Hier à l’occasion d’une conférence de presse visant à présenter son dispositif pour les grands événements sportifs de l’été, France Télévisions a confirmé que toutes les étapes du Tour de France 2017 seraient retransmises en intégralité. Une véritable révolution pour le service public, diffuseur hôte de la Grande Boucle depuis 1985. Cependant, aussi réjouissante qu’elle semble-être, est-ce vraiment une bonne idée de voir ainsi toutes les étapes du Tour de France? Un débat sur lequel il sera difficile de faire l’unanimité.

[dropcap size=small]E[/dropcap]nfant de la presse écrite, créé par le journal l’Auto au début du vingtième siècle, le Tour de France a su nouer de belles histoires d’amour avec de différents média comme la radio et bien sûr, la télévision. Pour cette dernière, c’est une idylle qui dure depuis bientôt soixante-cinq ans et l’année prochaine, elle va prendre une toute nouvelle tournure, avec la diffusion en intégralité de chaque étape de la Grande Boucle. A première vue, nous aurions tout intérêt à nous réjouir, fan de cyclisme que nous sommes, de suivre le Tour du premier au dernier coup de pédale des coureurs. Après tout, ne voit-on pas tous les matches de coupe du monde de Football en intégralité. Serait-ce imaginable de voir simplement la deuxième mi-temps d’un Allemagne-Brésil ? Evidemment non. L’autre bonne nouvelle de cette couverture intégrale, c’est peut-être aussi de voir disparaître l’émission Village Départ, dont les succès d’audience et populaire sont au rendez-vous, mais dont on peut peut être circonspect sur le fait qu’elle soit proposée par le service des sports de France Télévisions. Sur ce dernier point, vous pourriez me taxer de sarcasme.

Continuons dans ce registre pour se dire alors que le Tour de France en intégralité, ce n’est pas forcément la meilleure des idées. En effet, les téléspectateurs de France Télévisions devraient supporter dans ce cas d’une heure et demie à deux heures supplémentaire de Thierry Adam en direct. J’en vois devant vos écrans qui font la grimace. Plus sérieusement, toutes les étapes méritent elles une diffusion en intégralité? Prenons celles qui se déroulent en pleine et dont le profil ne peut inexorablement pas échapper à un sprint massif. Ce genre d’étape qui offre un scénario des plus stéréotypés, une échappée, un regroupement et un sprint final. Tout juste aurons-nous quelques émois au sommet des côtes de quatrième catégorie afin de savoir qui portera le premier maillot à pois du Tour, mais de là à justifier une diffusion en intégralité ?

Laurent Jalabert (ici avec Thierry Adam lors du Tour 2011) qui a resigné pour trois ans avec France Télévisions sera l'un des fers de lance du dispositif du service public (Photo: Emilie Drouet)
Laurent Jalabert (ici avec Thierry Adam lors du Tour 2011) qui a resigné pour trois ans avec France Télévisions sera l’un des fers de lance du dispositif du service public (Photo: Emilie Drouet)

Cette diffusion intégrale de l’ensemble des étapes met fin à l’imagination que chacun pouvait avoir, en dévorant les récits d’étapes proposés le lendemain dans leurs quotidiens nationaux ou régionaux et mettra également un terme, aux belles histoires que les radios reporters tentent de raconter pour faire vivre aux auditeurs la course. Exercice dans lequel d’ailleurs, Jean-René Godart excellait, mais ce dernier ne sut jamais adapter son commentaire à la télévision. Tout se verra, tout se saura car même si nous ne serons pas devant nos TV, nous aurons sous la main un smartphone ou une tablette qui via la 4G, nous offrent déjà la possibilité de regarder la course. Cela enlève un peu de charme au récit de la course.

Il faudra aux différents commentateurs savoir faire vivre la retransmission pour nous éviter de piquer du nez dans nos canapés. A ce jeu-là, chacune des chaînes françaises possèdent ses atouts. Sur France Télévisions, grand public oblige, l’accent est mis sur la découverte de notre patrimoine. Sur Eurosport on joue depuis plus de quinze ans déjà, sur l’interactivité avec les téléspectateurs par le biais des questions posées par les abonnés, d’abord sur le site de la chaîne, puis depuis trois ans maintenant, via Twitter et le célèbre Hashtag #LesRP. Enfin, il faudra parier sur de nouvelles technologies pour rendre plus attractives encore les futures longues retransmissions, telles que les caméras embarquées ou encore la géolocalisation des coureurs. Qui sait si, comme en Formule 1 où l’on sait quand et comment accélère ou freine les pilotes, nous pourrions voir apparaître les fréquences de pédalages des coureurs ou encore les puissances développées? Ou encore, entendre les messages radios entre directeur sportif et coureurs, ce qui en F1, fait parfois le sel d’une retransmission de Grand-Prix.

Enfin, c’est peut-être bien la fin des étapes de transitions sur le Tour. Avec une étape proposée en intégralité, fini de voir de voir le peloton musarder avant de mettre en route, lorsque les motos de direct pointent leurs caméras. Dans les bus le matin, la consigne sera d’aller dans les échappées, afin d’offrir aux marques qui parrainent les équipes, de ce sacro-saint temps d’antenne. Vous me direz que cela fait quelques années déjà que l’on ne vit plus de telles étapes. Bien sûr, nous pourrons nous réjouir quand le spectacle sera présent de bout en bout de la course, comme lors du dernier Paris-Roubaix. Mais il faudra aussi faire preuve de mansuétude lorsque les étapes seront dignes de ces matches de foot, que les amoureux de ballon rond qualifie à haute voix de purge. Car cela se produira, dans les étapes sans enjeux majeurs notamment, évitons donc à ce moment-là de traiter nos cyclistes de fainéants sur-payés.

Les dates clés de la télévision sur le Tour

1952 Première dans le journal télévisé

C’est sous la houlette de Pierre Sabbagh, l’inventeur du journal télévisé, qu’une première équipe de la télévision fit ses premiers pas sur le Tour de France à l’occasion de sa trente-neuvième édition. Juché sur une moto, le cinéaste de la presse filmée Henri Persin, tournait des images sur la course. Les films étaient ensuite récupérés à l’arrivée, puis envoyés à Paris le plus rapidement possible. Une fois le développement des films terminé, les monteurs s’affairaient à la construction d’un résumé diffusé à l’occasion du journal de la mi-journée le lendemain de l’étape, commenté par Georges de Caunes.

1958 L’Aubisque en direct

Premier direct en montagne au sommet du col de l’Aubisque. Un car de retransmission dirigeant quatre caméras est installé au sommet du col pyrénéen, permettant aux quelques possesseurs de postes de télévision, de découvrir les passages au sommet

1959 Le Puy-de-Dôme à l’honneur

Cette fois-ci c’est le contre-la-montre Clermont-Ferrand-le Puy-de-Dôme qui est proposé en direct. L’émetteur de télévision placé au sommet du géant des Dômes permettant la transmission des images des caméras fixes et ainsi voir Bahamontes triompher dans cet exercice devant Charly Gaul.

1960 Premiers directs mobiles

C’est à l’occasion de l’ascension du Col de Peyresourde que la R.T.F (Radio Télévision Française) utilise ses premiers moyens mobiles de direct. Une Citroën ID 19 Break, une moto et un hélicoptère sont mobilisés pour assurer la retransmission du col, ainsi que la descente vers Bagnères-de-Luchon. Une totale réussite qui permet de voir l’opération renouvelée lors de la montée du col de l’Izoard.

1961 Quatre directs sur le Tour

La R.T.F propose aux téléspectateurs de suivre quatre étapes en direct tout au long du Tour de France ultra-dominé par Jacques Anquetil. Grenoble-Turin le 4 juillet, Luchon-Pau le 11, Bergerac-Périgueux le 14 et l’arrivée finale au Parc des Princes le 16 juillet

1962 La révolution haute fréquence

Grâce à la HF (la transmission des images via la haute fréquence), les dix derniers kilomètres de chaque étape sont proposés en direct. Avec une qualité parfois aléatoire, obligeant souvent Robert Chapatte à faire de la radio pour commenter la course.

1968 Le Tour en Eurovision

Les reportages quotidiens de soixante minutes sont désormais retransmis dans les pays adhérents à l’Union Européenne de Radio-Télédiffusion, la fameuse Eurovision. Chaque retransmission est ouverte par le célèbre Te Deum, générique emblématique du diffuseur européen.

1975 TF1 et Antenne 2 en alternance

Suite à l’éclatement de l’ORTF, on vit en 1975 la naissance de TF1, d’Antenne 2, puis de FR3. Concernant la couverture du Tour de France, TF1 et Antenne 2 se partagent les retransmissions en diffusant à tour de rôle les étapes en direct. FR3, première chaîne à émettre en couleur, profite de cette de cette technologie pour proposer les étapes diffusées par TF1.

1985 Antenne 2 en exclusivité

Partageant jusque là la diffusion du Tour en alternance avec TF1, Antenne 2 obtient en 1985 les droits exclusifs de diffusion du Tour de France dans l’hexagone. Cette exclusivité marque un tournant dans la couverture de la course, avec une augmentation des moyens de productions mis à disposition par la SFP. Outre le final des étapes, on retrouve en direct l’ascension des principaux cols de la course en direct. Au micro, l’inamovible Robert Chapatte assure les commentaires de la course s’attachant les services d’un consultant de luxe, le quintuple vainqueur du Tour de France, Jacques Anquetil. Un tandem assisté de Jean-Paul Ollivier sur une moto. Autre nouveauté, la traditionnelle émission d’après-course, Face au Tour, disparaît au profit d’une émission menée par le journaliste Jacques Chancel, « A chacun son Tour ». Enfin ultime révolution, le traditionnel résumé de l’Eurovision de 19h30 laisse place à un innovant journal du Tour, mis sur pied par Gérard Holtz, mêlant résumé de l’étape du jour par Patrick Chêne ou des rétros de celui qu’on appelle déjà, Paulo la Science. Une couverture complète qui ne connait qu’un seul couac, la retransmission tronquée de l’étape de Luz-Ardiden, un épais brouillard clouant au sol l’hélicoptère relais.

Robert Chapatte et Jean-Paul Ollivier commentent en 1985 le Tour de France pour Antenne 2 (Photo: Collection l'Equipe)
Robert Chapatte et Jean-Paul Ollivier commentent en 1985 le Tour de France pour Antenne 2 (Photo: Collection l’Equipe)

1990 Premier direct intégral

A l’occasion de l’étape St-Gervais Mont-Blanc – l’Alpe d’Huez, Antenne 2 et FR3 se relaient tout au long de la journée, pour proposer un suivi continu de la grande étape des Alpes. Fort du succès rencontré après une telle initiative, l’année suivante trois étapes sont proposées en intégralité. Dans les années 90, chaque massif montagneux ont droit à une étape en couverture intégrale, avant de généraliser dans les années 2000 ce dispositif à toutes les étapes de montagnes et à celle des Champs-Elysées, auxquelles sont ajoutées les deux ou trois premières étapes depuis 2007.

1992 L’avion relais ignore les nuages

Jusqu’au début des années 90, ce sont aux hélicoptères que reviennent la tâche de transmettre le signal de la course. Lorsque la pluie et les orages s’en mêlent, les hélicoptères devant restés cloués au sol, il devient impossible de retransmettre une étape. A ce titre, l’arrivée à Morzine en 1991 restera dans l’histoire comme la dernière étape du Tour de France non retransmise en direct. Dès 1992, la SFP expérimente sur la Classique des Alpes un avion relais, situé au dessus des nuages, permettant ainsi la transmission des images des motos par tous les temps. Une nouveauté mise à l’épreuve dès 1992 en Auvergne, avec l’arrivée dans le brouillard à la Bourboule. Malgré la purée de pois dans le final, les téléspectateurs d’Antenne 2 purent vivre le magnifique succès de Stephen Roche, dans la station auvergnate.

2007 Le Tour passe à la Haute-Définition

Révolution dans les foyers, nos téléviseurs à tube cathodique commencent à faire place aux écrans plats et leurs technologies Full HD. France Télévisions expérimente ce procédé, en proposant aux abonnés ADSL d’Orange, une retransmission sur un canal spécifique en HD, commentée par André Garcia et Carlos Da Cruz. L’année suivante, cette nouveauté est proposée sur le signal international, en parallèle du signal classique. En 2009, avec l’apparition de la HD sur le TNT, tous les foyers équipés ont accès à une qualité d’image quasi parfaite.