quaremont. Le coureur de Mapei sort seul et retrouve les quatre échappés qui ouvrent encore la route. Vient ensuite le Tenbosse, mont où Museeuw construisit sa dernière victoire en 1998. Peter Van Petegem profite de cette courte ascension asphaltée pour secouer le peloton. Dans sa roue, les ténors rappliquent avec Museeuw, Tchmil accompagnés de Vainsteins et Spruch, ces deux derniers très en vue sur la Via Roma, deux semaines auparavant. Après avoir revu les derniers rescapés de l’échappée, on se dit que dans ce groupe se trouve le futur vainqueur et que le peloton ne reviendra plus. Il n’en sera rien puisqu’au pied du mur de Grammont, dont l’approche a été modifiée, on retrouve une cinquantaine de coureurs regroupés en tête !

Final haletant

Les coureurs entrent donc dans Grammont, ville réputé pour son célèbre mur qui conduit les coureurs à la fameuse chapelle. Dès les premiers pavés, Museeuw en Lion de Flandres, rugit une nouvelle fois, on le pense parti vers ce fameux 4ème succès. Il n’en sera point, car au plus fort de la pente, l’étonnant Stefan Wesemann revient sur lui et après le mur, tout est à refaire. Ils sont encore une douzaine à pouvoir prétendre à la victoire (dont les français Mengin et Guesdon) à l’assaut du Bosberg. Là où Van Hooydonck construisait ses victoires à la fin des années 80, Andreï Tchmil plaçait une accélération enfin décisive au sommet. Le néo-belge se lance à l’assaut des 12 derniers kilomètres, les mâchoires serrées et les mains agrippés en bas de son guidon, dans un face à face terrible avec le peloton se reformant derrière. Le nez dans le cintre, Tchmil écrase les pédales et voit son avance très vite grimper à 26 secondes. Comptant sur un formidable Mario Aerts en chien de garde dans le groupe de poursuivant, Tchmil voit malgré tout la meute se rapprocher dangereusement. A 3 kilomètres de la ligne, il ne reste plus que 9 secondes d’avance, cela sera suffisant.

Tchmil atteint son rêve (photo bikeraceinfo)
Tchmil atteint son rêve (photo bikeraceinfo)

Enfin flandrien

Sur la ligne Tchmil peut enfin exulter, un cri déchire la foule massée à Meerbeke, il triomphe pour la quatrième fois dans une grande classique. « C’est une des plus belles journées de ma carrière. Je rêvais de gagner cette course, je la voulais tellement » déclare-t-il au pied du podium au journaliste de la télévision flamande. Plus que la reconnaissance de son talent, cette victoire finira par le faire adopter dans le cœur des supporters flandriens. Quand le journaliste lui demande si il se sent enfin flandrien, sa réponse fuse « Ça, c’est à vous de me le dire ». Tchmil, dont la relation avec les belges fut tumultueuse en raison de sa rivalité avec Museeuw, obtenait enfin le respect de sa patrie adoptive. Les polémiques nées du championnat du monde d’Oslo, où Tchmil refusa de faire la course pour Museeuw, étaient enfin enterrées.

Le classement

1. Andreï Tchmil (Bel-Lotto) les 270 km en 6h48’17’’
2. Dario Pieri (Ita-Saeco) à 4’’
3. Romans Vainsteins (Let-Vini Caldirola)
4. Erik Zabel (All-Telekom)
5. Tristan Hoffman (Dan-Memory Card)
6. Fabio Sacchi (Ita-Polti)
7. Leon Van Bon (Hol-Rabobank)
8. Peter Van Petegem (Bel-Farm Frites)
9. Zbigniew Spruch (Pol-Lampre)
10. Markus Zberg (Sui-Rabobank) tous m.t