Au coeur de la bien mal nommée semaine des « classiques ardennaises » (depuis quand Valkenburg se trouve dans les Ardennes ?!) avait lieu aujourd’hui la 78ème édition de la Flèche Wallonne. Pour tenter de rompre avec la traditionnelle course de côte à laquelle nous assistons depuis une dizaine d’années, les organisateurs avaient cette saison choisi de rapprocher encore un peu plus les deux derniers passages au Mur de Huy (il y en a trois en tout), et d’ajouter entre les deux la difficile côte d’Ereffe (2,2km à 5,9%). Pas de quoi effrayer toutefois le grand favori Philippe, Gilbert, impressionnant vainqueur il y a quelques jours sur l’Amstel après avoir décroché tout le monde sur le Cauberg, que l’on pourra renommer bientôt le « Gilberg » tant ce mont néerlandais a été capital dans la carrière du Belge : 3 Amstel et un Mondial remportés au même endroit, c’est plutôt pas mal ! Mais le leader de la BMC le dit lui-même, il ne se sent pas aussi fort qu’en 2011, année de son merveilleux triplé Amstel-Flèche-Liège… Nul doute que ses rivaux que sont Moreno, Kwiatkowski, Vanendert, Valverde et autres Slagter se seront mis ces déclarations derrière l’oreille avant le départ !

Van Hecke, encore lui !

Loin des ambitions des favoris, les trois heureux élus du concours dit de « L’échappée du jour » sont Ramunas Navardauskas (Garmin), Jonathan Clarke (Unitedhealthcare) et le roule-toujours Preben Van Hecke, déjà à l’avant pendant plus de 200 kilomètres dimanche dernier avec Riblon sur l’Amstel Gold Race, et souvent offensif sur les classiques du printemps. Ce trio (dont Clarke sera écarté, rincé, à une cinquantaine de bornes de la ligne) comptera plus de six minutes d’avance sur un peloton piloté à vive allure pas les équipes des favoris : la BMC de Gilbert, la Katusha de Moreno et la Movistar de Valverde se partagent assez équitablement le boulot. A environ 30km de l’arrivée, l’écart est tombé sous les deux minutes, et Pierre Rolland tente une escarmouche sur le plat, avec un peloton organisé et motivé qui s’en préoccupe à peine : le grimpeur d’Europcar brouille une nouvelle fois les pistes sur ses choix stratégiques (souvenons-nous de ses attaques tranchantes sur le dernier Tour pour aller récupérer… un seul petit point pour le maillot à pois !).

Et Huy, tout va se jouer dans le Mur…

La deuxième escalade du redoutable et redouté Mur de Huy (1,3km à 9,3% de pente myenne, et des passages à 26% pour les plus téméraires qui font les virages à la corde) voit les équipiers des principaux leaders passer à l’action. Herrada (Movistar) accélère, suivi par Gautier (Europcar), mais les Katusha (Vicioso, Losada…) et les Lotto (Wellens) veillent au grain et ne laissent que peu de marge au coureur français, qui se détache sur le sommet. Une fois repris, son coéquipier Sicard place un contre pour rester fidèle à l’esprit offensif d’Europcar. Tout cela a pour conséquence de réduire un peu plus l’avance des échappés matinaux, qui n’est plus que d’une trentaine de secondes. Van Hecke et Navardauskas sont d’ailleurs repris dans la côte d’Ereffe, dans laquelle Vanendert durcit le rythme pour… lui-même ! Bardet essaie de sortir, mais on se dirige tout droit vers une troisième et dernière ascension décisive du « chemin des Chapelles », l’autre nom du célèbre Mur.

Gilbert coince, Valverde s’envole

Alors que Jérémy Roy tente d’anticiper la bagarre en sortant dans un des derniers tronçons sélectifs avant le pied du Mur, une chute de prestige jette au sol trois outsiders qui traînaient en queue d’un peloton ultra rapide et nerveux : Purito Rodriguez, déjà malheureux sur l’Amstel et encore un peu endolori, Frank Schleck (qui avait à une époque un jeune frère talentueux sur le vélo, mais ça, c’était avant…) et Damiano Cunego sont d’ores et déjà écartés de la victoire.

Dès les premiers pourcentages de cette ultime partie d’escalade, Chérel lance les hostilités pour ses leaders d’AG2R Bardet et Betancur. Philippe Gilbert est mal placé, et n’est qu’un simple spectateur des accélérations successives de Mollema, Kwiatkowski et Dan Martin. Jamais bien loin des débats, Valverde place sa seule et unique attaque à 200 mètres de la ligne, parfaitement placé sur la droite de la route. Les autres le regardent, se regardent, et l’Espagnol peut lever les bras !

Sa précédente victoire sur la Flèche Wallonne remontait tout de même à 2006 ; cette année-là, il avait fait le doublé avec Liège-Bastogne-Liège. Alors, succès prémonitoire à quatre jours de la Doyenne ? Réponse dimanche ! Toujours est-il que les battus du jour (dans l’ordre Martin, Kwiatkowski, Mollema, Slagter, Vanendert, Albasini, Kreuziger, Moreno et Gilbert) ne se laisseront pas faire ! Et les Français, me direz-vous ? Très vite hors du coup pour la victoire, Barguil et Bardet finissent au-delà de la vingtième position ; ils apprennent, et reviendront, tout comme Rudy Molard, 18ème et premier Français.